Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 25 septembre 2011

Journée de Rentrée à GAP (05000)

 

Lectures du Jour :

Marc 3,20-21 et 31-35

Éphésiens 2,11-4

 



Une famille spirituelle !


Une journée d'église comme aujourd'hui, c'est une fête de famille. Chaque culte en est une, assurément, mais comme une trop brève parenthèse dans nos vies encombrées. Aujourd'hui, en plus de la communion liturgique, nous partagerons un vrai repas, nous aurons du temps pour nous retrouver, nous parler, nous reconnaître comme frères et sœurs, dans l'accueil mutuel et le partage de nos joies et de nos soucis. Du temps pour jouer ensemble peut- être, ce qui est aussi une forme de convivialité.

 

Ensemble, quelle que soit leur origine, les croyants forment le corps unique du Christ. Cette unité n'abolit pas les différences de culture, de langue, d'âge ou de tempérament; voire les difficultés de compréhension ou de communication entre les membres. C'est une unité dans la diversité, mais c'est une vraie unité, que les croyants n'ont pas à construire péniblement par leurs efforts de bonne volonté mais à recevoir dans la foi : elle nous est donnée comme une grâce. Le signe majeur de cette communion qui transcende nos oppositions et nous unit malgré nos différences, nous le recevons dans la célébration de la cène : partageant le même pain à la table du Seigneur, nous nous percevons visiblement comme membres d'un même corps, unis par un même Esprit.


Ce matin, ce petit récit où Marc met en scène la famille de Jésus, sa mère, ses frères et ses sœurs selon la chair, résonne comme un avertissement nécessaire : A leurs yeux, le jeune charpentier qui s'est lancé sans mandat à jouer au prophète, a perdu le sens ! Et s'ils viennent à sa recherche, c'est pour se saisir de lui, le ramener à la maison et à la raison ! Mais lorsque Jésus apprend leur démarche, il prend ses distances vis-à-vis de ces proches qui ne le comprennent plus. Il promène ses regards sur la foule qui l'entoure et déclare: "quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère !"


Ce récit peut devenir pour nous une parabole frappante. Nous nous félicitons d'avoir été reçus dans la famille de Dieu. Mais attention au risque que cette famille, sans y prendre garde, ne se mette à ressembler à la famille historique de Jésus, qui s'inquiétait de sa fréquentation des foules, de ses éventuelles compromissions avec des mécréants et des gens infréquentables, et qui voulait le garder pour elle, bien au chaud et bien raisonnablement au sein du cocon familial !


L’Église, nous l'avons entendu, est née de la démolition du mur de séparation entre les juifs et les païens. Quelle aberration si elle se met à reconstruire une clôture entre elle et les non-chrétiens, entre elle et "le monde", pour reprendre le langage de Jean. En Jean 17, quand Jésus prie pour les siens, il dit certes au Père: "ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde" pour rappeler leur qualité d'enfants de Dieu dont les valeurs ne sont pas celles de la société ambiante qui le méconnait et le rejette. Mais il ajoute aussitôt: "Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal (ou du "Malin") et aussi: "Comme tu m'as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde". C'est clair ! Mais sans cesse l'église est tentée d'oublier cette mission de présence au monde, tentée de se replier dans une petite vie plus ou moins chaleureuse de secte fermée, persuadée que le Christ ne peut être rencontré qu'à l'intérieur de sa petite bulle ecclésiale. Attitude sectaire qui engendre forcément un esprit de jugement, de mépris ou d’indifférence pour ceux du dehors. Soi-disant "famille de Jésus", mais qui ne comprend pas l'esprit qui animait Celui qui a voulu s'immerger dans le monde par compassion pour les hommes, et parce qu'il ne désespérait d'aucun d'eux.


L'avez-vous remarqué ? Dans l'épisode relaté par Marc, lorsqu'il déclare "que ceux qui font la volonté de Dieu sont sa vraie famille spirituelle", Jésus ne désigne pas spécialement ses disciples, ils sont mêlés à la foule. C'est cette foule de tous venants qu'il embrasse du regard et où il discerne ses frères et ses sœurs potentiels.


