Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 30 Septembre 2018

TRESCLEOUX (05700)

Lectures du jour :

Nombres 11, 24-30, 

Marc 9, 38-50, 

Jacques 5, 1-6




Dedans ou dehors ?


Frères et sœurs,


Nos lectures de ce matin nous proposent des extraits du livre des Nombres et de l’Évangile de Marc, dont on est frappé de la similitude, surtout si on les place l’un à côté de l’autre.


Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous sur ce livre peu connu, faisant l’objet de peu de prédications. Et pourtant !

Il tire son nom de dénombrements successifs tout au long de ses 36 chapitres : depuis le recensement des hébreux sortant d’Égypte, tribu par tribu, jusqu’au recensement de ceux qui entreront en Canaan, pour bien prouver que tous ceux qui sont entrés dans le Désert, sont morts et n’entreront pas en terre promise.

Mais en hébreu, le nom de ce livre est « dans le désert », ce qui lui correspond mieux, car les Nombres décrivent la vie du peuple hébreu depuis le Sinaï jusqu’aux portes de la Terre Promise, en pays Moabite[1].

Mais le livre des Nombres n’est pas un livre d’histoire. Il répond à un projet théologique de ses rédacteurs.

Ce livre a été réécrit comme une grande partie du pentateuque[2], par les scribes de retour des 70 ans d’exil à Babylone.

Cette déportation, vécue comme la punition absolue subie par le peuple hébreu, pour tous les péchés qu’il a commis.

Ce livre, qui raconte cette succession d’infidélités du peuple envers son Seigneur, de révoltes contre Moïse[3] a été écrit pour mettre en garde toutes les générations d’Israël, qui devront porter la culpabilité des fautes commises par leurs pères[4]. D’où la nécessaire repentance du Yom Kippour.


Notre lecture de ce matin nous plonge au cœur de cette question.

Au début du chapitre 11, une partie du peuple maugrée, pleure même : Pensez donc, il n’a pas de viande à manger, il doit se contenter de la manne, donnée par le Seigneur, mis ce plat unique ne satisfait plus ses envies.

Il proteste donc auprès de Moïse, évoquant même le temps où il était esclave en Egypte, où là, au moins[5], il disposait d’une nourriture riche et variée. Le bon temps, quoi !

Dieu accéda à la requête de Moïse et donna à ce ramassis de gens saisi de convoitise[6], des cailles à profusion au point qu’ils s’en goinfrèrent toute une journée et toute une nuit et en moururent d’empoisonnement ou d’indigestion. On les enterra sur place.


Mais Moïse, le seul guide choisi par Dieu, le seul avec lequel il parle en face à face, Moïse est fatigué. Il en a marre, de ce peuple, et l’on assiste à des dialogues vifs entre lui et el Seigneur[7], au point qu’il en vient à demander la mort, comme une délivrance[8].


Alors le Seigneur vient en aide à Moïse : il va lui donner des auxiliaires qui pourront comme lui, porter la Parole du Seigneur auprès du peuple.

Car c’est cela, le rôle des prophètes, ce n’est pas d’annoncer l’avenir, même si dans bien des cas, la Parole transmise était une mise en garde sur ce qui risquait d’arriver au peuple, ou à ses dirigeants, s’il poursuivait dans sa voie d’iniquité et de transgression[9].


Et l’on assiste à une scène qui est exactement la préfiguration de la Pentecôte : l’Esprit qui était sur Moïse, préfiguration du Christ, vient se poser sur chacun des 70[10] anciens, et dès que l’esprit se pose sur eux, ils se mettent à prophétiser.

Mais il se passe quelque chose d’inattendu : Très vite ils abandonnent, comme un soufflé qui retombe. Tous, non ! Tous sauf deux, deux d’entre eux, mais pas tout à fait. Un peu électrons libres, un peu marginaux, hors de contrôle. Ces deux-là, ils poursuivent leur mission.


N’est-elle pas d’une criante actualité, cette scène, écrite il a y a 2.500 ans ?

Comme Josué, nous sommes interpellés par ces deux personnages que nous avons du mal à reconnaitre comme faisant partie de notre famille, ces deux marginaux[11], qui ne suivent pas le groupe. Même réaction chez les 12 qui contestent ce guérisseur car « il ne les suit pas ».


Alors quelle va être notre attitude ? Inclusion ou exclusion ?

Josué et les disciples de Jésus ont la même réponse : « Arrête-les »,  empêche-le » (de parler en ton nom).

Et Jésus va une nouvelle fois les/nous déstabiliser : qui n’est pas contre nous, est pour nous, avec sa façon habituelle d’inverser les termes, car l’expression la plus fréquente, chez les hommes, c’est qui n’est pas avec nous est contre nous.

Nous avons donc deux phrases inversées, deux chemins : l’un est au cœur de ‘l’éthique chrétienne, l’autre est le chemin suivi par l’Humanité, dont on voit aujourd’hui où mène ce chemin.


Qu’est-ce qui détermine l’attitude commune à Josué et aux disciples ?

En parlant trivialement, on dirait, que c’est l’esprit de boutique : on ne supporte pas que quelqu’un fasse ce que nous devrions faire, à notre place, voire mieux que nous.

Attitude que nous partageons assez largement, convenons-en, qui peut aller de la réprobation, à l’ignorance, ou la raillerie, voire beaucoup plus loin, bien pire !.


