Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 30 août 2015

Culte à Gap (05000)

Lectures du jour :

Deutéronome 4, 1-8

Marc 7, 1-23

Jacques 1, 17-27 (voir aussi sous cette référence, méditation du 02 Septembre 2018)




La Foi qui libère


Qui s’attendait chez nous, en voyant se vider églises et temples, qui s’attendait à ce que la religion revienne, dans notre société laïcisée, avec une violence qui nous déstabilise le djihad. !

Sommes-nous acculés, croyants ou non, à entrer dans une guerre de religion que nous imaginions totalement dépassée, nous, protestants, échaudés s’il en fut.

Les prémices n’en étaient que des discussions autour du foulard sur la tête de petites musulmanes allant à l’école. Cela ne laissait en rien prévoir la brusque éruption de la violence extrême jusque dans l’école un jour de classe à Toulouse, nous laissant dépassés dans la compréhension de tels actes…

Et pourtant, il nous faut comprendre pour surmonter la vague. Ce matin, une fois de plus, l’Évangile ramène le problème à notre portée, à travers des gens qui nous ressemblent : Ces premiers chrétiens qui s’ignoraient, que sont les disciples de Jésus.

Ont-ils seulement mesuré qu’en ne se lavant pas les mains avant le repas, ils posaient une question théologique comme le rappellent à Jésus des pharisiens, scrupuleux gardiens des rituels, en l’occurrence celui de la purification alimentaire. Entre parenthèses c’est également une autre question qui revient, avec la viande halal dans les cantines scolaires question dont on ne sait plus si elle est religieuse ou politique.

L’Évangile ne se trompe pas : C’est dans la vie courante que surgissent les questions qui vont devenir détonantes et pas seulement à l’Assemblée Nationale ou au Synode mais à ras de terre, au jour le jour, au niveau personnel autant que collectif, au niveau religieux autant que politique.

Alors comment n’avons-nous pas pris la mesure de ce conflit religieux latent avant qu’il ne s’exacerbe aujourd’hui ?

D’abord, il n’y a pas à s’en étonner :

Les religions sont fondamentalement animées d’un rapport de force : entre les exigences du fidèle qui demande le secours du divin : « mon Dieu fait que… » et les exigences divines qui réclament rites et sacrifices. Qui contraindra l’autre ?

Et dans ce rapport de force tentent toujours de se glisser les pouvoirs sociaux mais aussi politiques ou économiques en vue d’en tirer parti.

On a appelé cela l’alliance du trône et de l’autel, on pourrait dire aussi l’alliance de la bourse et du clocher, sans parler des guerres qualifiées de Saintes pour blanchir leurs massacres tandis que de leur côté les politiques se sacralisent eux-mêmes, lorsque rois ou dictateurs, selon les régimes, ils font défiler leurs portraits comme des icônes, quand ce n’était pas la qualification abusive d’un parti politique de « chrétien ».

Alors devant ces apocalypses annoncées, faut-il se réjouir ou se lamenter qu’églises et temples se soient vidés, comme un signe d’émancipation ?

Déjà le prophète Michée, 700 ans avant Jésus-Christ, pensait devoir bousculer les rituels de ses frères juifs pour les arracher à la religiosité ambiante. Il appelait au retour de rapports avec Dieu d’une simplicité qu’on a envie d’appeler évangélique.

Au verset : « on t’a fait savoir, hommes, ce qui est bien ce que YHWH attend de toi, rien d’autre qu’accomplir la justice, aimer la bonté, et marcher humblement avec ton Dieu ».

On croirait entendre parler Jésus !

Car Jésus n’hésite pas à opposer la loi religieuse des hommes et la volonté de Dieu. Pour autant, voulait-il annoncer la fin des religions ? Et mettre en cause leurs marchandages à travers leur légalisme, pour privilégier la foi qui n’est pas croyance mais confiance ?

Si l’on en croit les Évangiles, puis les épîtres, tout de suite après Jésus ce fut là l’objectif du christianisme naissant, avant que sous pression de la religiosité ambiante autant que par récupération politique il ne devienne lui aussi un christianisme religieux avec ses lois, ses rites, ses pouvoirs avant qu’il ne se laisse séduire lui-même par le pouvoir politique en devenant « religion d’Etat » sous l’empereur Constantin !

Et 2000 ans plus tard nous, les héritiers d’aujourd’hui, nous voilà comme Michée, conscients de la dérive, et réveillés par l’Évangile aussi net et clair ce matin que la réponse de Jésus aux pharisiens : Réponse pour ses disciples, réponse pour nous !

En tant que père ou que frère, ami, je me pose la même question que se posaient, avec Michée, les premiers chrétiens, s’éloignant des religions ambiantes.

Les mêmes questions que vous vous posez pour vos enfants, petits-enfants, frères, sœurs, amis qui s’éloignent maintenant de notre église et il nous arrive de le penser pour nous-mêmes.

Comme les juifs du premier siècle imprégnés de leurs usages, nous sommes conscients que ce réflexe religieux risque de laisser la foi fragile et solitaire. Peut-elle subsister sans la rencontre des cultes, sans la Bible à partager, sans l’Eglise, aux périodes cruciales de la vie ?

La confiance humaine n’a-t-elle pas besoin de gestes répétés, de rites partagés et d’anniversaires à bougies ? Comme si la foi avait besoin elle aussi de tels rendez-vous.

Quels seront pour chacun, s’aventurant dans le monde, les repères de sa foi :

Jésus allait à la synagogue au jour du sabbat même s’il était le plus souvent sur les routes.

Jésus connaissait la loi qui responsabilise même s’il ne s’y enfermait pas, pour être ouvert à ce qu’il ignorait. Jésus, qui ne se dit pas maître de la loi mais serviteur de tous.

Et si, secouer la religion comme nous le voyons faire, ou comme nous pourrions le faire nous-mêmes autour de nous, faisait émerger notre foi, indépendante, forcée de s’exprimer sans la loi, par une pratique quotidienne :

Être « pratiquant », c’est l’accord de ce qu’on fait avec ce qu’on croit, simplement mais ce n’est pas si simple.

Comment aider à retrouver le chemin de leur foi, ceux qui ont perdu ce chemin sinon en leur faisant lire l’Évangile dans leur vie de tous les jours.

Sur ce chemin, la religion devient un simple bagage selon ses besoins, où chacun va retrouver ce qui lui est utile : deux chers vieux psaumes réformés, ou bien une allègre musique de jazz, mais comme le met en lumière Jésus, ils devront se débarrasser de ce qui enferme, qui enferme jusqu’à diviser.

Voilà la réponse aux pharisiens : le problème n’est pas d’avoir les mains propres mais d’accueillir à table ceux qui ont faim… Et c’est parfois plus difficile dans la foi que dans la salle à manger car il faut bien mettre alors tout sur la table c’est-à-dire être prêt à apporter de chacun son superflu qui paraîtra indispensable à d’autres, et mettre sur la table nos rituels au risque de les voir remis en cause.

L’essentiel, c’est ce qui nourrit, ce qui va faire vivre et c’est ce que l’on aura accepté de partager sans arrière-pensée avec tous, à travers le monde et à travers les générations.


Amen !


Pr Pierre FICHET