Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 15 décembre 2019,

Culte à Trescléoux (05700)

Célébration œcuménique * 3° Dimanche de l’Avent

 

Lectures du Jour :

Esaïe 35, 1-10

Jacques 5, 7-10

Mt 2, 1-12 (Voir également prédications du 7-janv-07, du 8-janv-12, et du 7-janv-18)

 

Et Dieu voulut être un être humain

 

Il était une fois… Dieu.

Et Dieu voulut être un être humain.

C’est ça, ce que nous appelons Noël : Le désir de Dieu de devenir un humain tout comme nous, alors que nous, nous désirons devenir des dieux tout comme lui.

 

Enfin, tout comme lui… pas vraiment, parce que ça finit mal, l’histoire. Et en plus le Dieu qui se révèle à la croix est l’inverse de l’idée qu’on se fait d’un dieu.

Un dieu ou une déesse, ça ne veut pas devenir humain.

Un Dieu, une déesse, ça ne veut pas mourir.

Un dieu ou une déesse, ça ne veut pas avoir mal au ventre et aux dents.

Un dieu ou une déesse, ça ne veut pas avoir des rides, des rhumatismes et une calvitie.

Un dieu ou une déesse, ça ne veut pas avoir un cancer et la chimio qui va avec.

 

Un dieu ou une déesse, ça doit rester dans son monde pour avoir le droit d’être craint des humains.

Et il y a dans notre tête un panthéon tout entier de choses, d’idées et de principes que l’on vénère comme des dieux :

Le désir (Éros), l’argent (Hermès), l’image de soi (Narcisse), la famille (Hestia), la beauté (Aphrodite), la terre mère (Gaïa), la chasteté (Artémis), etc.

Prenez la liste des dieux et déesses grecs ou romains, et mettez une croix en face de ceux qui disent quelque chose de vous et vous aurez votre panthéon.

Et si vous avez un doute, vous pouvez toujours cocher le roi des dieux - comme ça vous êtes pénards - Zeus/Jupiter.  

Zeus qui a donné en latin Deus, qui a donné Dieu.  

 

Et c’est vrai que quand nous disons le mot « dieu » c’est toujours un peu Zeus, d’une manière ou d’une autre, qui nous avons en tête.

Et c’est bien normal. Parce que le Credo nous dit que Dieu est « tout-puissant » ; parce que c’est lui que nous prions pour changer le cours de choses ; parce que c’est à lui qu’on vient quand on a épuisé tous les autres recours…

« Dieu, si tu existes, fait un miracle ! »

 

Faire un miracle, le dieu de Noël en est bien incapable. Il ne sait pas parler. Il ne sait pas marcher. Il ne sait pas manger. Il n’est pas propre. Il ne comprend pas le monde qui l’entoure.

Il a tout à apprendre. Tout. Parce que c’est un bébé comme tous les bébés du monde. Ce n’est pas un super bébé. Même pas un adulte dans un corps de bébé. Encore moins Zeus dans un corps de bébé. C’est un bébé. Incapable. Impuissant. Innocent. Vierge.

Et le génie du christianisme, à la suite du judaïsme, c’est de dire : « tu vois ce bébé, dans sa maison, aux côtés de sa mère… c’est ton dieu, c’est ton Christ. »

On est aux antipodes de Zeus.

On est aux antipodes du Dieu qu’on a dans la tête.

 

On est même aux antipodes du petit Jésus de la crèche.

Parce qu’à force d’en faire un objet décoratif, une tradition folklorique, une sorte de jouet religieux, on a fini par parodier le message biblique, à le rendre mignon, miniature, inoffensif.

On a un problème d’échelle : soit Dieu est Zeus, soit Dieu est un santon de Provence. Or c’est à l’échelle 1 : 1 qu’il faut comprendre Dieu. À taille réelle :

La nôtre. L’Évangile nous dit ce matin :

 

Dieu a renoncé à être immortel.

Dieu a renoncé à être une idole.

Dieu a renoncé à être un mystère.

Dieu a renoncé à être un roi.

Dieu a renoncé à être une religion.

Dieu a renoncé à être un dieu.

 

Dieu est désormais humain.

Dieu est désormais mortel.

Dieu est désormais fragile.

Dieu est désormais vivant.

Dieu est désormais réel.

Dieu, désormais, existe.

 

C’est ça Noël.

 

Tu cherches Dieu dans ta vie, dans ton cancer, dans ton deuil, dans ta dépression, dans ta misère ?

Tu cherches Dieu dans tes prières, dans tes supplications, dans tes saintes colères ?

Tu cherches Dieu dans tes images d’Épinal, dans tes restes de caté, dans ce que tu vois à la télé ?

Tu cherches Dieu dans le ciel, sous la terre, dans les arbres et les étoiles ?

Ou peut-être que tu ne le cherches même pas, même plus, Dieu, parce que tu t’en fous ou parce que pour toi, Dieu, c’est ce truc qu’on t’a appris quand tu étais enfant, entre les tables de multiplications et les conjugaisons…

 

L’Évangile ce matin nous dit à tous :

Dieu n’est pas ailleurs qu’en toi.

Dieu n’est pas une idée. C’est l’expérience de chaque vie, de chaque jour, avec ses hauts et ses bas.

Être chrétien, c’est se coltiner sa vie comme le Christ s’est coltiné la sienne.

Être chrétien, c’est arrêter de se sentir coupable d’être humain, coupable d’être pécheur, coupable de ne pas être un saint ou une sainte.

Être chrétien, c’est assumer être ce qu’on est !

Et en l’assumant, on se réconcilie avec soi-même. Et en se réconciliant avec soi-même on rencontre le Christ.

 

Combien de chrétiens vivent encore dans la peur, la honte et la culpabilité de n’être que de pauvres humains qui ne méritent pas Dieu. C’est Zeus qu’on adore en fait, à travers les traditions chrétiennes. Or, Noël, c’est Dieu qui nous dit :

« Arrête d’avoir peur de moi. Arrête de jouer au faux-cul avec moi. Arrête d’essayer de me plaire alors que tu te hais toi-même. Arrête de jouer au bon ou au mauvais croyant avec moi. Je m’en fous de tout ça. La preuve : c’est que j’ai été humain bien avant toi. J’ai existé avant toi. Pour avoir mal comme toi. Pour être en colère comme toi. Pour avoir envie de tout laisser tomber, comme toi. Pour me battre avec toi, pour la vie. »

 

Noël ? C’est tous les jours de ta vie.

 

Et ça, vous pouvez essayer de le trouver dans une autre religion, dans une philosophie, une idéologie ou dans le dernier truc à la mode, vous ne le trouverez pas. C’est le cadeau de Noël : avoir un dieu à notre image, à notre échelle, à notre portée : un dieu plus humain que nature.

 

Amen !

 

Pr Arnaud Van Den Wiele