Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 26 août 2018

Culte à Saint Laurent du Cros (05500)

 

Lectures du Jour :

Josué 24, 1-18 (Voir prédication du 23-août-2009)

Éphésiens 5, 22 à 33

Jean 6, 60-69 (Voir méditation du 26-août-2012)

 

 

Vous êtes tous, un en Jésus-Christ

 

Une étape a été franchie dans l’histoire de la pensée lorsque l’apôtre Paul a déclaré en Galates 3, verset 28: «il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car tous, vous êtes un en Jésus-Christ».

Et pourtant nous nous trouvons ce matin devant ce conseil de Paul aux éphésiens qui en a hérissé plus d’une …et plus d’un j’ose l’espérer !

« Femmes soyez soumises à vos maris car l’homme est la tête de la femme »…

Tout ce qui me hérisse m’intéresse surtout dans la Bible donc j’ai voulu comprendre!

 

Paul en a déjà largement pris pour son grade avec ce genre de conseils, voire d’injonctions, alors allons plus loin et peut-être pourrons-nous le réhabiliter!...

On peut tout d’abord penser que Paul a répondu à la communauté d’Éphèse qui lui demandait des conseils à un moment précis, en 52 après J-C ; la société d’alors est très patriarcale et la femme n’a guère de place en dehors de la maison et le rôle de reproduction.

Paul va donc dans le sens de sa culture ambiante comme nous, aujourd’hui, nous allons dans le sens de la nôtre…

Heureusement la  nouvelle liberté évangélique introduite par Jésus avait reconnu aux femmes une place importante dans l’annonce de l’Évangile ; mais aussi une liberté culturelle difficilement acceptable par les communautés non-chrétiennes. 

C’est grâce à Paul que les femmes ont pu entrer dans les églises alors qu’elles étaient jusqu’alors interdites d’église et synagogue ; bon d’accord, il a également écrit qu’il fallait  qu’elles s’y taisent … mais elles y étaient.

Au chapitre 16 de l’épitre aux Romains, Paul parle même de « disciples égaux » et de « collaborateurs » femmes et hommes ;  Certaines femmes ont eu des positions d’autorité dans leur communauté et Paul a salué l’importance de leur travail. J’ai même appris que Paul avait décerné le titre d’apôtre à une femme prénommée Junia mais que les copistes du Moyen Age avaient masculinisé son prénom en Junias car il était encore inconcevable à leur époque qu’une femme puisse être déclarée « apôtre » !

 

Tout ça pour dire que nous ne devons pas prendre à la lettre les propos de Paul, tout d’abord parce qu’il est toujours dangereux de tirer d’un verset une vérité universelle et ensuite parce que les lettres de Paul sont les vécu et témoignage d’un homme de son temps : ce n’est pas sous prétexte que la Bible est inspirée que l’on peut prétendre que des déclarations et prises de position vieilles de 2 à 3000 ans sont encore d’actualité.

Paul, on l’a vu, a fait progresser la chrétienté dans le monde ; 2000 ans après, avons-nous tant changé que ça la position de la femme dans nos sociétés ?

 

Allons, laissons Paul tranquille et penchons-nous sur la Bonne Nouvelle qui nous est proposée aujourd’hui.

Cette bonne Nouvelle, elle se trouve pour moi dans le type de relations qu’il peut y avoir entre un homme et une femme et entre le Christ et l’Église.

 

Dans le passage qui nous intéresse, Paul emploie le verbe « hypotassô » qui, dans ce cas va parler d’une soumission non seulement librement réfléchie et choisie par la femme mais qui va aussi dans son intérêt : se soumettre c’est dans ce cas précis, être une aide à son mari dans le but d’apporter quelque chose de positif; le terme d’aide n’induisant aucune soumission forcée ou infériorité par rapport à l’homme mais bien un rapport d’égale à égale.

Et c’est là que nous pouvons nous plonger dans ce que la Bible nous dit de l’homme et de la femme, de Dieu et son Eglise car sinon nous ne sortirons pas du schéma ancien des relations.

 

Genèse 1 nous présente la Création de l’homme et de la femme à égalité : « Dieu créa l’humain à son image ; il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa ».

Qu’est ce qui est à l’image de Dieu ? L’homme en tant que masculin ? la femme en tant que féminin ? Non, le texte nous dit que c’est le couple homme et femme ; ce qui veut dire que l’on a l’image de Dieu que quand on a réuni les 2 principes masculin et féminin ensemble

Dieu est en effet fondamentalement complexe ; il est complémentarité, dialogue (2 personnes qui se parlent, sinon c’est un monologue stérile !), et il est fécondité car l’unité homme-femme donne la vie, l’enfant, et en ce sens, nous sommes enfants de Dieu.

Parlant de la Trinité, Saint Augustin disait qu’un humain tout seul est stérile et qu’il y a en Dieu « plusieurs personnes », le mot « personne » devant s’entendre comme le mot « relation » : Dieu a en lui plusieurs « relations » et qui dit « relation » dit fécondité, création  et vie.

