Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 15 septembre 2019 

Fête de Rentrée à ST LAURENT DU CROS (05500)

 

Lectures du Jour :

Exode 32, 7-14 (Voir sous cette référence, méditation du 12 Septembre 2010)

Matthieu 7, 21-27 

1 Timothée 1, 12-17

 

Attention, Fausse route !

 

Cet été, en vacances en Belgique, nous avons vu sur la plage d’Ostende des sculptures de sable monumentales.

10.000 m2 d’exposition.

150 sculptures de 2 à 12 mètres de haut.

240 camions de sable de sable carré.

 

Tour Eiffel, château de la Belle au Bois Dormant et toutes les stars des films d’animation sortaient littéralement de la plage pour le bonheur des badauds à la recherche du selfie qui résumerait leur été.

 

Je vous raconte cela parce que cette carte postale balnéaire est une parabole de notre monde et de notre humanité.

Car de cette plage d’Ostende au centre-ville de Las Vegas, il n’y a qu’un pas. Ces deux endroits du monde témoignent d’un envers du monde. L’envers de ces décors, c’est le sable sur lequel est bâti ce qui ce qui nous semble construit pour durer toujours : l’industrie, l’économie, la finance, l’immobilier… c’est sur le sable de l’éphémère qu’est bâti notre monde.

 

Oui, d’Ostende à Las Vegas, de Saint Tropez à Marne-la-Vallée, de Paris à New Delhi, de Tokoro à Tokyo, c’est du même sable qu’est fait tout ce qui nous entoure ; ce sont les mêmes illusions que les marchands de sable nous jettent aux yeux pour endormir nos peurs et éteindre nos angoisses. Divertissement de masse, consommation de masse, tourisme de masse, culture de masse, production de masse, tout semble convenu et solide mais repose pourtant sur un équilibre précaire qui peut s’effondrer comme un château de sable.

 

Nous sommes bons clients et nous en redemandons. Enfin… peut-être un peu moins, car notre temps est à l’orthodoxie du vert. La planète voit rouge alors le vert est à la mode. La chlorophylle n’est plus un goût pour les chewing-gums mais une philosophie, un art de vivre.

 

Trier ses déchets et faire caca dans la sciure de bois est un créneau porteur. Le retour à la nature, les cabanes dans les arbres, les légumes du jardin, les pistes cyclables, les voies vertes montrent chaque jour un peu plus que nous quittons (enfin !) le 20ème siècle pour mettre un pied dans le 21ème. Ouf, on a failli attendre ! Ça a un petit côté « 19ème siècle » qui a du charme. La révolution verte sera-t-elle pour le 21ème siècle ce que la révolution industrielle fut pour le 19ème ? L’avenir le dira à nos descendants.

 

Mais si les consommateurs veulent du bio, du « fait maison », du circuit-court et une empreinte carbone de fourmi, l’économie de l’écologie est faite du même sable que le reste. L’écologie ne suffit pas à donner une espérance. C’est souvent même le contraire : les scénarios catastrophes des collapsologues, les prédictions de fin du monde sont souvent le discours de fond de l’écologie punitive.

 

Or, pour nous, humains, l’espérance n’est pas une option. Pour nous, protestants, la punition n’est pas une solution. Sauver la planète n’est pas notre espérance mais tout au mieux un objectif. Les deux n’ont rien à voir. Et plus que jamais, ce n’est pas la planète qu’il faut sauver : c’est l’espérance. C’est elle le roc dont parle la parabole de ce texte biblique. C’est elle, l’espérance qui est la seule capable de fonder la vie, pour nous donner de  survivre à nos désillusions, à nos déceptions, aux catastrophes, aux cataclysmes, à la fin du monde. Fonder sa vie sur l’Évangile, c’est paradoxalement cela qui enracine profondément nos vies et les rend stables et fécondes.

 

Sans espérance, l’écologie est condamnée à devenir politique et répressive. Et demain ce seront des commandos, des bérets verts, des bataillons verts qui tueront au nom de la planète déifiée. Et quand on aura sauvé les rhinocéros, les éléphants, des hérissons, les abeilles, on sera toujours incapables d’espérer.

Espérer, c’est planter un arbre au dernier jour du monde.

