Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 09 mai 2021

Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour (13 Mai 2021) :

MARC 16, 9-20

Actes 1, 1-11 (Voir sous cette référence prédication du 29-mai-14)

Éphésiens 4, 1-13

 

L’Ascension, une fête?

 

La fête de l’Ascension trouve sa source dans l’évangile de Luc (24, 51) et le livre des Actes des Apôtres (1, 6-11), également écrit par Luc, on n’a donc en réalité qu’une seule source pour cet évènement.

C’est également Luc qui fixe cette durée de 40 jours entre Pâques et l’Ascension.

 

Pour les protestants, Pâques et Pentecôte sont les fêtes les plus importantes : Longtemps, Pentecôte et l’Ascension étaient célébrées durant le même culte. Puis un culte particulier fut célébré le jour de l’Ascension, mais, placé un jeudi, pour respecter les 40 jours après Pâques (selon Actes 1, 3), il connut une fréquentation limitée[1].

Et pourtant, certes, l’événement qui fonde le christianisme, c’est Pâques : Jésus crucifié et ressuscité qui bouleverse l’ordre du monde par cet évènement qui restera unique dans l’histoire de l’Humanité. Mais l’Ascension marque une rupture : jusque-là, Jésus est encore présent parmi les disciples auxquels il apparaît en divers lieux. A partir de l’Ascension il va falloir vivre avec cette absence. Mais à Pentecôte[2], le don de l’Esprit Saint permet à chaque croyant de devenir acteur de la résurrection du Christ. Les récits de l’Ascension, associés à ceux de la pentecôte nous permettent de surmonter l’absence physique de Jésus par sa présence à nos côtés, selon sa promesse : je ne vous laisserai pas orphelins. Le don du Saint Esprit nous permet de répondre chaque jour à cette question : “comment Jésus absent peut-il être également présent parmi nous?”. Cette équation, seuls les chrétiens peuvent la résoudre.

 

La finale de Marc

Je vous ai dit que le récit de l’Ascension ne figurait que dans les écrits de Luc (Évangile et Actes des Apôtres) et pourtant ce matin, notre lecture de l’Ascension de Jésus est faite dans l’évangile de Marc. N’y a-t-il pas là une erreur ?

C’est qu’en réalité, l’Évangile de Marc, qui commence par La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ Fils de Dieu, commence ici !, se termine par (Chap.16, 8) Les femmes sortent de la tombe et partent en courant. Elles tremblent, elles sont bouleversées, et elles ne disent rien à personne, parce qu'elles ont peur.

Curieuse façon d’annoncer cette Bonne Nouvelle, n’est-ce pas ?

C’est la réflexion qu’ont dû se faire les disciples de Marc lorsque, au cours du 1er siècle, ils recopiaient cette suite de petits textes, probablement épars, qui formeront plus tard, une fois rassemblés, l’Évangile selon Marc, à la fin du 2ème siècle.

Alors ils se sont imaginé que la véritable conclusion des textes de Marc[3] a été perdue et ils ont entrepris de la reconstituer. Mais entre-temps ils ont pu prendre connaissance des autres évangiles qui commençaient à circuler[4]. Ils ont donc été influencés par ces sources, tout en essayant de conserver le style et la philosophie générale de la rédaction de Marc. Les versets 9 à 20 constituent donc la « finale » qui été retenue parmi quelques autres.

 

Croire à l’incroyable

Donc cette finale se propose de reprendre le fil des évènements de cette journée unique :

Après que les 3 femmes aient vu la grotte vide, Jésus se montre à Marie de Magdala, qui part en courant annoncer cette nouvelle aux disciples, qui pleurent (v.10)[5] dans la chambre haute où ils sont enfermés. Contraste saisissant entre Marie qui crie il est vivant et les disciples qui sont dans le deuil et la mort. Différence ente ceux/celles dont l’espérance est exaucée et ceux/celles qui n’ont plus d’espérance.

Mais Marie est une femme, et au passé assez douteux. Double raison pour que les disciples ne la croient pas.

La finale de Marc reprend ensuite, brièvement en 2 versets, l’épisode des disciples d’Emmaüs, largement décrit par Luc[6]. Ces disciples, qui sont des hommes sérieux et connus par les 11, rendent compte de leur expérience : Jésus a rompu le pain devant eux avant de disparaitre.

Même réaction de rejet qui interroge : S’agit-il d’un simple refus de les croire, ou plutôt la peur de croire, croire en l’incroyable. car on ne peut prendre pour soi la résurrection du Christ, que si l’on a fait l’expérience de cette rencontre, vécu par Marie et les 2 disciples. Les 11 apportent la démonstration que l’on peut avoir côtoyé Jésus durant 3 années sans jamais avoir rencontré le vrai Jésus, le Christ de Dieu.

Ce qui est vrai également pour nous, car cette rencontre ne résulte ni d’un enseignement, ni d’une transmission, mais d’une expérience, l’expérience de la foi, ce déclic par définition non transmissible.

Mais en y réfléchissant, dire comme nous le faisons à chaque Sainte Cène Christ est vraiment ressuscité, si nous mesurons toutes les conséquences que cette affirmation implique : La puissance du Dieu créateur de l’Univers manifestée au milieu des hommes, l’amour de ce Dieu créateur pour l’Humanité manifesté par la mort de Jésus sur la croix, une mort par substitution, si nous réfléchissons vraiment à ce que cet évènement implique pour nous, aujourd’hui, il y a en effet autant de raisons d’avoir peur que de se réjouir.