Dans le regard qu'il porte aujourd'hui sur notre monde, Jésus, je pense, doit reconnaître comme ses frères et ses sœurs des hommes et des femmes qui ne sont pas du petit cercle confessant, mais qui à ses yeux font la volonté de Dieu, peut-être mieux que bien des "pratiquants". Ils agissent dans le sens du Royaume, ils seront très étonnés de s'entendre dire qu'ils sont les bénis du Père, tous ceux, croyants ou non en Jésus-Christ, qui servent leur prochain, qui exercent la miséricorde envers les affamés, les étrangers, les malades, les opprimés et les paumés de toute sorte. C'est bien ce que nous enseigne la parabole du jugement dernier et ses surprises.


Dans sa lettre aux Éphésiens, Paul s'adresse ici aux membres d’une église qui étaient en grande majorité d'origine païenne. Il vient de leur rappeler qu'ils sont sauvés par la grâce, en recevant une vie nouvelle dans la foi en Jésus-Christ. Il veut maintenant leur faire mesurer un aspect remarquable de ce don de Dieu : c'est qu'il les a fait passer d'un statut d'étrangers au peuple de l'alliance à celui de "concitoyens des saints" ou de "membres de la famille de Dieu". Le Christ a ainsi réalisé une extraordinaire réconciliation entre Juifs et païens. Paul dira plus loin que c'est à ses yeux l'essentiel du mystère du Christ qui lui a été révélé. Sans analyser dans le détail ce passage un peu touffu, je soulignerai deux ou trois points forts de son message :


Il y a d'abord le rappel de la situation antérieure. Entre Juifs et païens se dressait un épais "mur de séparation", un vieux mur qui semblait indestructible. Il était manifesté par l'opposition des circoncis et des incirconcis, mais surtout par les règles rigoureuses de la Loi juive qui interdisaient toute communauté de toit et de table entre les uns et les autres. Cette clôture entrainait mépris et même haine réciproque, ce mot qui revient deux fois dans notre passage.


Rappelez-vous l'étonnement et l'enthousiasme suscités naguère par la chute du "mur de Berlin". Événement inattendu, qui symbolisait la fin de la guerre froide et la possible réconciliation entre deux mondes antagonistes. Événement tout aussi inespéré et réjouissant, selon Paul : Jésus a détruit le mur qui depuis des siècles séparait Juifs et païens, et dans le mystère de sa croix, il a réalisé l'impossible réconciliation. Ici l'apôtre ne théorise pas sur le sens de la mort de Jésus ou la valeur rédemptrice de son sang. Il a cette formule lapidaire et saisissante pour dire la portée spirituelle de la croix: " en elle il a tué la haine".


Il a tué la haine en son propre cœur, lorsqu'il a pardonné à ses bourreaux, et plus largement donné sa vie dans un amour total. La contemplation de la croix peut tuer la haine dans nos cœurs lorsque, nous sachant aimés d'un tel amour, nous recevons la force de pardonner à notre tour, et d'aimer même nos ennemis comme Jésus, et lui seul, a osé le demander.

En Christ, la réconciliation et la paix ont été offertes à ceux qui étaient loin comme à ceux qui étaient près, les païens ont accès auprès du Père aussi bien que les premiers chrétiens d'origine juive, ils sont devenus concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu. Voilà la réalité nouvelle et inouïe dont il faut être conscients et se réjouir.

 

Paul a voulu rappeler aux Éphésiens des choses connues. "Souvenez-vous.." leur dit-il. Si je fais de même, ce matin, c'est qu'il est important de sans cesse nous remémorer ce qu'a d'extraordinaire la grâce dont nous vivons, pour ne pas nous y habituer comme allant de soi, pour toujours à nouveau rendre grâce à Dieu. Savons-nous assez reconnaître le don qui nous est fait, accueillir la joie qui nous est offerte, et tirer toutes les conséquences pour notre vie de la bonne nouvelle qui nous est redite, à nous qui sommes par pure grâce membres de la famille de Dieu ?


Alors, ne l'oublions pas : nous, membres de la famille de Dieu, en dehors de nos temps de rassemblement, de nos fêtes de famille bien sympathiques, notre vocation est d'être comme les disciples dispersés dans la foule, de vivre pleinement la solidarité avec tous nos frères humains, partageant là où Dieu nous place les détresses et les espoirs de nos contemporains, et manifestant en actes la réconciliation que Dieu veut pour tous. C’est cela, essentiellement, faire la volonté de Dieu.


Amen !


Pr Charles L’Eplattenier