Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 17 novembre 2019

Culte à Trescléoux (05700)


Lectures du Jour :

Malachie 4, 1-5[1] (voir sous cette référence méditation du 13-nov-16)

2 Thessaloniciens 1,11-2,2

Luc 21, 5-19 (Voir également méditation du 17-nov-13)

 

 



« Stupeur et tremblements »

 

 

Des jours viendront où il ne restera plus pierre sur pierre : tout sera détruit…”, proclame Jésus.

Il vient de faire une entrée triomphale dans Jérusalem, on est en pleins préparatifs de la Pâque juive, cette grande fête qui commémore la sortie d’Egypte[1], la libération du Peuple par Dieu, déjà sauveur.

Et puis Jésus, comme il sait si bien le faire, casse l’ambiance, par cette phrase, prononcée sur le parvis même du Temple, qui glace son auditoire de « stupeur et de tremblements ».

D’autant que cette phrase et sa suite sont le dernier discours public de Jésus et qu’elle restera à jamais gravée dans la mémoire de ses disciples.

 

Nos trois lectures de ce matin appartiennent à un genre littéraire particulier, le « genre apocalyptique », qui a traversé tout l’A.T., jusqu’au N.T. et ce texte de Luc, repris également par Marc et Matthieu.

Cette littérature apocalyptique apparait dans des moments forts de crise et de souffrances plongeant le peuple d'Israël (et les premières communautés chrétiennes) au fond du désespoir : Le peuple de Dieu s’interroge : il n'a plus ni pouvoir, ni roi, ni temple. A-t-il encore un Dieu ? C’est alors que ces textes annoncent prophétiquement la fin de l’histoire, expriment une espérance et perçoivent un avenir où adviendront des temps nouveaux au-delà des aléas de l'histoire. Cette littérature apocalyptique et une littérature de combat, de résistance et de confiance en la fidélité indéfectible du Dieu Sauveur.

 

On pourrait citer, évidemment, la déportation du peuple hébreu à Babylone durant 50 longues années (de -597 à -539 avant J.C.).

 

On pourrait également citer le règne d'Antiochus IV (de -175 à -164 avant J.C.), peut-être le tyran le plus sanguinaire que le peuple Hébreu ait eu à subir, lui imposant le culte des idoles, installant une statue de Jupiter au sein même du Temple[2], détruisant les livres de la Loi, condamnant à mort quiconque refuserait de prendre part aux cérémonies païennes.

Ainsi, le culte de l'Eternel étant interrompu, beaucoup de Juifs abandonnèrent le vrai Dieu. Ceux qui lui restèrent fidèles furent contraints de se réfugier dans les cavernes et les déserts.

C’est ainsi qu’un prêtre, Mattathias avec ses fils et le « petit troupeau » de fidèles, donnèrent le signal d'une révolte qui eut pour résultat l'affranchissement complet de la nation juive, après vingt-cinq ans de luttes, fondant ainsi la dynastie Asmonéenne (les Macchabées).

Cette victoire est accompagnée de la restauration du culte à Yahweh dans le Temple. Cet évènement est commémoré par la grande fête de Hanoucca.

 

Je vous parle en particulier de ces évènements car ils sont racontés en détail dans le livre de Daniel, le plus récent des livres de l’A.T., écrit 1 siècle ½ avant Jésus Christ.

Or, ce livre est placé au centre de l’A.T., et vous allez me dire que le prophète Daniel fait partie des captifs emmenés en déportation par le babylonien Nabuchodonosor, 6 siècles plus tôt et que, à travers ses songes, il annonce la libération du Peuple et la venue du Messie.

 

C’est que Daniel est l’exemple même de cette littérature apocalyptique. Elle est un langage codé : on dépayse, on change d’époque. Pour pouvoir mieux encourager le Peuple à résister, on lui raconte la victoire des ancêtres sur des tyrans encore plus cruels que ceux que l’on subit, et l’on annonce simultanément la venue de celui qui délivrera définitivement le Peuple de toute servitude, le Messie : et ce sera alors le commencement d’un monde nouveau de paix et d’amour entre frères[3].

 

C’est grâce à ces prophéties, à cette littérature, que le Peuple Juif a pu, au-delà et à travers toutes les persécutions dont il a été victime, jusqu’aux plus récentes, c’est ainsi qu’il a pu garder à la fois son identité et sa Relation avec le Dieu Sauveur.

 

Jésus, dans notre texte de Luc, prolonge cette littérature apocalyptique en annonçant la seconde destruction du Temple, (suivie de la reddition de la forteresse de Massada[4] après le suicide collectif d’un millier de zélotes), tout en assurant à ses disciples qu’il ne se perdra pas un cheveu de votre tête et par votre persévérance vous sauverez vos âmes.

 

Il n’est pas besoin de faire preuve de beaucoup d’imagination en pensant à nos ancêtres cévenols relisant cette phrase et les deux versets de Malachie, le premier destiné à leur ennemi, Louis XIV, ce roi soleil qui sera brûlé comme le chaume, embrasé dans ce « jour de colère », le second verset étant pour eux, le petit troupeau de fidèles pour qui se lèvera le soleil de la justice.

 

Et encore plus près de nous, devant la montée irrésistible du nazisme, nos frères et sœurs qui entrèrent en résistance, Madeleine BAROT et Suzanne De Dietrich, fondatrices de la CIMADE, Roland de Pury et Georges Casalis à Lyon[5], le groupe du Chambon/Lignon autour des pasteurs Theis et Trocmé, les 16 rédacteurs des Thèses de Pomeyrol[6], quel contenu pouvait avoir leurs prières sinon l’attente de l’intervention divine : Jour de colère pour les bourreaux, et Jour du Seigneur pour leurs victimes ?