Alors, pour convaincre les disciples, il a fallu que Jésus lui-même se présente à eux. Et leur premier réflexe fut d’être saisis de terreur, selon Luc. Mais Jésus les apaise par ces mots La paix soit avec vous[7] et il leur demande s’il peut se joindre à eux pour leur repas, comme un ami que l’on n’a pas vu depuis 4 jours et qui arrive à l’improviste (v.14).

Mais la finale de Marc, contrairement aux autres évangiles insiste de nouveau sur le refus de croire et l’incompréhension des disciples. Alors, Jésus leur indique les conséquences de cette alternative : croire / ne pas croire (v.16).

 

L’envoi en mission

Et c’est sur ces 11 incrédules, apeurés, que Jésus va fonder son Église. Ce qui illustre une nouvelle fois, les choix apparemment paradoxaux de Jésus, dont il donne l’explication à Paul par cette réponse Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse.[8]

En les envoyant annoncer la bonne nouvelle à tous (v.15), le baptême (v.16) est présenté (Voir aussi Matthieu 28, 20) comme la confirmation de l’engagement de chacun.

La liste des pouvoirs attribués à ceux qui croiront indique que Jésus transmet désormais tous ses pouvoirs à ses disciples, ce qui sera effectif le jour de Pentecôte. Ce qui peut nous laisser perplexes vu la façon dont nous avons perdu l’usage de ces pouvoirs, que nos frères Pentecôtistes essaient de retrouver.

 

L’ascension

Après avoir indiqué aux disciples quelle sera leur mission dans le monde, la finale de Marc indique que Jésus est enlevé, Luc ajoute qu’une nuée le dérobe à leurs yeux, expression une nouvelle fois de la puissance divine, comme elle se manifesta lors de la transfiguration de Jésus.[9].

Je préfère ces expressions : enlevé, dérobé à leurs yeux, plutôt que l’Ascension que les peintres de la renaissance ont prise au premier degré, mais qui illustre bien les paroles des deux hommes habillés de blanc : cessez de regarder en l’air, comme pour dire, ce n’est pas là que vous trouverez Jésus.

 

Un moment charnière

Jusque-là, Jésus est parmi eux ; ils restent dans la posture du disciple qui suit le maître, sans toujours le comprendre.

Après l’enlèvement de Jésus, un autre miracle se produit : Au lieu que ces disciples, craintifs, lents à comprendre et à croire (c’est tout à fait notre portrait !), au lieu de les voir se séparer dans la tristesse et l’amertume[10] et retourner à leurs anciennes occupations, eh bien, ces 11, remplis d’une hardiesse inattendue, désormais responsables de la propagation de cette Bonne Nouvelle, vont conquérir le monde.

Si cette métamorphose résulte de l’absence du Maître, qui oblige à se prendre en mains, Jésus absent reste néanmoins présent, il n’a pas abandonné les siens, car il leur a laissé cette promesse, après les avoir bénis : Je suis avec vous tous les jours[11], et vous noterez qu’il emploie le présent de l’indicatif et non pas un futur hypothétique.

C’est ainsi qu’est inauguré ce temps de l’Église en ce jour de l’Ascension, au bénéfice duquel nous sommes encore aujourd’hui. Je dis bénéfice car nous avons gardé, après 2000 ans, cette certitude : Jésus est vivant. Alors cessons de regarder vers le ciel, et accueillons dans la joie le Saint Esprit et courrons vers nos frères en Humanité, c’est là que nous rencontrerons Jésus.

 

Nous sommes aujourd’hui, comme les onze : incrédules et apeurés, saisis par la peur de croire, comme l’était Thomas, mais surtout par la peur des conséquences de ce croire.

Quelques jours après, advint la Pentecôte, inondant les foules du Saint Esprit qui est encore aujourd’hui notre compagnon, à nous qui n’avons pas vu le Christ, mais qui l’avons néanmoins rencontré, un jour, chacun dans des circonstances singulières, forts que nous sommes de la promesse qu’il nous a laissée :

Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu.

 

Amen !

 

François PUJOL


[1] Accentuée par le pont de 4 jours, c’est le seul point que nos contemporains retiennent de « l’Ascension ».

[2] Le « cinquantième jour » : (7x7) +1.

[3] Bien que placé en seconde position, l’Évangile de Marc est le plus ancien, rédigé probablement avant l’an 70, car il ne contient aucune mention ou allusion à la destruction de Jérusalem et du Temple par les Romains, en 70. L’Évangile de Matthieu est placé en premier car il inaugure le nouveau testament par la généalogie de Jésus, (à partir de Jessé, père de David – Voir Ésaïe 11, 1-10), présenté ainsi comme celui qui réalise les promesses de l’Ancien Testament et l’espérance d’Israël.

[4] Et peut-être aussi de cette mystérieuse source Q (de « Quelle » en allemand), à laquelle se sont abreuvés les deux autres évangélistes Matthieu et Luc. Cette source Q serait « l’évangile de Thomas », recueil de 114 textes datant des années 50, commençant par « Jésus a dit », sans construction particulière, ni commentaire, trouvé seulement en 1945 en Haute Égypte. Ces textes seraient donc largement antérieurs aux évangiles de Matthieu et Luc.

[5] Sur eux-mêmes autant que sur la mort de leur maître,

[6] Luc 24, 13-35.

[7] Voir Jean 20, 19-23.

[8] 2 Corinthiens 12, 9.

[9] Où l’on retrouve à peu près les mêmes termes. (Voir Matt 17,1-9, Marc 9,2-9, Luc 9,28-36).

[10] État dans lequel se trouvaient les disciples d’Emmaüs, avant leur rencontre avec Jésus.

[11] Matthieu 28,20, dernière phrase de cet évangile.