Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 1er avril 2018

Poyols (26310)

 

Lectures du Jour :

Actes 10, 34-43, (voir également sous cette référence, méditation du 07 Avril 2013),

Colossiens 3, 1-4 (voir également sous cette référence, méditation du 31 juillet 2016),

Marc 16, 1-8


Jésus est toujours là


Le soleil vient de se coucher, c’est la fin de la journée de Sabbat qui a succédé à celle qui a vu la crucifixion de  Jésus et son ensevelissement par les soins de Joseph d’Arimathée. Les trois femmes qui sont là, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et Salomé ont assisté à tous les évènements de cette journée. Les compagnons de Jésus, tous ses disciples s’étaient éloignés par crainte d’être reconnus. Elles sont restées un peu à l’écart, mais présentes quand même. Et maintenant, éprouvées par tout ce qu’elles ont vu, tout ce que Jésus a souffert, elles se réfugient dans les tâches matérielles qui doivent être faites, et d’abord, maintenant que le sabbat est passé mais qu’il en est encore temps, acheter des aromates pour l’embaumer.

 

Le lendemain, de grand matin nous dit le texte, elles vont à la tombe, un peu inquiètes de savoir si elles trouveront quelqu’un pour rouler la pierre qui en ferme l’entrée. En arrivant, levant les yeux, elles voient que la pierre, qui était très grande, a été roulée et donne accès au tombeau.

.Et Marc nous dit alors : « Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : Il a été ressuscité, il n’est pas ici ; voyez l’endroit où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : ‘Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez comme il vous l’a dit’. »Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

 

Les trois femmes trouvent un tombeau vide alors qu’elles avaient vu y déposer un corps peu de temps avant. Elles ne savent pas ce qui s’est passé et leur peur est bien compréhensible.

 

Mais c’est le matin de Pâques ; Elles vivent un moment exceptionnel, un moment que nous leur envions, l'annonce de la résurrection. Elles sont à la source de la révélation – et elles ont peur !

 

On pourrait dire que c'en est trop à la fois pour ces femmes. D'abord l'exécution de Jésus, la violence, les cris, la terreur des disciples, ensuite l'hébétude du premier deuil, et maintenant, cette nouvelle inexplicable. Elles sont déboussolées.

 

On peut aussi expliquer leur peur par ce que l'on appelle la terreur sacrée, C'est une expérience bien connue par toutes les religions de tous les temps. La terreur sacrée est la réaction humaine naturelle devant le mystère divin, qui n'est pas compatible avec notre nature, ce mystère qui est tellement plus grand que nous qu'il nous bouleverse.

 

La peur des femmes devant le tombeau, le matin de Pâques, relève probablement des deux raisons. Il y a bien la terreur sacrée, devant la rencontre avec l'ange, le messager de Dieu dans son habit blanc. Mais il se dépêche de dissiper leur frayeur, car elles doivent pouvoir entendre ce qu'il a à leur annoncer : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n'est pas ici. »

Et puis, il y a aussi le double choc. D'abord le choc de la mort de Jésus, qui semblait annuler tout ce que les disciples avaient vécu avec lui, tous leurs espoirs et la conviction de vivre le début du Royaume de Dieu sur terre. Sous le choc, les femmes se réfugient dans les gestes les plus élémentaires et les plus traditionnels : l'embaumement du corps. Et alors qu'elles sont tout à leur humble fidélité, voilà qu'elles subissent le deuxième choc, l'annonce de la résurrection. La peur les laisse sans voix.

 

Mais elles devraient se rappeler que ce n'est pas la première fois qu'elles éprouvent cette peur. Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et Salomé sont disciples de Jésus de longue date. Elles ont suivi Jésus depuis la Galilée et, avec les autres disciples, elles ont vécu plusieurs événements où cette même peur était au rendez-vous. Les moments les plus remarquables sont, deux tempêtes sur le lac de Génésareth, et deux annonces de la Passion, et puis, enfin, Jésus à Gethsémané.