Espérer, c’est jouer du violoncelle au pied du Mur de Berlin.

Espérer, c’est écrire un poème avant de mourir à Auschwitz.

 

Espérer, ça a de la gueule.

Espérer, c’est une puissance que le silence guide jusqu’à nos cœurs.

Quelqu’un qui espère, ça se voit au premier coup d’œil.

Quelqu’un qui espère, ça vous tire les larmes des yeux.

Quelqu’un qui espère, ça vous fait croire à l’existence de Dieu.

 

Espérons-nous aujourd’hui ?

Je crois plutôt que nous avons peur.

Peur d’avoir niqué la planète.

Peur de ne plus pouvoir la sauver.

Peur de ne pas être à la hauteur.

Peur de ne pas sauver notre vieux monde bâti sur du sable.

 

Si l’écologie est une Loi, un diktat, alors comme Paul, je n’en veux pas. Je préfère encore rester dans ma poubelle[1]. Cela ne m’empêchera pas d’être aimé de Dieu quand même. La culpabilité n’est pas une espérance. Elle ne le sera jamais.

 

Toute révolution, rouge, bleue, brune, orange ou verte, tourne tôt ou tard à la terreur. Elle se mue en son contraire.

Or, personne n’espère quand il est terrifié.

Et ce qui est terrifiant, c’est de voir l’écologie devenir en fin en soi. L’écologie pour l’écologie comme le divertissement pour le divertissement.

 

Vous pourrez remplir toutes les poubelles du monde, noires, rouges, jaunes, vertes, bleues ;

Vous pourrez bien être le champion du monde du compostage ;

Vous pourrez bien vous nourrir de salades bios et de tofu…

Vous n’entrerez pas mieux dans le Royaume de Dieu.

 

Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire. Mais qu’être chrétien, en encore plus, quand on est protestant, c’est refuser de fonder son salut sur des œuvres, aussi bonnes soient-elles. L’écologie ne doit pas devenir pour nous une autre forme d’indulgences pour gagner les faveurs de Dieu.

 

Finalement, ce n’est pas l’écologie qui sauvera le monde. C’est l’Évangile, compris comme l’espérance qui dépasse et transcende toutes les autres.

 

L’écologie peut devenir une religion avec ses rites, ses interdits, ses devoirs et ses mythes fondateurs. Ne nous trompons pas de religion.

Les oracles de fin du monde et les discours culpabilisateurs sont à la mode. Sans rien minimiser des défis environnementaux, l’écologie n’est pas une fin en soi. Elle s’inscrit dans une pensée plus vaste sur ce qu’est le monde et ce qu’on appelle « Dieu ».

Du grec oikos (« maison ») et logos (« parole »), l’écologie est une pensée sur la maison commune qu’est le monde. Elle implique un changement de vision globale, une conversion. Le christianisme est dans ce sens,  écologique » par nature.

 

Alors, bien-sûr, mettez-vous au vert.

Bien-sûr, tries tes déchets, raisonnes tes déplacements, revois ton alimentation, partage ton jardin, mais ne crois pas que c’est là que se joue ton salut.

 

Ton fondement, ta fondation, c’est le Christ et lui seul. Point barre. Et même si on n’arrive pas à sauver la planète, lui sera encore là pour nous donner sa parole de pardon et d’amour. Du coup, autant faire des efforts pour ne pas vivre dans une décharge géante.  

 

Il viendra trier entre les vivants et les morts.

Entre ceux qui espèrent et ceux qui appliquent.

Entre ceux qui construisent un nouveau monde et d’autres qui nettoient le monde ancien.  

Entre ceux qui fondent leur vie sur l’Évangile et d’autres sur un programme politique.

Entre ceux qui construisent sur le roc de l’espérance et d’autres sur le sable des bonnes idées.

 

J’espère retourner à Ostende l’été prochain. Mais ce que j’espère avant tout, c’est d’espérer encore, quoi que devienne le monde, jusqu’à mon dernier souffle et au-delà encore.

 

Amen 

 

Pr Arnaud VAN DEN WIELE


[1] Durant toute sa prédication, Arnaud est debout dans une poubelle en plastique (vert, évidemment !)