Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 14 février 2010

Culte à GAP (05000)

Lectures du Jour :

2 Rois 16 à 10 et 27 à 11

Luc 9, 51 à 62

1 Corinthiens 15,16-20 (Voir aussi sous cette référence, méditation du 06 Février 2016)





Comment suivre Jésus ?


Le texte de Luc que nous venons de lire se situe à une charnière dans la construction de son Évangile. C’est le début d’une séquence où Luc va regrouper d’importants enseignements de Jésus dans le cadre d’un récit de voyage à Jérusalem.


Le premier verset est déjà quelque peu solennel « Or, comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem ». L’auteur indique ici à la fois la forte résolution de Jésus tendu vers son but et ce vers quoi il s’avance : à Jérusalem s’accomplira son « enlèvement ».


Le terme est assez énigmatique car certaines traductions arrêtent la phrase à ce mot d’enlèvement mais la TOB et la Segond précisent bien que Jésus allait être enlevé « du monde ». En effet Jésus monte à Jérusalem, la ville qui tue les prophètes, et le voyage s’achèvera par sa condamnation et sa mort. Mais c’est à Béthanie, c’est-à-dire tout à côté de Jérusalem que selon Luc aura lieu l’ascension de Jésus, « enlevé » au ciel devant les 11 disciples.

Ainsi, à ce tournant de son récit, par cette simple note rédactionnelle, Luc nous prépare à comprendre que la mort de Jésus sera aussi son entrée dans la gloire. On peut voir derrière l’expression employée une allusion au prophète Elie enlevé au ciel dans un char de feu et cela d’autant plus que la suite du récit semble encore faire référence à l’histoire de ce même prophète. En effet, comme nous l’avons lu dans le récit du livre des Rois on voit ce prophète invoquer le feu du ciel, la foudre, pour se débarrasser des adversaires envoyés par le roi pour se saisir de lui. Jacques et Jean y pensent peut-être lorsqu’ils font à Jésus leur proposition incendiaire. De même que Elie demande à Élisée de ne pas le quitter avant son élévation « Élisée reste ici je t’en prie car le Seigneur m’envoie au Jourdain », de même Jésus n’accorde pas à ses interlocuteurs la possibilité de régler leurs problèmes avant de le suivre. Nous ne savons pas d’ailleurs si d’être ainsi rabroué, a découragé ou non ces hommes, de suivre Jésus.


Mais il est certain que si Luc a cru nécessaire de transcrire ces dialogues c’est dans la mesure où ils gardent valeur d’avertissement pour les disciples à venir. Le premier avertissement de Jésus aux siens éclaire : fuyez tout fanatisme ! Des samaritains ont refusé d’accueillir Jésus. C’est fâcheux certes, mais il faut se rappeler que ces gens sont victimes des préjugés tenaces de leur milieu. Ils ont été élevés depuis la petite enfance dans la haine ancestrale à l’égard des Judéens. Des pèlerins qui s’acheminent vers Jérusalem sont forcément rangés dans la catégorie des frères ennemis. Leur hostilité a des excuses mais Jacques et Jean dans leur fougue partisane ne l’entendent pas ainsi : c’est un affront inadmissible ! Que ce village soit donc foudroyé en châtiment de son obstruction sur le chemin du Seigneur ! Tentation de la violence, estimée légitime puisque c’est pour la bonne cause ! Les siècles ultérieurs verront hélas surgir tellement d’émules de ces « vengeurs de Dieu ». Croisés qui viendront en Terre Sainte –sous le signe de la croix– pour éliminer dans le sang les « infidèles ». Bûchers allumés dans toute l’Europe pour brûler les hérétiques pour la plus grande gloire de Dieu ! Ces temps nous semblaient révolus ! Nous pensions que l’évolution des mœurs et du droit interdisait aux hommes d’user de violence au nom de Dieu.

Mais la foudre des anathèmes et des condamnations n’a guère cessé d’être brandie par ceux qui se considèrent gardiens de la pure doctrine contre ceux qui à leurs yeux la menacent.


