Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 24 février 2019

Culte à Trescléoux (05700)

                                                                    

Lectures du Jour :

1 Samuel 26, 1-23

Luc 6 27-38

1 Corinthiens 15, 45-49

 



 « Et votre récompense sera grande »

 

 Le texte de Luc que nous avons lu est une succession d’instructions données par Jésus sur la conduite que nous devons avoir dans notre vie quotidienne. L’idéal de vie proposé est cependant très surprenant et nous conduit à nous poser plusieurs questions:

D’une part, quel sens ont les images et les représentations de Dieu que nous avons en tête, et comment Jésus, lui, parle-t-il de Dieu ?

 Et, d’autre part, que signifie la « récompense » qui nous est également proposée dans ce texte ?

 

Beaucoup de croyants, de différentes religions, pensent que Dieu est comme un grand Juge dans le ciel : un Être suprême qui, lors d’un jugement, soit à notre mort, soit à la fin des temps, nous récompensera ou nous punira en fonction de nos actes. En conséquence, nous avons tout intérêt à obéir aux commandements et aux lois qui sont dans la Bible, pour faire partie des bons élèves et obtenir, en temps voulu, des récompenses. Et, dans le cas contraire, on peut s’attendre au pire.

 

Mais ce que nous dit ce texte, c’est que cette façon de voir ne correspond pas du tout à ce que Jésus pense et dit de son Père, de notre Père.

 

En fait, Jésus place Dieu un cran plus haut que nous ne l’imaginons souvent. Pour lui, Dieu n’est pas le dieu de la morale, un dieu qui juge de ce qui est bien ou mal, un dieu qui distribue des bons points ou des punitions, mais le vrai Dieu, le Dieu de la Vie, qui est au-delà, au-dessus de ce dieu moral. Il est tout-Autre que nous l’imaginons, nous les humains.

 

C’est un Dieu gratuit, un Dieu d’amour : un Dieu qui agit de façon inconditionnelle… autrement dit, le Dieu de la grâce.

 

Cela, Jésus l’exprime de différentes façons : par exemple, avec la parabole du fils prodigue, qui présente Dieu comme un père de famille bien-aimant, qui accueille son fils pécheur et « indigne », sans aucune condition, sans un seul reproche, mais qui, au contraire, se réjouit de son retour, et organise un grand festin pour fêter la résurrection, le retour à la vie de son enfant.

 

Ou encore, dans ses sermons, Jésus affirme que Dieu est un Dieu gratuit : un Dieu qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber sa pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5,45), c’est-à-dire un Dieu qui n’est pas un comptable, qui donne à tous, sans distinction… au-delà des questions de bien et de mal. Questions qui relèvent seulement du monde terrestre, du monde de la relativité, qui est le nôtre.

 

Bien sûr, cela nous le savons tous… mais, en réalité, nous avons du mal à l’accepter.

A notre niveau humain, nous sommes tentés de nous dire : Si Jésus dit vrai… mais alors, tout est remis en cause. A quoi bon faire des efforts… s’il n’y a pas de récompense dans les cieux ? A quoi bon essayer d’être juste… s’il n’y a pas de punition pour les injustes ?

 

Nous avons bien des difficultés à penser et à accepter que Dieu n’agit tout simplement pas à la manière des hommes, mais selon d’autres critères… selon le critère de l’amour (cf. Mt 25, 34-40), puisque Dieu est amour.

 

Mais alors… malgré tout… pourquoi faire des efforts, pourquoi essayer de vivre de façon juste ?

La réponse est simple : pour être heureux !

 

En réalité, ce n’est pas pour Dieu, pour lui plaire ou lui faire plaisir, qu’il faut essayer de vivre selon la justice présentée par les Ecritures, mais c’est pour soi-même, pour trouver le chemin de l’accomplissement de notre être véritable en relation avec les autres… pour trouver l’épanouissement et le vrai bonheur avec les autres… comme l’expliquent le Psaume 1 ou les Béatitudes.

 

D’accord… c’est vrai ! diront certains. Mais, il y a quand même ces textes dans la Bible qui parlent de « récompenses » : C’est bien que Dieu promet quelques gratifications à ceux qui font des efforts et agissent de façon juste. Non ?

 

En fait, tout dépend des textes et de la manière dont nous les lisons et les interprétons :

 

 Nous trouvons d’abord aux versets 36 à 37 de Luc 6 un discours de Jésus qui nous parait tout simple et évident : « Soyez généreux comme votre Père est généreux. Ne vous posez pas en juges et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés ». C’est du donnant donnant sans problème. Il n’y a ni gain, ni perte et cela devrait pouvoir fonctionner sans l’intervention de Dieu.

 

Mais, à quelques versets de là, aux versets 31 à 35, c’est tout à fait différent :

 « Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez :

 Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.

