Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 17 Février 2019

Culte à La  Motte Chalancon (26470)


Lectures du jour :

Jérémie 17, 5-8

Luc 6, 17-26

1 Corinthiens 15, 12-20 (Voir également sous cette référence, culte d'actions de Grâces du 06 Février 2016)




Les béatitudes subversives de Jésus


La première partie du texte de Luc que nous avons lu aujourd’hui est le début des Béatitudes telles que nous les connaissons. Jésus parle à ses disciples qui se trouvent en grand nombre autour de lui, accompagnés d’une foule immense, venue de toute la Judée et de Jérusalem, Tyr et Sidon.. Il leur dit comment vivre, comment être heureux. Tous ces gens connaissent et suivent la loi de Moïse, malgré son incompatibilité avec la loi des Romains qui occupent le pays. Mais contrairement à la loi de Moïse qui est pour l’essentiel une suite d’interdictions, les paroles de Jésus sont essentiellement des encouragements pour les disciples qui ont foi en lui.

Et puis nous passons un verset et tout change. Jésus ne console plus, Jésus n’encourage plus : « Malheur à vous qui êtes riches, car vous avez déjà eu votre bonheur » et cela continue pour ceux qui ont tout en abondance, ceux qui rient, ceux dont on dit du bien, le malheur s’abattra sur eux.

 

Alors on ne comprend plus et si l’on reprend le texte avec sa signification terre à terre, on réalise que ce texte est proprement scandaleux :

Luc nous raconte que la foule court après Jésus ; la foule de ses disciples, mais aussi la foule du tout-venant, la foule des éclopés, la foule des gens rejetés par la société. Celles et ceux qui souffrent et qui attendent de lui une guérison, un rétablissement, qui attendent de lui quelque chose qui leur fasse du bien, qui les rende heureux. Et voilà que le message que Jésus leur apporte est au contraire "bienheureux ceux qui souffrent" !

 

On a vraiment l'impression qu'il leur dit : "Eh bien restez donc dans la situation dans laquelle vous êtes". C'est comme cela en tous cas que, trop souvent, le message a été compris et utilisé par les tenants du pouvoir. Ce discours arrangeait bien l'Église parce qu'il semble justifier les inégalités. Il a été repris par les politiques, comme Napoléon en son temps, qui croient que le message de Jésus garantit le maintien de l'ordre social puisque les équilibres ne s'inverseraient que plus tard, et qui n'entendent pas tout ce que les paroles de Jésus remettent déjà en cause pour le présent. Il pourrait, aujourd’hui, être repris par notre gouvernement pour essayer de calmer les ‘gilets jaunes’ mais il est peu probable que cette citation de Jésus soit connue de nos autorités et qu’elle ait ensuite une influence quelconque sur notre population, sauf un surcroit de colère…

 

En fait, il ne faut pas désespérer de Jésus. On peut croire que les biens de ce monde auraient pu facilement faire tourner la tête à ces disciples qui ne possédaient que ce qu’ils avaient sur le dos. Malheur à ceux qui se laisseraient tenter par un cadeau, une promesse et entreraient dans la vie habituelle des hommes où l’important est souvent de gagner plus, d’avoir plus et de ne pas le perdre. Jésus veut surement leur montrer qu’il y a deux voies possibles : Jouer le jeu des hommes  et courir vers le malheur ou avoir avant tout confiance en Dieu et ne pas se soucier des valeurs des hommes. Et le choix entre ces deux voies est d’une importance capitale pour Jésus et il le montre assez brutalement par ces versets où l’entête ‘Malheur’ s’oppose à ‘Heureux’.

 

.Mais un exemple est nécessaire pour convaincre les disciples. Jésus leur dit aussi :"Réjouissez-vous si les hommes vous haïssent parce que vous croyez au fils de l’homme, tressaillez d'allégresse parce que votre vraie récompense sera grande dans le ciel. C'est ainsi que vos ancêtres maltraitaient les prophètes".

Il  renvoie ainsi ses auditeurs à l'histoire du salut telle qu'elle nous est racontée dans l'Ancien testament.  Cette histoire du salut est celle de ces hommes qui se sont levés contre l'injustice des autres, l'injustice des puissants, l'injustice des grands. Il nous renvoie à Jérémie dont les paroles que nous avons lues tout à l'heure affirment : "Maudit soit l'homme qui se confie dans l'homme. Béni soit l'homme qui se confie dans l'Éternel". Jérémie sait de quoi il parle. Cet homme s'est levé à l'appel de Dieu. Il s'est levé et pourtant il ne souhaitait pas le faire, il ne souhaitait pas annoncer la Parole de Dieu au peuple. Il savait que cette Parole est une Parole subversive, une Parole qui ne sera pas entendue. Il savait que cette Parole est une Parole qui va lui attirer les plus gros ennuis. Et effectivement il a subi les plus gros ennuis à cause de cette Parole de Dieu.

