Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 14 octobre 2018

Culte à TRESCLEOUX (05700)

 

Lectures du jour :

Proverbes 4, 1-9,

Luc 14, 1-14 (Voir également prédication du 28 Aout 2016)

Hébreux 12, 18-24

 


Sagesse ou sagesse ?

 

Chers frères et sœurs,

 

Nos lectures proposées ce matin, nous conduisent à parler de sagesse, avec l’auteur du livre des Proverbes, Salomon[1]. La rédaction de ce livre est en effet authentifiée pour l’essentiel au tournant du 8° siècle avant JC, malgré quelques ajouts plus récents, autour du 5° siècle.

Et à propos de sagesse, il ne faut pas confondre ce livre des Proverbes, avec le livre de la Sagesse, beaucoup plus récent (-50), d’auteurs anonymes, livre faisant partie du second canon de la bible catholique (livres deutérocanoniques) mais absent de l’A.T. hébraïque, et donc de l’A.T. protestant, les uns et les autres considérant ces livres comme apocryphes[2].

 

Qu’est-ce que la sagesse ?

Notre passage ne nous en dit pas grand’ chose sinon que Tout faire pour devenir un sage, voilà le commencement de la sagesse (v.7). Quant à la sagesse elle-même…

Pour les philosophes[3] grecs, contemporains de Jésus, l’homme peut, par ses facultés propres, atteindre la perfection dans le savoir, et accéder ainsi à une connaissance juste des choses qui lui confère calme, sérénité et autorité morale. Ainsi est définie la sagesse, à vues humaines, ce qui permet à nos gouvernants successifs de nommer des "comités des sages" autoproclamés

La Bible nous donne une autre définition de la sagesse, dans le livre de ce « pauvre » Job, qui malgré sa triste situation, déclare que Dieu seul possède la sagesse : (Job 28/28) Puis Dieu dit à l’homme : Voici, la crainte du Seigneur, c’est la sagesse ; S’éloigner du mal, c’est l’intelligence.

La sagesse aurait donc à voir avec le Seigneur, et non pas seulement avec la volonté des humains, comme le prétendent les philosophes.

Il conviendrait donc de mettre un S à celle-ci pour la distinguer de celle-là.

Mais avec ou sans majuscule nous n’en savons guère plus sur la sagesse.

Et puisque le livre des Proverbes est attribué à Salomon, c’est vers lui qu’il nous faut nous tourner, dans le 1er livre des Rois, au chapitre 3, pour trouver la réponse :

Salomon, qui vient d’épouser la fille du Pharaon, est alors un tout jeune homme dont la seule vertu est d’être le fils de son père.

Au cours d’un songe, il entend le Seigneur lui poser cette question :

 

La sagesse : un don de Dieu

« Demande ! Que puis-je te donner ? »[4]

Conscient de sa totale inexpérience et de son incapacité à gouverner (v.7), il demande à Dieu de lui accorder la sagesse nécessaire pour diriger son peuple, et il précise donne-moi un cœur qui ait de l’entendement pour discerner le bien du mal et gouverner avec droiture.

Donc, la sagesse aurait à voir non seulement avec le Seigneur mais aussi avec notre cœur et non pas avec notre raison, comme le prétendent les philosophes.

Et Dieu répond à Salomon[5] : Puisque tu n’as rien demandé pour toi, mais seulement le discernement pour gouverner avec droiture, voici, je te donne un cœur sage et perspicace et en plus je te donne ce que tu n’as pas demandé : richesse, gloire, triomphe sur tes ennemis. Je te bénirai si tu marches dans mes chemins en gardant mes lois et mes commandements, comme l’a fait ton père David.

 

Nous en savons maintenant un peu plus sur la Sagesse : Elle est un don de Dieu, donné à ceux qui la lui demandent. Et cette sagesse divine ouvrira non pas notre intelligence, au sens humain du terme, mais notre cœur. Et cette sagesse que nous aurons reçue de Dieu nous indiquera la voie et les chemins que Dieu a tracés pour nous. Alors nous serons au bénéfice de sa bénédiction, c’est-à-dire de son regard bienveillant.

 

Ainsi, le début de la sagesse c’est de reconnaitre que par nous-mêmes nous ne pouvons devenir sages, comme nous devons reconnaître notre incapacité à respecter les 10 commandements du décalogue, et que cela nous oblige à demander à Dieu son aide, à entrer en dialogue avec Lui, à nous rapprocher de Lui.

 

Se rapprocher de Dieu

Et l’auteur anonyme de l'épitre nous en indique la voie[6] : Pour se rapprocher de Dieu, inutile de monter au sommet d’une montagne et de tendre le bras vers le ciel comme pour le toucher, Dieu n’est pas là. Pour se rapprocher de Dieu, il faut se rapprocher de Jésus, le Christ, son fils dont le sang nous a lavés une fois pour toutes de toutes nos incapacités, nos infirmités, nos imperfections.

C’est seulement après cette démarche que la Sagesse pourra nous être donnée.