Et aujourd’hui de nouveaux fous de Dieu se lèvent en pratiquant contre les soi-disant impurs, violence aveugle et assassinat c’est là un des risques les plus graves et les plus permanents de perversion de la foi. Et il faut redire face à cette tentation le « non » catégorique de Jésus. Si Jacques et Jean furent scandalisés par le refus des samaritains, Jésus le fut bien plus par leur proposition insensée. Et la version Segond explicite sa réprimande en faisant dire à Jésus « vous ne savez de quel esprit vous êtes animés » et d’autres ajoutent encore : « car le fils de l’homme n’est pas venu pour perdre des vies mais pour les sauver »


Tel est le premier rappel à l’ordre : il y a incompatibilité absolue entre l’esprit de l’Évangile et toute violence faite aux hommes sous prétexte de glorifier Dieu. Sachant le très lourd passif des églises à cet égard, il nous faut bien reconnaître aujourd’hui que chez nombre de nos contemporains le refus d’accueillir le Christ ne vient pas forcément d’une hostilité de principe, mais bien de cette détestable image d’intolérance qu’a donné de lui-même un certain christianisme qui a défiguré le visage de Jésus de Nazareth et son immense message d’amour pour tous les hommes. Mais me direz-vous ce Jésus ne tient-il pas à son tour dans la suite de notre récit, un langage dur à la limite de l’inhumain à ses hommes de bonne volonté qui s’offrent à le suivre ?

Non, en réalité c’était bien les aimer que de prévenir ces candidats du rude chemin qui les attendait. C’était le chemin de ce fils de l’Homme, pauvres parmi les pauvres, sans domicile, solidaire de tous les rejetés, les déracinés.


Devenir son disciple, c’était s’engager dans une mission d’urgence qui avait priorité absolue sur tout autre devoir. Jésus marchant vers la croix ne pouvait recruter que des hommes prêts à abandonner toute leur sécurité matérielle ou morale. Annoncer le règne de Dieu, c’était participer à une insurrection de la vie qui rendait complètement dérisoires les interminables rites funéraires de ce temps-là.


Il s’agissait en fait d’un véritable travail de laboureur réclamant des ouvriers aux regards tendus devant eux pour tracer le sillon en se gardant de tout regard nostalgique en arrière. Là encore, le propos vaut au-delà des conditions d’embauche des premiers compagnons de Jésus. Il déclare à tous ceux qui se veulent ses disciples : rompez s’il le faut avec vos traditions si encombrantes. Détachez-vous de ce qui n’est que du passé mortifère. Annoncer le règne de Dieu, c’est regarder en avant vers le Christ vivant qui vient rencontrer les hommes dans leur vie d’aujourd’hui, pour leur ouvrir un avenir. Ne regardons pas en arrière vers une religion passéiste, mais inventons de nouveaux signes de la bonne nouvelle pour aujourd’hui et pour demain. S’il y a bien évidemment une nécessaire tradition au sens de fidélité de transmission du message évangélique, le traditionalisme et lui détestable. S’accrocher à des langages qui ne disent plus rien aujourd’hui ou à des rites sclérosés est une façon d’ensevelir le message alors que toujours et toujours la parole de Christ est résurrection et vie.


Élisabeth Parmentier, théologienne luthérienne a écrit : « le rite part de la croyance en une force divine agissante que l’on espère faire agir en notre faveur » on est bien loin de la dynamique du message christique. Dieu fasse que nous soyons les uns et les autres à disposition de l’Esprit Saint, bousculés hors de nos retranchements par cette provocante apostrophe : « laisse les morts ensevelir leurs morts mais toi vas annoncer le royaume de Dieu ! »


Ah ! Mes amis, qui peut se permettre de parler ainsi sinon celui qui a vaincu la mort, mais qui nous renvoie toujours au mystère de sa mort, à la force extraordinaire d’amour caché dans sa croix, seul capable de briser les fanatismes, les racismes, les dogmatismes, semeurs de mort. Suivre le Christ, croire en dépit de toutes les forces contraires à la victoire de l’amour, voilà la condition fondamentale qui nous rend « bon pour le service » du règne de Dieu, cette utopie qui sans cesse nous mobilise pour que nous essayions de dresser les signes d’un monde nouveau. C’est là, la grande et vraie mission qui nous est confiée malgré nos doutes et nos faiblesses. Sachons l’accepter avec humilité mais aussi avec espérance et certitude


Amen !


Daniel Dellenbach