Et pourtant il dit "béni soit l'homme qui se confie dans l'Éternel, dont l'Éternel est l'espérance, il est comme un arbre planté près des eaux qui étend ses racines vers le courant. Il n'aperçoit pas la chaleur quand elle vient. Son feuillage reste vert"

À aucun moment le prophète ne dit que suivre la Parole de Dieu, faire confiance en Dieu, cela empêchait d'avoir des ennuis, empêchait les maladies, empêchait les coups de tempête, empêchait les souffrances les plus insidieuses qui durent, insidieuses parce qu'elles ne touchent pas seulement le corps, et parfois l'âme, insidieuses parce que petit à petit ces souffrances nous mènent au désespoir.
Jérémie a connu ces souffrances-là et il sait que la confiance mise dans la Parole de Dieu est une force qui permet d'aller au-delà, de dominer sa propre désespérance, une force qui permet d'avancer, d'être témoin, témoin de cette fraternité de Dieu pour les hommes et de cet amour. Cet homme qui compte sur le Seigneur, il n'a pas de crainte, il ne cesse de porter du fruit.

 

L'homme qui se confie en l'homme au contraire, n'a pas d'espérance autre que dans sa propre force. À cause de cela, il lui faut évidemment, pour exister, être sur le devant de la scène, il lui faut piétiner les autres, il lui faut manger pour ne pas être mangé. Il prend son appui sur sa chair, sur son intelligence, sur sa force, sur son sens politique, sur son habileté. Mais il va comme un misérable, entraînant à sa suite la destruction de son monde. Il est comme un misérable dans le désert et il ne voit jamais arriver le bonheur. Parce que pour lui le bonheur n'arrive pas, il est toujours plus loin. Après un avantage, un bénéfice, une victoire, il lui en faut encore, il lui faut toujours plus de richesse, toujours plus de pouvoir, toujours plus dominer les autres. Il est dans une terre salée, dans une terre qu'il a rendue lui-même salée à force d'essayer d'en pomper tout ce qu'il peut.


Et l’on voit bien que ce texte, pris à la lettre, remet en cause tout l’ordre social du monde et que personne ne peut le mettre en avant sans risque


Oui, le texte de Jérémie et celui de l'Évangile sont des textes hautement subversifs. On dit que le philosophe Nietzsche disait des chrétiens qu'ils étaient des sous-hommes, des hommes faibles, des hommes incapables de se défendre, et qu'ils l'étaient au nom de l'Évangile ; et que l'image par excellence en était ce Jésus, qui plutôt que de se défendre et se battre, meurt sur la croix. Nietzsche n'a pas perçu la force de l'Évangile, il n'a pas découvert la force de résistance de l'Évangile, il n'a pas compris que le fait que le Seigneur soit du côté des plus faibles, est tout le contraire de ce que lui Nietzsche pensait, que c'est un véritable signe de puissance et de force. Pas la puissance de la chair, pas cette puissance qui détruit, mais la puissance de l'amour, celle qui construit, celle qui construit un monde juste, celle qui construit un monde dans lequel tout le monde peut trouver sa place.

 

Mais il faut oublier le retentissement possible de ce texte dans le monde actuel. Jésus s’est adressé aux disciples. C'est vers les disciples que Jésus se tourne, nous dit le texte Ce n'est donc pas un discours que Jésus adresse à la foule, comme une généralité, il n'a pas de portée universelle. Il ne fait pas une conférence sur les rapports entre la richesse et la pauvreté dans le monde. Il parle aux disciples en leur enjoignant de se trouver toujours du bon côté. Et le bon côté, ce n'est pas celui de la puissance des hommes, ce n'est pas celui de la richesse des hommes. Le bon côté, ce n'est pas celui du pouvoir et de la domination. Le bon côté, pour celui qui est porteur de la Parole de Dieu, c'est celui de la pauvreté, c'est-à-dire l'état dans lequel seule compte la confiance en Dieu. Ce discours est un appel pour les disciples à suivre Jésus lui-même dans son ministère. Ce ministère qui le mènera à la croix. La croix, qui n'est pas un abandon. La croix, qui n'est pas un signe de faiblesse. La croix est un signe de combat, le combat de la justice et de l'amour pour tous.

 

Amen


Jean-Jacques VEILLET