 

Quand dans Genèse 2, Dieu dit qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul », il a raison : l’important c’est la relation à un autre et tant qu’à faire, un autre différent de soi.

Et l’on retrouve le terme « d’aide » au verset 19 : « je vais lui faire une aide qui sera son vis-à-vis ». Le complément dont a besoin l’homme pour être à l’image de Dieu, c’est une aide, un Secours comme l’on dit de Dieu pour l’humain, son Salut.

Le masculin, l’Adam, « le terreux » comme l’a nommé symboliquement la Bible, a besoin du féminin, l’Eve, symboliquement « la vivante »  pour devenir une seule chair et engendrer. On retrouve cette idée de complexité de Dieu, de relation, donc de fécondité et de vie.

Genèse 2 nous parle aussi de « vis-à-vis » et donc d’égalité. La femme est l’alter ego de l’homme, son autre « moi » version féminin !

Ceci nous dit de ces 2 êtres différents et complémentaires que l’amour est une relation basée sur l’altérité, (puisque 2 êtres différents) mais aussi sur l’égalité puisqu’il s’agit d’un vis à vis respectueux. Je ne cherche pas à ce que l’autre pense ou fasse comme moi ; sa différence c’est justement ce qui vient me compléter et m’enrichir ; l’autre a son rôle et je l’aime pour ce qu’il apporte à la relation dans son ensemble, même s’il m’agace profondément de temps en temps (comme je dois l’agacer aussi !)

Alors quand on est en relation avec l’autre, que l’on vive en couple ou non et qu’on s’agace ou non, essayons de penser à cette idée de fécondité… sachant que même dans le conflit, on peut créer une relation équilibrée qui, dans le respect des différences,  peut déboucher sur des accords et consensus…

 

Alors lorsque Paul nous dit qu’il est dans son intérêt donc bon pour elle, que la femme se soumette à son mari, je vois maintenant la chose différemment !

[Peut-être la femme ressent-elle le besoin de se mettre à disposition de son mari pour être un appui au couple qu’elle forme avec lui, se compléter et le compléter afin qu’il soit enfin à l’image de Dieu, à la fois complexe et un.]

Je préfèrerais personnellement reformuler les propos de Paul ainsi : « comme l’Église se soumet au Christ, qu’ainsi le féminin vienne en appui, en Secours, en tout, au masculin » ; ceci afin de le compléter et former avec lui l’être humain complet et complexe qui sera, comme Dieu l’avait prévu, à son image... 

Et j’irai même jusqu’à dire que ce besoin de se mettre à disposition de l’autre, en position d‘aide et d’appui, concerne toute relation d’être humain à être humain, qu’il s’agisse de mari et femme ou non, de personnes de même sexe ou de sexe différent, de relation amoureuse ou non. Il s’agit toujours d’amour de mon prochain, le grand projet de Dieu pour lequel il passe son temps et son énergie à nous donner des outils !

Alors le Christ et l’Église dans tout ça ?

Et bien c’est pareil ! Sauf qu’il est vraiment l’essentiel du message de Paul, son message théologique et non pas un guide de bonne conduite conjugale comme on aurait pu le penser de prime abord…

Son message c’est : comme la femme se soumet à son mari, le Christ se soumet à l’Église dont il est l’époux ;  il est son Salut, son Sauveur, son aide, son appui.

Ce qui revient à dire que Dieu aime l’Homme (avec un grand H), malgré toutes les différences qui les séparent et les attirent.

 Il l’aime avec ce qu’il a de tendre et de violent, ce qu’il a de moche et de beau, d’accessible et de fermé.

L’Église, c’est-à-dire les femmes et les hommes qui aiment Dieu, l’aiment avec ce qu’il a d’inaccessible et de proche, de grâce et de mystère, d’humain et de divin..

 

Dieu n’attend pas que l’humanité soit semblable à lui (il pourrait attendre encore longtemps !). Il ne demande pas à l’Homme d’être Dieu pas plus que l’Homme n’aurait que faire d’un Dieu qui cesserait d’être Dieu pour n’être qu’Homme…

 

Dieu aime les Hommes tels qu’ils sont mais il a choisi, par le Christ, de se soumettre à eux, d’être leur aide, leur appui, leur Secours et leur Salut. Tout ça parce qu’il a un projet avec eux : l’amour.

 

Dieu est divers ; il s’est fait homme parmi les Hommes, il reste esprit avec lequel je dialogue et il est Dieu universel.

Il est au côté de chacun d’entre nous, à la fois paternel et maternel pour mieux nous  compléter et mieux nous unifier.

De cette relation, il me donne vie.

Une vie particulière, une pensée particulière où je ne me sens pas homme ou femme mais être humain complet, féminin et masculin, physique et spirituel, prêt à entendre que, dans tous les cas, la fécondité, la vie, ne peuvent venir que dans une relation qui accepte l’altérité de l’Autre et l’accueille comme un autre « Je ».

Je crois que c’est le projet de Dieu pour l’humanité et que c’est bien ainsi que nos relations les uns aux autres nous permettront de recevoir et donner la vie.

 

Amen !

 

Isabelle CHABAS