Jésus répond sur le ton de l’humour : Je n’imagine pas quelqu’un venant de faire un miracle en mon nom, dire du mal de moi l’instant d’après. Paul est sur le même registre : Qu'importe? De toute manière, que ce soit pour l'apparence ou que ce soit sincèrement, Christ est annoncé: je m'en réjouis, et je m'en réjouirai encore. (Ph 1, 18).

Moïse lui, met le doigt sur un point plus sérieux « Serais-tu jaloux pour moi ? » Et si l’autre ne subissait notre rejet ou notre remise en cause uniquement parce que nous le considérons comme illégitime, car cette légitimité nous reviendrait de droit à nous seuls, nous qui sommes dans le Groupe, le bon groupe, celui qui détient la vérité, qui détient le monopole de la vérité.

Nos communautés ne fonctionnent-elles pas comme si Jésus leur appartenait ?


C’est le constat que Moïse fait également, ce qui déclenche ce soupir

Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit ! » 

Moïse a été exaucé à Pentecôte, où le Saint Esprit s’est emparé des 12, ce Saint Esprit, que Jésus nous a laissé comme compagnon, auquel nous avons tous accès.

Un peuple de prophètes, disait Moïse, tous prêtres, disait Luther. Ce sacerdoce universel que nous revendiquons, qu’en faisons-nous ?

Qui sommes-nous ? Qui serons-nous ?

Les 70, bien vite rentrés dans la tente, les 2 restés au dehors ?

Sana en avoir l’air, ce court texte nous pose une question simple :


Qu’est-ce que l’Eglise ?

Est-ce une institution, avec ses lois, ses interdits, ses membres dûment patentés, un périmètre bien délimité ?

Ou bien un rassemblement de disciples du Christ qui se définit ni par des limites, ni par des frontières, mais par son centre : Jésus Christ.

Jésus se préoccupe-t-il de frontières ? Pour Jésus, il n’y a ni dedans ni dehors, et pour nous il s’agit de reconnaître que le Christ peut agir en l’autre, de reconnaître que l’esprit de Dieu souffle où et quand il veut. Il peut tout aussi bien renouveler les anciens dans leur enthousiasme des premiers temps, ou être répandu sur des inconnus. Quiconque[12] peut le recevoir, mais personne ne peut ni le retenir ni se l’approprier.


Ainsi se forme cette Église invisible constituée de tous ceux qui reconnaissent Jésus Christ comme leur Seigneur, quelle que soit la façon dont ils formulent cette reconnaissance, quel que soit le chemin qu’ils ont emprunté pour y accéder.

Cette Église-là est l’Église vivante dont les membres devaient pouvoir se rassembler en toute liberté pour écouter ensemble la Parole, les Saintes Ecritures, partager le pain et le vin, signes de la présence du Christ à nos côtés. Il y a loin de la coupe aux lèvres, mais rien n’est impossible à Dieu, voilà notre Espérance.

Enfin, à la suite des 3 sentences de Jésus relatives à l’œil, la main, le pied, nous ne pouvons que constater que nos itinéraires de vie ont fait de nous des hommes et des femmes un peu borgnes, un peu manchots, un peu boiteux. Toutes ces circonstances de la vie ont laissé des cicatrices qui font de nous des gens pas aussi parfaits que nous le voudrions, et nous devons humblement l’accepter.


Mais il nous reste un œil pour voir les détresses de nos frères en Humanité, une jambe pour aller vers eux et une main pour tendre ce verre d’eau en signe de paix et de fraternité.

Il n’en faudrait pas plus pour déclencher une vraie révolution, portée par le message évangélique lorsqu’il est proclamé : aimez-vous els uns les autres comme je vous ai aimés.

Ainsi un chemin de salut pourra s’ouvrir pour l’Humanité, et n’oubliez pas que Jésus et le Saint Esprit veilleront à ce que le sel que nous sommes conserve toute sa saveur, pour donner du goût au monde.


A Dieu seul la Gloire,


Amen !


François PUJOL


[1] Le pays de Ruth

[2] Les cinq premiers livres de la Bible (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), qui constituent la Torah du peuple juif.

[3] Voir méditation sur Nombres 16, 1-24, du 14-mai-17 par Arnaud VDW

[4] Ézéchiel 18,2 : Pourquoi dites-vous ; "Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées" ?

[5] V.5 : Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Egypte, et qui ne nous coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx.…

[6] L’expression est de la TOB (chap.11, v.6)

[7] .V.10 : Le SEIGNEUR s’enflamma d’une vive colère et Moïse prit mal la chose. « Pourquoi, dit-il au SEIGNEUR, veux-tu du mal à ton serviteur ? Pourquoi suis-je en disgrâce devant toi au point que tu m’imposes le fardeau de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Moi qui l’ai mis au monde, pour que tu me dises : “Porte-le sur ton cœur comme une nourrice porte un petit enfant” …Je ne puis plus, à moi seul, porter tout ce peuple ; il est trop lourd pour moi

[8] V.15 : Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir, que je n’aie plus à subir mon triste sort ! 

[9] On pense par exemple à Elie et Achab, Jézabel, la vigne de Naboth, dans 1Rois 16.29-22.40 et 2Chroniques 18,19, ou les prophéties d’Ezéchiel.

[10] Encore ce nombre 70 ! Jésus enverra lui aussi 70 disciples.

[11] la marge fait partie de la page et la marge tient la page, disait JL Godard

[12] Les évangiles utilisent délibérément ce mot pour bien indiquer que ‘l’Esprit Saint, l’Esprit Divin, n’effectue aucune « présélection ».