Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 9 SEPTEMBRE 2018

Culte à GAP (05)

Lectures du Jour :

Esaïe 33 versets 4 à 7

Marc 7 versets 31 à 37

Jacques 2 versets 1 à 5 (voir également sous cette référence, méditation du 06 Septembre 2009)




Qui est le bien portant, qui sera guéri ?


Dans cette histoire, il y a une guérison réussie et une guérison qui reste à faire.

La guérison réussie c'est bien sûr celle du sourd-muet.

On peut se demander ce qui a été soigné : est-ce parce que dorénavant il entend qu'il peut enfin parler ? Sans doute. Cette guérison a-t-elle été facile ? Peut-être que non, comme le laisse entendre ce soupir poussé vers le ciel par Jésus. Toujours est-il qu'il parlait avec peine, et que maintenant, il parle correctement.


Est-il seulement soigné de sa difficulté à entendre et parler ? Il est aussi soigné d'autre chose. Au début, il n'est qu'un objet baladé par les autres. Il est amené - "porté" en grec - par la foule. Il est soigné alors qu'il ne demandait rien. Il est passif, et tout le monde semble décider pour lui. Il n'est pas une personne : il est lm objet.

Jésus lui offre autre chose : Il le sort de la foule, il n'est plus mêlé à la foule, il est mis à part. La guérison se développe loin de la masse, dans une relation de personne à personne. Il n'est plus un handicapé, une personne moindre, il est un individu qui est regardé par un autre individu. Le sourd - comme l'aveugle plus loin dans l'évangile qui lui aussi est mis à part pour une guérison - n'est plus l'objet d'une foule qui l'utilise pour une guérison/tour de magie, il n'est plus une bête de foire confiée à un prestidigitateur. Il est l'objet unique de l'attention de Jésus, il est à nouveau individualisé.


Il est aussi guéri de cela : d'objet d'une foule, il devient le vis-à-vis d'une autre personne et donc une personne à son tour.

Avez-vous retenu comment se déroule sa guérison ? Dans Marc, les guérisons passent toutes par des mots prononcés, et des mains qui sont posées sur une personne. Là, Jésus fait autrement. La personne est sourde, elle n'entend pas. Certes, il y a un mot, un seul. Il lui fait peut-être lire sur les lèvres - "il le dit à l'homme" précise le texte. Mais surtout, cela passe par des gestes avant de passer par des mots. Cela passe par des gestes précis, par les doigts et la salive de Jésus qui vont toucher où est le mal, qui désignent là où est le problème - les oreilles, la langue.


Il n'est plus question d'un geste stéréotypé de guérison mais d'une série de gestes, uniques dans tout l'évangile, développé une seule fois, pour cette personne sourde, en propre.


Jésus passe du conformisme qui exclut, à ce que le Conseil œcuménique des églises, et de nombreuses églises du Sud ou du monde anglo-saxon, appellent d'un nom étrange : "l'inclusivité". Quand nos attitudes, nos façons "majoritaires" excluent-souvent sans le vouloir- les autres, les minorités, les gens différents, l'inclusivité c'est chercher les mots et les gestes qui incluent, qui font une place. Regardons ce que fait Jésus. Il fait deux choses. Il touche là où se trouve le problème : les oreilles, la langue. Les églises inclusives commencent par oser dire aux personnes concernées là où se trouve le problème : "oui, nous, Églises, nous avons du mal à vous accueillir, vous qui êtes des indigènes, des pauvres, des handicapés, des personnes gays et lesbiennes. Nous mettons le doigt là où ça nous fait mal et là où ça vous fait mal". Et ensuite, comme Jésus, elles trouvent des signes - intégrer des éléments de culture indigène dans leurs cultes - des mots - par exemple traduire les cultes en langue des signes pour parler à la personne dans sa langue, "selon son particulier" comme dit le texte de l'évangile.


Le sourd est soigné. Mais alors, pour qui la guérison échoue-t-elle ? Pour la foule.

La foule si bavarde n’est-elle pas invitée à se taire pour plus écouter, comprendre ce qui vient de se passer ?

