Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 29 juillet 2018

Culte à TRESCLEOUX (05700)

Lectures du Jour :

Genèse 14, 18-20,

1 Corinthiens 11,23-26, (voir également méditation sous cette référence, le 19/04/2009)

Luc 9, 10-17





 Ils furent tous rassasiés

 

Le texte de l’évangile de Luc que nous venons de lire est communément appelé «  la multiplication des pains » C’est le récit de la vie de Jésus qui est relaté le plus souvent, avec force détails, dans les Evangiles. On le trouve en effet 6 fois, une fois chez Luc et une fois chez Jean, mais deux fois chez Matthieu et Marc. C'est dire son importance : Il est plus souvent relaté que la passion du Christ qui nous semblerait, à priori être l’épisode essentiel.

Ce passage n’est pourtant qu’un miracle somme toute banal, Jésus multiplie les pains comme il a fait venir les poissons dans le filet des pêcheurs, comme il marche sur l’eau ou guérit les incurables… mais il y a forcément autre chose à découvrir pour comprendre l’importance que les évangélistes y ont attaché.

Et effectivement, la lecture de ce texte amène à faire plusieurs constatations d’importance qui concernent directement notre relation à Dieu.

 

Première constatation

Jésus, à travers cet épisode se révèle comme celui qui accueille .

Il n’accueille  pas seulement quelques pécheurs isolés et quelques disciples que l'on pourrait presque compter sur les doigts des 2 mains, mais il accueille une foule ; pour être même plus précis, le texte de l’Évangile nous dit " des " foules. Et pourtant, il voulait se retirer à l'écart avec ses disciples qui revenaient de leur mission, une mission d’ «  évangélisation » dirions nous maintenant. Mais il enseigne ces foules qui ont découvert sa présence et l’ont suivi, il leur parle du règne de Dieu et  il guérit ceux qui en ont besoin. Et pourtant, il s’apprêtait à continuer son enseignement auprès des disciples. Mais il donne la priorité à cette foule désorientée qui l’a suivi dans ce désert et qui a besoin de lui, qui a besoin d’être guérie.


De quelle guérison s’agit-il ? ne prenons pas ce mot à la lettre comme la guérison d’une maladie physique, mais bien plutôt comme une guérison morale, comme une réorientation. Jésus parle à cette foule inquiète, désorientée, qui voit en lui la seule possibilité de réconfort et de salut. Et le sens de guérir est bien de remettre sur pieds au sens figuré du terme, de remettre debout. Il s’agit bien de guérir, mais de guérir toute la personne par l’annonce de la bonne nouvelle.

Plus tard, comme le jour tombait, il allait compléter l’accueil et nourrir cette foule. Et pourtant il n'avait pas grand-chose sous la main ! Et pourtant, il se trouvait dans un lieu désert ! Et pourtant, son entourage, ses proches le dissuadaient de nourrir. " Renvoie la foule, qu'ils aillent loger dans les villages et les hameaux des environs et qu'ils y trouvent à manger car nous sommes ici dans un endroit désert ", lui disent les douze disciples. Condition évidemment défavorable pour parfaire l’accueil en donnant à manger.


Jésus cependant contre vents et marées va accueillir et nourrir cette foule car par cet accueil et ce don de nourriture, il montre qui est ce Dieu, Père, qui l'envoie ; il accueille, non seulement, par sa présence et par sa parole, mais aussi par des actes concrets.

Il montre par là la bonté, la générosité d'un Dieu qui accueille, qui prend soin, qui se soucie de chacun, de la foule, des foules. Il montre la largesse de Dieu. Il montre le Royaume de Dieu ouvert à tous, largement ouvert à chacun, à la foule, aux foules ; Il montre que l’accueil, la nourriture témoignent de la bonté d'un Dieu, pour lequel chacun compte; une bonté de Dieu qui est sans réserve, qui déborde. Il restera encore douze paniers pleins après le repas ! Une bonté pour tous.

Et là encore, ne prenons pas cette image à la lettre. Derrière la nourriture matérielle dont il est question nous voyons bien que c’est de cette annonce, de cette connaissance, de ce témoignage de la bonté de Dieu qu’il s’agit. Comme tout à l’heure la guérison, c’est la nourriture de tout l’être que Jésus apporte.

Cette image, c’est ce que nous vivons quand nous formons le cercle de la Cène où chacun est accueilli, où chacun a une place, une même place d'honneur, où chacun est nourri de la présence du Christ, de sa parole, de son amour, du pain et du vin.

