Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 05 Août 2018

Orpierre (05700)

Textes bibliques:

Exode 16, 1-12, 

Jean 6, 23-35, 

Éphésiens 4, 17-32





Les païens d’aujourd’hui


Frères et sœurs,


Ce matin je vous propose une méditation sur cette extrait de la lettre de Paul aux Éphésiens, car il soulève une question qui nous concerne tous aujourd’hui directement : comment être chrétien dans un monde qui ne l’est pas ? Et Paul aborde cette question sous l’opposition vieil homme / homme nouveau. Est-ce que cette opposition nous parle, elle aussi ?


Mais tout d’abord, parlons d’Éphèse, grand port[1] de la mer Egée, en Asie mineure, d’où Paul est originaire.

Il resta à Ephèse 2 années, qui ne furent pas de tout repos. En effet, il prêche tout d’abord dans la synagogue, dont il est rapidement chassé, prêchant ensuite dans les maisons des nouveaux convertis.

Et puis, à Ephèse se trouve l’une des 7 merveilles du monde antique : le Temple d’Artémis/Diane. Une industrie florissante s’y est développée, la fabrication de statuettes et autres gadgets en l’honneur d’Artémis par de nombreux artisans et orfèvres qui, voyant d’un très mauvais œil le succès de Paul, craignent pour la prospérité de leur industrie et organisent une émeute en vue de chasser Paul de la ville.


Tout ceci est raconté par Luc dans les Actes des Apôtres (chap.19) sous la forme d’un récit de voyage, mais notre texte de ce matin est extrait d’une lettre de Paul lui-même[2]. Son contenu est théologique, il présente la foi chrétienne de façon positive, avec un vocabulaire nouveau, mettant en avant la grâce qui nous est offerte en Christ : la réconciliation entre le monde visible (les hommes) et le monde invisible (Dieu, créateur et sauveur). Ainsi est mise en lumière l’universalité (pour tous les hommes) et la gratuité (cette grâce imméritée) du salut.

Dans le contexte de la ville d’Ephèse au 1er Siècle, ce chapitre 4 met en évidence 3 préoccupations :

* Comment être chrétien dans un environnement indifférent, voire hostile ?

* Comment transmettre ce que nous avons reçu ?

* Comment faire Eglise ?


Ces préoccupations nous concernent aujourd’hui au plus haut point, nouvelle preuve du caractère universel de ce N.T. vieux de 2000 ans.


Vu le contexte hostile dans lequel Paul annonçait cette nouvelle alliance en Jésus-Christ dont nous avons parlé il y a 15 jours, face à ces nouveaux baptisés, qui n’avaient pas, à l’inverse de nous, bénéficié de longues années d’instruction religieuse, il fallait donc dire et redire le fondement de cette nouvelle alliance : une rencontre personnelle, presque physique avec le Christ. Si elle a effectivement eu lieu, votre vie en sera transformée, voilà ce que Paul essaie d’expliquer à ces païens convertis. Et Paul établit, en ce moment précis de la rencontre avec Jésus, la rupture entre le vieil homme et l’homme nouveau, le « born again » des évangéliques américains.

Il était facile pour ces nouveaux convertis, de comprendre cette distinction, eux qui n’avaient jamais eu auparavant de préoccupation spirituelle ou n’avaient connu que des idoles mortes, eux pour qui le baptême était cette date pivot. Mais l’acte du baptême n’est jamais une garantie absolue et à ce propos je voudrais vous lire les 6 premiers versets du chap.19 des Actes, qui vous feront certainement sourire (…).


Pour nous, qui avons été baptisés enfants, qui avons suivi une instruction religieuse comme on suit un cursus scolaire se terminant par un diplôme (la confirmation) avec remise des prix (une Bible), il est plus difficile d’identifier cette rencontre et l’on peut avoir côtoyé Jésus de longues années sans jamais l’avoir rencontré. Mais nous sommes néanmoins au bénéfice de cette grâce et si nous avons loupé ce premier rendez-vous, nous pouvons le rencontrer de nouveau chaque fois que nous partageons ce repas, cette Sainte Cène, à laquelle il nous invite.


Et dès lors, nous pouvons envisager notre vie autrement, changer de point de vue, relativiser notre situation, concevoir que nous avons un rôle à jouer dans ce monde, ici et maintenant, au service du Seigneur, abandonner ce vieil homme centré sur lui-même, et laisser cet homme nouveau s’ouvrir aux autres dans la bienveillance, redonner l’amour que nous avons reçu.

Alors apparaît en filigrane une question subsidiaire : comment transmettre notre foi ?

Et si Paul semble dresser le catalogue de ce qu’il faut faire et ne pas faire, on se tromperait totalement en pensant qu’il suffirait de cocher les bonnes cases de ce catalogue, pour être ce que certains appellent « un bion chrétien » et ainsi rejoindre Dieu.

Croire cela c’est être de nouveaux pharisiens s’auto-glorifiant, comme celui de Luc : « Merci Seigneur de n’être pas comme eux, ces voleurs, ces malfaisants, ces adultères, etc… ».


Car on ne rejoint pas Dieu. Si cette rencontre avec Jésus a pu avoir lieu c’est parce que Lui, nous a rejoints. Voilà ce que dit Paul. Et si notre vie est dès lors transformée, ce n’est pas par nos propres mérites, mais parce que le Saint Esprit travaille en nous.

