Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 05 Janvier 2020

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Ésaïe 60, 1- 6 (Voir également méditations du 6-janv-13 et du 8-janv-17)

Matthieu 2, 1-12 (Voir également méditations du 8-janv-12, 7-janv-07 et 7-janv-18)

Éphésiens 3, 2-6

 



Mystère ? Mystères…

 

Frères et sœurs,

Bonne nouvelle année à tous, année qui commence des meilleures façons par la révélation de la royauté de Jésus, l’Épiphanie. Mais cette royauté annoncée poursuivra Jésus dès sa naissance et sera source de malentendus qui le conduiront à son procès et à ce qui suivra.

Régulièrement, comme ce matin, trois mêmes lectures nous sont proposées, annonçant l’Épiphanie.

On a tout d’abord Ésaïe, qui proclame :

 Un rédempteur viendra pour Sion, pour ceux (de Jacob) qui se convertiront et se repentiront de leur péché,

* Les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité les peuples,

* Des nations marcheront à ta lumière et des rois suivront la clarté de tes rayons,

* Tu seras couverte d’une foule de chameaux et de dromadaires venant de Madian et de Saba. On te portera de l’or et de l’encens et l’on publiera les louanges de l’Éternel.

Alors, lorsque l’on a lu ce texte, c’est une évidence de se plonger dans Matthieu 2 :

* Des mages d’orient arrivèrent à Jérusalem

* Ils demandent où est le roi des juifs car ils ont vu son étoile en Orient

* Revoyant l’Étoile ils furent saisis d’une grande joie

* Ils adorèrent l’enfant nouveau-né et lui offrirent or, encens et myrrhe.

Et puis apparaît cette lecture de la lettre aux Éphésiens, qui, à première vue semble déconnectée des deux précédentes.

Ces deux lectures qui, mises en vis à vis, proclament :

* La vocation universelle de la venue de Jésus, le Christ de Dieu, qui va éclairer le monde,

* Et avec Lui, la naissance d’une nouvelle alliance, régie par la Grâce, et non plus par la Loi (de Moïse).

 

Mystère, Mystère…

Et pour Paul, cette proclamation, ce changement total de paradigme, relève du Mystère, de deux voire de trois mystères.

D’où cette lettre aux Éphésiens, écrite par Paul[1] et transmise par son disciple Tychique, originaire d’Éphèse.

Et ces quelques versets s’insèrent parfaitement dans le thème central de l’épitre qui est l’existence d’un plan de Dieu, d’un dessein mystérieux, voilé, caché durant des siècles, mais arrêté de toute éternité, ce qui nous renvoie au prologue de Jean[2].

Ce plan a trouvé un premier accomplissement par la venue de Jésus-Christ parmi les hommes[3], et Paul va en être l’exécutant majeur :

* Annoncer que désormais le salut par Grâce[4] est accessible à quiconque, c’est-à-dire à chacun : Dieu ne fait pas de distinction entre les individus. Avec la mort et la résurrection de Christ, ce qui était mort est vivant, ce qui était divisé est réconcilié.

* Paul va devoir annoncer tant aux juifs qu’aux « païens », que désormais il n’y a plus de barrière entre Israël et les nations païennes, qui formeront ensemble l’Église, une nouvelle entité, distincte aussi bien d’Israël que des païens, le nouveau Peuple de Dieu, et corps du Christ. Dieu ne fait pas de distinction entre les Peuples.

 

L’inattendu de Dieu

Et cela reste un mystère pour Paul, Juif pur sucre, éduqué dans la plus pure tradition juive, entre autres par Gamaliel[5] l’un des chefs du Sanhédrin.