Ce matin, c'est bien plus que cinq milles personnes qui sont accueillies et nourries ; en cette journée où nous nous rassemblons, ce sont des millions et des millions de personnes par toute la terre, des foules entières réunies dans les temples, les chapelles, les églises ou en plein air qui sont accueillis et nourris par le Christ, tous appelés à vivre de son accueil et de sa nourriture. Telle est notre vocation.

 

Deuxième constatation :

A  travers ce récit de la multiplication des pains, nous voyons Dieu en action, un Dieu qui agit et qui œuvre à partir de 5 pains et 2 poissons, pour donner à beaucoup. Avec le peu de l'homme, avec seulement 5 pains et 2 poissons, il insuffle ; il dynamise, il multiplie, il amplifie et permet à des foules de se nourrir.

Dieu, en Jésus Christ, est en effet comme un grand multiplicateur. Quand il agit, il saisit l'être humain pour le transformer en profondeur, son regard, son cœur, ses biens et pour susciter en lui forces de vie, de pardon et d'amour, de partage. Par sa présence, son esprit, sa parole, il est ce grand multiplicateur qui change les situations et les cœurs et insuffle une énergie nouvelle, une dynamique nouvelle chargée de foi et d'espérance. Avec ce que nous sommes, avec nos 5 pains et nos 2 poissons, il veut nous renouveler, il veut nous faire aller plus loin sur des routes jusqu'alors difficiles, voire impossibles.

La multiplication des pains, un récit important qui dit qui est Dieu, un Dieu de bonté, généreux qui, en Jésus, accueille et nourrit ; un récit important qui dit l'action de Dieu en nous; ce qui a pour effet de multiplier, de faire croître des forces de foi, d'espérance et d'amour et du coup, de combattre les forces de destruction, d'égoïsme, de mort.

Une multiplication des pains qui est signe d'un repas où Dieu se donne, accueille et veut nous nourrir pour nous transformer ; ce que la Cène chaque fois que nous la célébrons vient signifier et nous donne de vivre.

 

Mais l’Évangile de Luc ne s'arrête pas là. Alors que cette multiplication des pains parle de foule, dit qui est Dieu et ce qu'il fait pour nous, tout de suite après ce récit, chaque disciple est interpellé personnellement : " Et vous, qui dites-vous que je suis ? " Face à ce Jésus qui accueille et nourrit, face à ce Dieu bon et généreux qui se révèle comme celui qui multiplie et dynamise,  que pensez-vous? Comment vous situez-vous? Et vous qui dites-vous que je suis?

Si Dieu se soucie de la foule, de son accueil, de sa nourriture, il ne s'agit pas d'une foule d'anonymes, d'inconnus, appelés à rester dans une position d'attente comme consommateurs ou observateurs. Pour découvrir que Jésus est celui qui accueille et nourrit, pour vivre de ce Dieu qui est généreux et multiplicateur de forces de vie, de foi et d'amour, encore faut-il se situer, prendre position, s'engager, se tourner vers lui.

Si Dieu a souci de la foule et se montre généreux, il ne veut pas d'une foule passive, aveugle, bêlante et endormie ! Tout au long des Écritures retentissent des interpellations personnelles, des appels à la foi, des appels à la confiance, des appels personnels à suivre ce Jésus qui nous demande : " Et vous qui dites-vous que je suis ? ".

On ne croit pas en Jésus, Fils de Dieu, par procuration, par tradition ou par soumission, en se contentant de la foi des autres, de ses proches, de ses parents. Car pour entrer dans cette dynamique d'un Dieu qui accueille, nourrit, multiplie, transforme, Dieu attend notre foi, notre engagement personnel, notre confiance.

Et c’est à quoi le Christ engage ses disciples et nous invite par là même en leur disant :  « donnez leur à manger vous-mêmes », ayez confiance en Dieu, ne reculez pas devant l’impensable, Dieu vous permettra de le faire. C’est là peut être la phrase la plus importante de  cette « multiplication des pains ».

 

Alors, aujourd’hui, ce n’est peut-être pas la multiplication des pains, nous ne sommes pas cinq mille rassemblés, mais c’est un jour de fête car c’est la Parole de Dieu qui nous rassemble. Dieu, en Jésus Christ, nous accueille. Il souhaite nous nourrir et multiplier en nous des forces de vie dont nous avons tellement besoin. Il nous invite, nous sollicite et nous avons à répondre à son appel dans la foi et la confiance.

 

 Amen !


Jean-Jacques VEILLET