On nous dit que l'homme « parlait avec peine » : et si surtout, son problème était qu'il était "entendu" avec peine ? Si le problème était qu'au départ, la foule et son entourage n'ait pas fait l'effort de l'écouter, à tel point qu'on veut le soigner alors qu'il ne demande rien ? La foule ne fait pas l'effort de l'écouter, et bien sûr, elle ne fait aucun effort pour communiquer avec lui. Elle ne fait pas l'effort de parler dans sa langue, avec des gestes comme le fait Jésus. Au début, non seulement, elle décide pour lui et ne cherche pas à communiquer, mais elle le promène comme un paquet, un objet. Et à la fin, elle n'est pas guérie, elle ne s'intéresse toujours pas à lui comme personne. Elle ne parle pas de lui, elle parle tout de suite de généralités : Jésus "fait parler les sourds et les muets". La maladie de la foule c'est qu'elle ne fait pas l'effort de s'intéresser à l'individu, à la personne. Comment pourrait-on appeler cette maladie ?


Cette façon de ne pas voir Ibrahim et Fanta mais "des noirs" ?

Jacques et Annie, mais "des cathos" ?

Pierre et Youssef mais des "gauchistes" ?


Certes, c'est aussi une forme de conformisme qui exclut, de panne de la sollicitude mais d'abord une façon de ne voir le monde que par sacs, par groupe, en généralités, voir les choses "en gros".

Comment appeler cette absence d’empathie ? : La "grossièreté" ? Le "généralissime" ? Le syndrome du tiroir ?

Mais surtout, en faisant cela, la foule passe à côté de Jésus, et c'est pour cela que peut-être elle n'est pas soignée. Elle est incapable de percevoir et de rentrer dans la relation d'individu à individu qu'instaure Jésus car elle cherche du secret, du miracle, de la puissance. Quelque chose de bien spectaculaire qu'elle peut aller proclamer partout, et ainsi se mettre elle-même en avant en disant : "Hé, vous savez ce que MOI j'ai vu ?". Car c'est bien cela qui l'intéresse, et c'est pour cela que Jésus peut bien lui demander de se taire, il n'aura aucune chance d'être entendu par cette foule qui n'a aucune envie d'entendre, de rencontrer, qui n'a qu'une seule envie : classer, juger, pour pérorer, proclamer...


Faisant cela, elle loupe Jésus, elle loupe ce que le sourd, lui, a vécu avec Jésus. Il n'y a pas de « secret » à « dévoiler », pas de scoop à publier en "une", pas de mystère qui permette de frimer sur les routes de Galilée ou les plateaux télé mais un chemin de vie sur lequel le sourd a commencé à marcher, une expérience dont il faut être acteur -la foule est spectatrice, le sourd acteur-, une expérience qui commence par une rencontre, un échange, avec une personne, un par un.

Et donc finalement, les malades et les guéris ne sont pas forcément ceux qu'on croit. Ceux qui se croient bien portants, qui amènent des sourds pour qu'ils soient soignés, sont peut-être ceux qui restent à soigner.


Quand nos églises mettent en place un culte accessible à des sourds et malentendants, qui est le bien portant, qui sera guéri ? Quand une église ou une entreprise met fin aux discriminations envers les personnes gays ou lesbiennes, qui est le bien portant, qui sera guéri ?


Qui est le bien portant, qui sera guéri ? Qui reste dans le syndrome du paquet, dans la grossièreté, dans le généralissime, qui rentre dans un cheminement de la rencontre, dans l'expérience de la rencontre de l'autre, dans la relation de personne à personne ?

Le récit se termine par la foule disant : il fait même entendre les sourds et parler les muets »

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Il ne suffit pas que l'on sache entendre et parler pour savoir ce qu'on a entendu et en parler correctement... Les entendants qui deviennent des bavards n'ont-ils finalement pas autant besoin de Jésus que le sourd ? Antoine Nouis cite un proverbe : « Si Dieu nous a donné deux oreilles et une seule bouche, c'est pour que nous entendions deux fois plus que nous ne parlons ».


Amen !


Jacqueline GODINO, Présidente du CP