Et dans cette tradition, depuis des siècles on pratiquait un particularisme strict que l’on appellera plus tard « l’exclusivisme Jahviste », conforté par la promesse de Dieu à Moïse[6] :

En effet, si aux origines, par exemple au temps de Jacob on admettait que chaque peuple ait son dieu[7], Yahvé était le Dieu d’Israël, point. Mais à force de regarder en l’air, les Israélites se convainquirent que ces étoiles, cet univers ne pouvaient avoir été créés que par un seul Dieu-Créateur, et dès lors une conviction se forgea : Israël était le seul peuple connaissant le vrai Dieu, les autres, n’adorant que de faux dieux, des idoles. Et cette conviction se transposa dans le vocabulaire : on parla du « Peuple », au singulier, pour désigner Israël et des « nations », au pluriel pour désigner les païens, les goï. Et par glissement sémantique, « le Peuple » devint « les bons » et « les nations » devinrent « les méchants ».

Et lorsque les juifs lisent les versets « universalistes » d’Ésaïe[8], ils les interprètent à leur façon : C’est à Israël que reviendra le rôle de faire venir à Dieu les peuples égarés ou ignorants, mais Israël conservera son statut de « nation sainte », de « Peuple élu ».

Or, ce n’est pas du tout la mission que Jésus a confiée à Paul sur le chemin de Damas, et qui remet totalement en cause la conception juive de l’universalisme. C’est cela le mystère dont parle Paul : Dans cette nouvelle alliance, il n’y aura pas Israël + Les Nations, mais une entité totalement nouvelle : L’Église, car dans l’arithmétique divine, 1+1 = 1, comme pour la naissance d’un enfant, ainsi un être nouveau, unique, ce nouveau 1 sera le corps du Christ, unissant Israël et les nations, respectant chacun dans son altérité, appelant chacun, premier ou dernier à la même communion.

Et dans cette révolution qui permet à chacun d’accéder à la grâce, l’homme n’y est strictement pour rien, cela relève exclusivement de la volonté, de l’amour de Dieu pour l’Humanité, qui plus que jamais est UNE.

Mais il y a un second inattendu de Dieu, c’est celui qu’il a choisi pour accomplir cette mission : Saul de Tarse, le persécuteur des chrétiens, qui a assisté à la lapidation d’Étienne, qui a reçu des chefs religieux le droit de mettre les chrétiens en prison. La logique divine a vraiment quelque chose d’inattendu et de déconcertant, à moins que ce ne soit au contraire le moyen que Dieu a trouvé pour manifester concrètement ce qu’il entendait par il annoncera la justice aux nations et elles marcheront à ta lumière : Quelle plus belle démonstration de sa volonté de réunion de l’humanité que d’envoyer le plus juif d’entre les juifs annoncer aux païens la bonne nouvelle : « Christ est mort pour toi aussi ». Et Paul considérera cette mission comme une Grâce (v.8).

 

Quel enseignement pour nous ?

Je crois qu’en premier lieu il faut lire ce texte aux Éphésiens avec beaucoup d’humilité, et nous rappeler, puisque nous fêtons l’Épiphanie de Jésus, que Dieu a mis fin à ce mystère dont parle Paul en le révélant, alors que l’on attendait un roi, sous la forme inattendue d’un petit enfant né dans la précarité, la fragilité, la vulnérabilité, qui l’obligeront à fuir en Égypte dès sa naissance.

Dès la naissance de son fils, Dieu nous indique de quel côté il faudra regarder si nous voulons être ses serviteurs dans le cadre de cette nouvelle alliance : la précarité, la fragilité, la vulnérabilité.

Si des dissensions régnaient au sein de l’Église d’Éphèse entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens, à propos de tout : circoncision, interdits alimentaires, habillement, célébration des fêtes juives, etc… la source de ces dissensions est-elle éteinte ou au contraire n’a-t-elle pas un caractère universel ? Ce qui veut dire qu’on la retrouvera très facilement chez nous, ici, maintenant, pour peu qu’on la cherche.

Ce qui est universel c’est cette difficulté des hommes à respecter l’altérité de l’Autre, à accepter les différences, à les considérer comme des richesses. Ah si les autres étaient comme nous, comme tout serait plus simple ! Eh oui, mais entrer dans ce type de raisonnement peut nous conduire plus loin que nous le souhaiterions. Gare !

Cet écueil nous guette régulièrement, en particulier nous les Réformés « historiques », qui voyons souvent d’un œil condescendant nos frères d’autres dénominations, sans parler des autres confessions.