Paul n’est pas le moralisateur que certain décrivent, qui nous donnerait un code moral devenant une seconde Loi. Il essaie simplement de nous aider à construire une éthique pour notre propre vie.

Mais la pédagogie de l’exemple n’étant pas d’une efficacité absolue[3], elle ne saurait suffire. C’est pourquoi nous devons évoquer deux autres moyens à notre portée : L’évangélisation et la prière.

Deux moyens qui ne sont plus guère en vogue dans nos communautés.

Evangélisez : c’est pourtant bien la dernière injonction du Christ avant son ascension[4], mais dans notre institution, bien installée depuis 5 siècles, ce mot est devenu presque tabou, associé à du prosélytisme, un gros mot dans notre milieu.

Et pourtant, si Paul a été surnommé l’apôtre es païens[5], c’est bien parce qu’il est allé les chercher, ces hommes et ces femmes, là où ils sont, il fallait bien qu’il sorte de son monde juif.


Sortir de notre monde, sortir de l’entre–soi, voilà le sens de l’injonction de Jésus. Chez nous, cela se passe lors de courtes périodes, les Réveils, ou bien en marge de notre institution : ce furent dans les années 30, les brigades de la Drôme, en milieu rural[6]. À la même période, un regain de la Mission Populaire, en milieu ouvrier, grâce à laquelle mes grands-parents ont pu faire cette rencontre avec le Christ. On pourrait aussi citer l’armée du Salut qui œuvre depuis plus de 100 ans dans ce que l’on appelle pudiquement « un milieu ouvert », expression très juste car elle suppose qu’il pourrait y avoir un milieu fermé.

Plus récemment, dans les années 60, j’ai pu participer avec ma paroisse d’alors, à une campagne de Billy Graham, avec son immense chapiteau installé dans un terrain vague aux portes de Paris.

Chaque soir, il était plein de monde venu par curiosité ou je ne sais quel motif, et nous avions sous nos yeux ces païens que Paul était aussi allé chercher.


Cela me faisait sourie, ces gens pris par l’émotion, sous le charme de prédicateur talentueux et probablement inspiré, qui se levaient pour s’engager au service du Seigneur, dans une émotion totale accentuée par une chorale de plus de 100 chanteurs entonnant des gospels.

Qu’allait-il rester de tout cela ? C’est alors que nous devions prendre le relais, ces gens laissant leur adresse. Un jour notre pasteur[7] m’en remet une : « c’est pas loin de chez toi ». Et là, je rencontre, dans une chambre au 6° étage d’un hôtel de passe entre Pigalle et Blanche, un jeune couple avec un bébé.


Et là le ciel m’est tombé sur la tête. J’avais une vingtaine d’années et je venais de prendre conscience qu’en fait nous vivions dans une sorte d’apartheid, dans deux mondes séparés et qu’il fallait la venue d’un baptiste américain pour nous faire rencontrer les païens de Paul. Un jeune couple dont la détresse morale devait être à la hauteur de la précarité matérielle, au point d’aller jusque sous ce chapiteau dans une quête improbable. Qu’étaient-ils venus y chercher ?

Je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai pu leur dire. Seul ce flash obsédant comme pour me rappeler tout ce qui n’a pas été fait.


Le point commun de ces différents mouvements, que l’on peut qualifier de Réveils, c’est un temps de prière préalable pour les faire advenir.


Or si nous sommes autant préoccupés que nous le disons de la transmission de notre foi, comment ignorer la prière ?

On peut transmettre le contenu de notre foi, on peut éveiller nos enfants à la connaissance de Jésus Christ, son enseignement.

Mais ce croire en Dieu, ce croire en Jésus Christ, cette foi – certitude et espérance - est une expérience, un cheminement personnel que personne ne peut transmettre. Cela reste un mystère que seule la prière peut permettre de percer.


C’est aussi la prière qui pourra nous donner le tonus dont nous avons besoin, dans un contexte plutôt démoralisant et déstabilisateur, c’est la prière qui pourra nous donner l’énergie et la sérénité de serviteurs qui savent où ils vont et qui pourront ainsi être les acteurs d’un monde nouveau à toujours reconstruire, auprès de nos païens d’aujourd’hui.


Amen !


François PUJOL


[1] Aujourd’hui à l’intérieur des terres, comme Aigus Mortes.

[2] Si l’on se réfère à la fin de sa lettre (Chap. 6, v.21-24). Compte tenu de la similitude avec la lettre aux Colossiens, il pourrait s’agir d’une lettre circulaire transportée par Tychique, certains biblistes imaginant qu’il en serait le véritable auteur (cela fait débat), par la pratique de la pseudépigraphie assez courante alors.

[3] Sinon cela se verrait, à moins que ce soit l’exemple qui ne soit pas le bon.

[4] Voir Matthieu 28/19

[5] Pour Paul, les païens étaient les non juifs. J’aime bien le sens originel de ce mot : le païen, c’est le paysan du village d’à côté.

[6] Dans les Baronnies et le Diois, à l’initiative de Jean Cadier, mais après une année de prières intenses de tous les pasteurs du secteur. (« le matin vient » chez Olivetan)

[7] Jacques Cousouyan, décédé à Uzès en 2013, après quelques années passées aux Batignolles