 A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.

 A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas.»

 

Maintenant, dans ce passage, Jésus invite ses disciples à prendre exemple sur la manière d’agir de Dieu, du Dieu d’amour dont il nous a parlé tout à l’heure.

Dieu agit, de façon inconditionnelle et gratuite, en étant bon même pour ceux qui ne le méritent pas, même pour les ingrats et les méchants, alors,… faites de même ! … agissez de cette manière, vous aussi !  dit Jésus à ses auditeurs.

 

Et du coup, il nous invite, en tant que disciples, à ne pas aimer seulement ceux qui nous aiment, ou qui sont aimables, mais à aimer aussi les gens pénibles, intolérants ou impatients, et même à aimer nos ennemis.

. Et il termine ce passage de la manière suivante : 

 

« Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer recevoir en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants ». (cf. Lc 6,35)

 

 

Et voilà la récompense :

 Ce sera  d’être pleinement fils ou fille de Dieu, et d’adopter le même comportement gratuit et généreux que Dieu, notre Père.

 

Autrement dit, Jésus nous invite à ne plus opérer ni distinction, ni séparation, ni  jugement entre les bons et les méchants, les justes et les injustes (cf. Lc 6,37), pour considérer tous les humains comme des frères, des enfants de Dieu, au même titre que nous. Car, c’est ainsi que Dieu voit et considère chacun de ses enfants : pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il fait.

Il découle de ce nouveau comportement, fondé sur la grâce de Dieu, l’invitation lancée par Jésus d’agir, sans rien espérer en retour, c’est-à-dire de façon totalement gratuite.

 

Mais, ce qui est surprenant dans notre passage, c’est que Jésus nous promet : « alors votre récompense sera grande… »  juste après nous avoir appelés à « agir sans rien espérer en retour. »

Comment expliquer cela ? D’un côté, Jésus appelle à agir sans rien espérer en retour. De l’autre, il nous permet d’espérer une récompense. Il la promet.

Il faut comprendre qu’en agissant de façon extraordinaire, en prenant l’initiative du bien, en agissant gratuitement là où ce n’était pas le cas, on récolte des fruits plus grands, des choses extraordinaires, parce qu’on devient la source d’un changement… on a initié quelque chose de nouveau… on devient créateur, fils ou fille du Dieu créateur et bon.

 

Et c’est ce que Jésus nous appelle à être : des créateurs d’une vie positive et heureuse, des créateurs de nouveaux comportements, des initiateurs de bonté et de générosité.

Il nous invite à être la Source de ce que nous désirons voir se concrétiser dans notre monde.

 

 

 

 En conclusion, il me semble qu’à la lumière des textes que nous avons entendus aujourd’hui, nous pouvons changer, si ce n’est pas encore fait, notre manière de penser à la fois « les récompenses » et « les représentations » que nous pouvons avoir de Dieu.

 

- D’abord, nous pouvons contester, à juste titre, l’image du dieu Juge que l’Eglise ou les représentations picturales des siècles passés nous ont transmise: Dieu ne nous attend pas au tournant, pour nous récompenser ou nous punir, selon nos œuvres.

 

Jésus nous parle d’un Dieu d’amour en qui nous pouvons avoir entièrement confiance… Un Dieu de grâce, qui dépasse nos questions de morale, de bien et de mal, puisqu’il aime ses créatures, ses enfants, gratuitement, sans condition.

 

- D’autre part, nous devons peut-être envisager autrement les termes qui parlent de « récompenses » dans l’Evangile. A cause de la tradition de l’Eglise, nous avons souvent en tête des récompenses promises dans un au-delà, un paradis, alors que Jésus parle de notre présent, de notre monde, ici et maintenant.

 

Ce qu’il nous dit c’est qu’il n’y a pas besoin d’attendre la mort pour gouter au bonheur ou à la joie. Soyons certains que nos bonnes actions ont forcément des répercussions positives dans le monde, pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes. 

 

La raison en est simple : c’est que nous sommes tous unis, tous enfants du même Dieu, du même Père. Donc, ce que nous faisons à autrui, en réalité, d’une certaine manière, nous nous le faisons à nous-mêmes.

 

C’est pourquoi Jésus nous appelle à nous dépasser, à agir de façon extraordinaire et grandiose, en surmontant les séparations, les distinctions et les catégories humaines, en aimant sans compter… car, à coup sûr, nous en récolterons des fruits.

 

« Ce que tu offres aux autres, tu te le donnes aussi à toi-même, puisque nous ne faisons qu’un » : c’est en substance ce qu’on peut déduire de tout cela.

.

C’est la promesse de Jésus !… et ce n’est pas seulement pour l’au-delà. C’est pour notre monde d’aujourd’hui, ici et maintenant !

 

Amen !


Jean-Jacques VEILLET