 

Et le texte de Luc vient confirmer point par point ce constat :

Nous retrouvons Jésus au cours d’un repas. Les repas, moments centraux tout au long de la Bible, moments à travers lesquels des évènements fondamentaux se déroulent, depuis le repas initial sous les chênes de Mamré entre Abraham et les 3 étrangers, jusqu’à l’ultime repas entre Jésus et les 12.

Ici, Jésus est invité par un pharisien, un jour de sabbat, et comme par hasard, un homme malade[7] se présente devant lui. On flaire le piège, d’autant que cette question, récurrente pour les pharisiens et les légistes, de ce que l’on peut faire ou ne pas faire le jour du sabbat, a déjà été l’objet de désaccords entre eux et Jésus, au moins à trois reprises[8], ce qui fut à l’origine d’un début de plan d’élimination de Jésus par les grands prêtres[9].

Cet homme hydropique va être pour Jésus l’occasion de faire sortir ses interlocuteurs du cercle jalonné par le "permis" et "défendu" pour aller à l'esprit même de la Loi : un code pour favoriser au sein de nos communautés humaines le vivre ensemble dans l’harmonie et dans la paix.


L'esprit de la Loi

Et du coup la question du sabbat ne se pose plus dans les mêmes termes. Quel sens a la guérison d’une personne un jour de sabbat, sinon celui de la libérer, de la rendre à la vie, de la réintégrer dans la Communauté et de traduire par cette guérison, la bénédiction du Seigneur à son égard ?

Et l’assistance, bien que composée de gens très savants, ne saura quoi répondre à Jésus[10]. Par ce silence elle reconnait implicitement que ce qui lui manque c’est la sagesse qui lui aurait donné le discernement nécessaire.

Puis Jésus va une fois de plus prendre l’assistance à contrepied par cette histoire de places à prendre ou à laisser lors d’un banquet de noce, qu’il termine par cette sentence : tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé (v.11).

Nous retrouvons ici la sagesse, qui ne nous a jamais vraiment quittés : être dans une démarche d’humilité, renoncer à l’affirmation de soi, à se trouver toujours au premier plan sur les photos, considérer l’autre comme l’égal de soi-même, voilà des dispositions d’esprit agréables à Dieu qiui seront guidées par une Sagesse donnée.

 

Altruisme et gratuité

Jésus enchaîne en prenant son hôte à témoin, et cette fois c’est la logique de rétribution, très prégnante dans la religion juive, qu’il va remettre en cause, en exhortant son hôte à inviter des inconnus qui ne pourront pas lui rendre son invitation.

Inviter des étrangers ce n’est pas dans l’ordre des choses, on invite généralement les gens de son milieu, de son réseau, de sa famille, et les conventions sociales feront qu’ils nous rendront cette invitation, dans le bon ordonnancement de vies bien rangées.

Mais justement, Jésus veut nous déranger, nous faire sortir de notre zone de confort, nous faire ouvrir la porte sur des chemins, des visages inconnus et lui faire entièrement confiance quant au bon déroulement de cette vie nouvelle qu’il nous propose.

 

Conclusion

Puisque ces deux histoires racontées par Jésus sont des paraboles avec des personnages qu’il met en scène, le jeu consiste à chercher lequel nous sommes. Et il n’y a pas à chercher bien loin pour découvrir que les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles, c’est nous dans nos vies quotidiennes chaotiques, nous qui ne pourrons jamais rembourser notre dette, puisque c’est de notre vie qu’il s’agit, la vie nouvelle qui nous a été donnée.

Et lorsque Jésus nous invite à partager son repas, c’est une invitation que nous ne pourrons jamais lui rendre ici-bas, jusqu’à, selon sa promesse, ce que nous soyons, de nouveau, unis à Lui. Alors, c’est à nous que s’adressera cette béatitude du v. 15 : Heureux celui qui prendra part au repas dans le Royaume de Dieu !

 

Amen.

 

François PUJOL


[1] (970-931)-Sa vie, un vrai roman, est relatée au début du 1er Livre des Rois (chap.3) et dans le 2ème livre des Chroniques (Chap.1)

[2] Écrits dont l’authenticité n’est pas établie et dont les auteurs ne sont pas considérés comme inspirés par Dieu.

[3] Philosophie = amour de la sagesse.

[4] 1 Rois 3, 5, voir méditation du 27 Juillet 2014

[5] 1 Rois 3, 11

[6] Hébreux 12, 18 et 24

[7] D’hydropisie, soit un œdème généralisé dû à une insuffisance cardiaque, et non pas parce qu’il aurait commis un grave péché…. Lui ou bien ses parents  (!), comme le pensaient les légistes juifs.

[8] Dans Luc 6, l’arrachage d’épis de blé et la guérison de l’homme à la main paralysée. Dans Luc 13, la guérison de la femme courbée.

[9] Luc ne mêle jamais les pharisiens à la mort de Jésus. Il en attribue la responsabilité aux seuls grands prêtres du temple, les sadducéens.

[10] D’autant que Pharisiens et Sadducéens n’étaient pas d’accord entre eux, sur deux questions en particulier : le sabbat et la résurrection.