Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 11 Février 2018
Culte à Gap-05
Lectures du Jour :
Lévitique 13,1-2 & 45-46
Marc 2,1-12 
I Corinthiens 10,31 à 11,1



De quoi est-il coupable ?

Dans ma famille, il y a des personnes qui ont tout pour être heureux – santé, confort, amis – et qui pourtant ne vont jamais bien. Parce que quelque chose les travaille. Quelque chose de très difficile à saisir parce que ce n’est pas concret comme une voiture, une maison ou des vacances en Grèce.

Et je suis sûr que chacun de nous ressent aussi une angoisse profonde qui même parfois le paralyser comme ce pauvre bougre sur son grabat.

Si vous réfléchissez au motif profond de ce malaise, de ce mal-être, vous y trouverez immanquablement l’idée – et la plupart du temps nous n’en sommes même pas conscients – que nous sommes coupable de quelque chose.


Le coupable, c’est nous. Le coupable, c’est moi. Coupable de ne pas avoir le permis. Coupable d’être absent. Coupable d’avoir raté sa vie. Coupable de l’avoir réussie. Coupable de ne pas avoir les choses plus tôt ou plus tard. Coupable de s’en être sorti. Coupable d’être malade. Coupable de ceci ou de cela. Coupable. Coupable. Coupable.


Nous nous sentons si profondément coupables de tout un tas de choses que ce poids nous écrase, nous met à terre, nous rend grabataire. Cette paralysie soudaine qui vous bloque dans vos gestes ordinaires, vous entrave dans nos projets de vie, ça s’appelle la dépression. Elle n’a rien à voir avec les nerfs (la fameuse « dépression nerveuse ») mais avec l’existence. Ce qui guérit la dépression, c’est d’abord la parole.


Pas étonnant donc qu’ils soient si nombreux à écouter Jésus, chez lui, « à la maison » dit le texte de Marc. Pour écouter cette Parole qui fait du bien, qui remet les choses à leur place, qui donne le Nord quand je suis perdu au milieu de l’océan, quand je perds le contrôle de ma vie. Quand cette boule au ventre devient un boulet au pied et m’empêche d’avancer.

Et ce grabataire, c’est moi, c’est toi ce matin. Et même si tu es debout sur tes deux jambes, tu es peut-être à terre ce matin, pour recevoir ce qui te manque : le pardon.


Le pardon, c’est quoi ?

Le pardon, c’est la suite naturelle de l’amour.

Exemple : si Dieu m’aime, il ne me déteste pas. Donc il ne souhaite que mon bien. Du coup, il veut que je sois en vie, pour de vrai.

Pas en faisant semblant. Mais être en vie dans mon cœur, dans mon âme. Ça nécessite une chose : que je ne peux pas trimballer avec moi le fardeau que j’ai sur le dos. Le fardeau invisible de la culpabilité qui me met par terre, qui me rend grabataire. Du coup, Dieu efface l’ardoise, efface les dettes, efface mon casier judiciaire. Même je garde la mémoire de mes fautes, de mes erreurs, de mes peurs, de mes hontes, cette liberté retrouvée – le pardon – me permet d’avancer, malgré tout, malgré moi. Voilà ce qu’est le pardon.

Le pardon n’est pas, comprenez-le, un concept théologique, un mot savant, une belle idée. C’est le miracle de l’amour de Dieu. Qu’il suffit d’accepter comme un cadeau qu’il me tend. Comme une chaîne qu’il enlève de mon cou. Comme une porte de prison qu’il m’ouvre.

« Dehors ! Prends ton grabat et va-t’en !

Marche et ne te retourne pas !

Va et vis, c’est fini !

Demain est un jour nouveau !

Fais-en quelque chose de beau ! »


C’est la grande leçon de lieux de soins et de vie comme le siège de la Fondation John Bost en Dordogne. On y rencontre toutes les pathologies, physiques et mentales. Mais le premier soin apporté quotidiennement par les médecins, les soignants, les animateurs, les pasteurs, c’est l’amour de la personne.


Par les caresses, la musique, le jeu, le respect, - et tout cela repose sur l’Évangile - la personne soignée est restaurée dans sa dignité d’être humain. Elle n’est plus un malade, un handicapé, un fou, un paraplégique, un grabataire, mais une personne. Une personne ! Qui le droit de vivre. Le droit d’être aimée. Le droit de souffrir et de se plaindre aussi. Le droit d’être amoureuse. Le droit de s’amuser. Le droit de bouder. Le droit d’être qui elle est. Pleinement. Totalement. Une personne a qui tout est mis en œuvre pour le bonheur et pour la vie.


Les personnes ont même le droit d’avoir confiance en Dieu. 

Et son pardon est à l’œuvre partout. Subrepticement.

Souvent, dans ce genre d’institution, l’atmosphère est lourde, pesante. Là, on y ressent légèreté, liberté, joie, et grâce.

Parce que personne n’est coupable de rien. Pas même Dieu.

Au contraire, c’est lui qui est partout sous-jacent, à l’œuvre.


Alors, qu’est-ce qui est le plus facile ? De dire à quelqu’un qu’il n’est coupable de rien ou de guérir sa maladie ?

Qu’est-ce qui est le plus facile ? De guérir le cœur ou de soigner le corps ?

Qu’est-ce qui est le plus facile ? De restaurer la relation à la vie, à l’amour, à la joie – Dieu – ou de réparer le corps ?

Dans notre culture très matérialiste, dire à quelqu’un en détresse « tes péchés sont pardonnés » paraît complètement déplacé, hypocrite et dérisoire, blasphématoire ! C’est bien le procès fait à l’Église, de prêcher la bonne parole mais de ne pas bouger le petit doigt. C’est pas complètement faux, mais pas totalement vrai non plus !

Parce que l’Évangile n’est pas une parole utilitaire, humanitaire, sanitaire.


L’Évangile, c’est une parole. Et c’est peut-être de cette parole que le monde a toujours manqué.

Voilà pourquoi l’Évangile selon Marc pose cette question : qu’est-ce qui est le plus facile ? Ou inversement, qu’est-ce qui est le plus difficile ?


Remettre quelqu’un sur pieds ?

Ou lui ôter le fardeau qu’il se coltine depuis des siècles ?

Et l’Évangile montre Jésus commençant par le plus difficile. Dire à quelqu’un : « tu n’es pas coupable. Pardonnes-toi et pardonnes aux autres. »

C’est va tellement à l’encontre de notre culture. Où il faut un coupable. Un bouc-émissaire. Ou il faut se sentir coupable de tout : d’être pollueur, d’être chômeur, d’être de mauvais parents, de mauvais citoyens, de mauvais conjoint, de mauvais consommateurs, de profiteurs, de mauvais croyant, et la liste est sans fin…


Mais si tu es chrétien, alors c’est que tu crois qu’un jour un homme a dit tout haut ce que Dieu disait tout bas. Ce que le monde n’osait même pas penser, parce que Dieu punit mais ne pardonne pas !


Cet homme l’a fait. Et 2000 ans plus tard, c’est à toi d’être gracié de matin. Le Christ t’a déjà pardonné. Dieu t’a déjà pardonné. Depuis 2000 ans. Il a fait le plus dur. À toi de faire le reste : « Lève-toi. Prends ton grabat. Et rentre chez toi ». Délivré. Soulagé. Aimé. Bénis.

Et nous pouvons rendre grâce à Dieu qu’il en soit ainsi. 


Amen !


Pr Arnaud Vandenwiele