 

Dans la première des tempêtes (ch. 4), les disciples sont avec Jésus, dans un même bateau, mais Jésus dort. Quand ils le réveillent à grands cris, il leur demande : "Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n'avez pas encore de foi ?", puis il calme la tempête. Cet épisode vient après un discours de Jésus en paraboles sur le Royaume de Dieu. Il sera suivi par la guérison d'un homme possédé et violent, en territoire païen.

 

La deuxième tempête (ch. 6) trouve les disciples seuls sur le lac, car Jésus est resté sur la montagne pour prier. Lorsqu'il les rejoint, en marchant sur l'eau, ils croient voir un fantôme, mais il leur dit : "Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur." Cet épisode vient après la multiplication des pains, et il sera suivi par des guérisons dans la plaine de Génésareth.

 

Ce que Jésus dit et ce qu'il fait inaugure le Royaume de Dieu. Ses paroles et ses actions sont sans équivoque. En guérissant, en exorcisant, en donnant à manger aux affamés, en réintégrant les exclus, en pardonnant les péchés, Jésus fait l'œuvre de Dieu, créateur de la vie. Il fait œuvre de résurrection dans un monde marqué par la mort.

Mais ce que Jésus dit et fait, étonne aussi et se heurte aux règles de ce monde. Il y a de quoi être insécurisé devant tant de liberté et de vie. Jésus va entrer en conflit avec les autorités de son temps, et la Passion se dessine à l'horizon.

 

Pour Jésus, cette Passion fait partie du plan de salut de Dieu. La résurrection dont il a accompli les gestes le touchera dans sa propre chair. La dernière Cène avec ses disciples le confirmera.

 

Mais lorsque Jésus annonce sa Passion aux disciples, ceux-ci ne comprennent pas et ont peur. Ils n'osent pas lui poser de question. Ils ont même des réactions incongrues, comme par exemple se quereller pour savoir qui est le plus grand parmi eux. Alors, Jésus, qui vient de guérir un enfant, en prend un autre au hasard dans la rue du village et le place au milieu d'eux, comme exemple et signe. Mais leur peur, non, il ne peut plus la leur enlever.

Lui-même sera gagné par la frayeur et l'angoisse dans la nuit précédant son arrestation, dans la prière à Gethsémané. Le plan de Dieu se brouille à ses yeux et devient un mystère opaque. La conviction laisse la place à la simple obéissance. La croix, il la subira en victime, non en vainqueur.

 

Tous ces souvenirs, tous ces évènements vécus se rappellent aux femmes en ce matin de Pâques. Tout ce que Jésus a dit et tout ce qu'il a fait. Elles découvrent que la peur et la frayeur, les disciples les ont souvent vécues en compagnie de Jésus, mais qu'il était toujours là, et qu'en lui, Dieu était toujours à l'œuvre. S'il est vrai que Jésus est ressuscité, alors, il est encore là, et leur peur rencontre encore sa parole qui appelle à la confiance. Si elles se sont tues d'abord parce que la peur les paralysait, maintenant, elles reprennent confiance comme dans le passé. Elles s'ouvrent au message de l'ange, le même qu'elles ont tant de fois entendu déjà dans la bouche de Jésus : "N'ayez pas peur."

 

Si Jésus est ressuscité, alors, rien de ce qu'il a fait n'est perdu, rien n'est oublié. S'il est ressuscité maintenant, alors les résurrections qu'il a déjà accomplies sont vraies, et il va en accomplir d'autres. Les raisons d'avoir peur ne sont plus une fatalité. Les disciples de Jésus peuvent vivre de nouveau des moments de libération et se mettre au service de leur maître, maintenant et pour toute la durée de l'histoire qui va encore venir.

 

Le Royaume de Dieu est ouvert par la résurrection. Maintenant, c'est à la communauté chrétienne, à notre communauté, de le vivre !

 

Amen !

 

Jean Jacques Veillet