Comment dans ces dispositions d’esprit, revenir vers le Christ, sinon en reconnaissant, dans l’humilité, notre incapacité à surmonter seuls ce qui est le propre de notre condition humaine.

Car le message de Jésus Christ, y compris dans son message ultime sur la croix est tout autre. Son injonction[9], ses dernières paroles aux apôtres, est un immense défi pour la tiédeur de notre foi.

Devant ce défi, il y a deux options : le repli, en forme d’aveu d’impuissance, qui signifie la mort à plus ou moins brève échéance. Ou alors l’engagement, l’acceptation un peu folle de nous laisser conduire sur des chemins que nous n’aurions jamais imaginé emprunter, comme Paul le fit dans tout le bassin méditerranéen.

Mais pas de crainte à avoir, pas d’angoisse, Le Saint Esprit nous accompagnera. Et puis, la vie, la mort sur la croix et la résurrection du Christ ne sont-elles pas elles aussi, pure Folie ?

 

Amen !

 

François PUJOL


[1] La lettre aux Éphésiens est celle dont on est aujourd’hui le moins sûr qu’elle ait été écrite par Paul lui-même, mais plutôt par l’un de ses disciples, qui étaient avec lui en prison à Rome (ou plutôt en résidence surveillée, Paul étant citoyen romain, ce dont il usait et abusait). Sa date d’écriture serait vers 60-61.

[2] Jean 1, 1-14 : Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu…. Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.

[3] L’Emmanuel : « Dieu parmi nous », ce qui n’est pas exactement la même chose que « Dieu avec nous ».

[4] Grâce : annulation d’une sanction à la suite d’un jugement, par la décision unilatérale de celui qui en détient l’autorité. C’est l’autre mot du pardon gratuit, immérité.

[5] Par ailleurs un homme d’une grande sagesse (Voir Actes 5,34)

[6] La promesse de Dieu à Moïse : vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux enfants d'Israël. (Exode 19,6)

[7] Ce principe connaîtra d’autres heures de gloire sous la Réforme avec les princes allemands qui obtinrent de Charles Quint l’adoption du principe « Religion du prince, religion du peuple » (on était encore loin de la liberté de conscience !).

[8] Vous pouvez en consulter quelques-uns en fin de méditation. Les évangiles ne seront rédigés qu’environ 30 années après cette lettre ;

[9] Matthieu 28,19 : « Allez, évangélisez les nations et baptisez-les en mon nom ».





LES VERSETS "UNIVERSALISTES" D’ÉSAÏE

(Non exhaustif, vous pouvez compléter)

 

42, 1 : Voici mon serviteur, que je soutiendrai, Mon élu, en qui mon âme prend plaisir. J'ai mis mon esprit sur lui; Il annoncera la justice aux nations. ... Il annoncera la justice selon la vérité. Il ne se découragera point et ne se relâchera point, jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la terre,

 

49, 6 : ll dit: C'est peu que tu sois mon serviteur Pour relever les tribus de Jacob et pour ramener les restes d'Israël : Je t'établis pour être la lumière des nations, pour porter mon salut jusqu'aux extrémités de la terre. ... Des rois le verront, et ils se lèveront, Des princes, et ils se prosterneront, A cause de l’Éternel, qui est fidèle.

 

60, 1 : Mets-toi debout et sois éclairée, car ta lumière arrive, et la gloire de l'Éternel se lève sur toi. Voici, les ténèbres couvrent la terre, et l'obscurité les peuples; Mais sur toi l'Éternel se lève, Sur toi sa gloire apparaît. Des nations marchent à ta lumière, et des rois à la clarté de tes rayons.

 

66, 18 : Le temps est venu de rassembler toutes les nations et tous les peuples. Elles viendront et verront ma gloire. Je mettrai un signe parmi elles, et j'enverrai leurs réchappés vers les nations qui jamais n'ont entendu parler de moi, et qui n'ont pas vu ma gloire. Et ils publieront ma gloire parmi les nations.

 

66, 22 : Car, comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre que je vais créer subsisteront devant moi, dit l'Éternel, ainsi subsisteront votre postérité et votre nom.