 

Cela dit si cette littérature utilise volontiers l’allégorie, elle n’est pas pour autant onirique, elle témoigne au contraire d'une grande lucidité devant la dureté de l'histoire : Cette succession de crises, de drames, est d’ordre anthropologique, elle est consubstantielle à la condition humaine, il n’y a donc aucun espoir possible à placer sa confiance en l’homme.

 

Devant ce constat, le croyant ne peut fonder sa résistance spirituelle et son espérance que dans sa foi en un sursaut de l’Humanité, qui, après avoir tourné le dos à Dieu dès les origines, écouterait enfin son lancinant appel[7], choisissant définitivement entre le bien et le mal[8].

 

Mais nous n’en sommes pas là : aujourd’hui, le discours apocalyptique est plus présent que jamais, à travers les collapsologues, prophètes d’une rupture imminente, ou les écolo-angoissés annonçant la grande dépression, opposant la fin du monde à la « fin de mois ».

Ainsi nait sous nos yeux une nouvelle religion, avec ses dogmes, ses rites initiatiques, ses processions, ses gourous, ses grand’ messes, ses rites funéraires. Elle a même, comme toute religion, ses intégristes qui veulent nous contraindre à confesser nos fautes, (ou celles de nos parent), nous contraindre à expier ces péchés avant d’obtenir la rédemption, après avoir prouvé notre dévotion à cette nouvelle idole, la Terre-Nature. Ainsi nous pourrons retrouver le paradis perdu.

 

Mais que nous dit Jésus ?

  1. Qu’il y a eu, qu’il y a et qu’il y aura toujours des tremblements de terre, des pestes et des famines, à ranger dans la catégorie des « catastrophes naturelles ».
  2. Que d’autres séismes, bien plus violents, guerres, persécutions, corruption massive, soif inextinguible de pouvoir, seront provoqués par l’homme lui-même, générateurs de catastrophes humanitaires[9].

 

La mise en garde de Jésus doit nous rendre d’autant plus vigilants qu’aujourd’hui les turpitudes, prévarications et inconséquences des dirigeants à travers le monde, qui se croient plus forts que le créateur, ont un impact de plus en plus visible sur ces phénomènes naturels, la respiration de la terre étant prise de plus en plus souvent de violentes quintes de toux.

 

Si chaque nouvelle catastrophe, d’origine « naturelle » ou humaine fait monter l’angoisse d’un cran, cela ne signifie pas pour autant que la fin du monde soit pour demain. Jésus n’utilise jamais cette expression mais il parle de la fin des temps, dont seul Dieu le créateur est le maitre. Notre espérance est qu’il saura empêcher que cette catastrophe annoncée par les nouveaux Cassandre, aille à son terme.

Mais Paul nous dit dans notre lecture de ce matin, que cette espérance ne s’accomplira pas si nous restons assis.

 

Ainsi, la fin des temps serait comme la ligne d’horizon, qui s’éloigne à mesure que l’on avance, même si nous devons considérer que ce qui a eu un commencement doit nécessairement connaître une fin.

Jésus dit également autre chose : Lorsqu’il annonce la destruction du Temple, ce sera évidemment un évènement historique, mais c’est aussi un questionnement théologique : Après la destruction[10], qu’allez-vous faire ? Vous morfondre, comme vos ancêtres, ou entendre Jésus vous dire que Dieu n’a finalement pas besoin de Temple puisqu’il est partout, qu’un temps nouveau est advenu, que cette aurore nouvelle c’est celle d’aujourd’hui, que le Temple de Dieu, c’est chacun de nous[11], si nous recevons Jésus dans notre cœur, et qu’ainsi, nous constituons chacun, une parcelle du Royaume de Dieu sur la terre, ici et maintenant.

 

La destruction du Temple et les catastrophes similaires ne sont pas des signes de la fin du Monde, tout au plus de la fin d’un monde, et ce n’est pas par hasard si ces lectures nous sont proposées en cette veille de l’Avent, période par excellence où nous attendons l’accomplissement de cette promesse d’un temps nouveau, d’une alliance nouvelle, par la naissance de l’Enfant-Roi.

 

Ainsi, dans ce monde qui s’agite et qui craque de toutes parts, forts cette autre promesse lue ce matin, sachant qu’il ne se perdra pas un cheveu de notre tête, nous pouvons persévérer dans notre foi accomplir notre mission de témoins, et porter au monde une parole de vérité, sans crainte particulière puisque c’est Jésus lui-même qui nous la soufflera.

 

Dans ce monde qui chancelle et s’écroule, notre certitude est que sauront ainsi émerger des hommes et des femmes prêts « à payer le prix de la grâce »[12].

 

Amen !

 

François PUJOL

 


[1] Voir Exode 13 et ss

[2] D’où l’expression l’abomination de la dévastation reprise par Marc (13/14) et Matthieu (24/15)

[3] 2°lettre de Pierre 3,13 : « nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera ».

[4] En l’an 70. « Massada ne tombera pas deux fois » : Devise des officiers de Tsahal, inscrite sur leur ceinturon.

[5] Organisateurs d’un réseau « d’exfiltration » de juifs vers la Suisse, avec les fondateurs (clandestins) de Témoignage Chrétien

[6] En Juin 1941 : Consultables sur le site, menu « textes fondateurs »

[7] Esaïe 45, 22 : Revenez vers moi, et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de la terre!

[8] Genèse 3, 3-4 : Si vous mangez du fruit de l'arbre de la connaissance, vous ne mourrez point, mais vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.

[9] Selon les auteurs du 10e rapport annuel Global Peace Index, notre monde devient un endroit de plus en plus dangereux et il n’y avait en 2016 que 10 états (sur 197) qui pouvaient être considérés comme totalement exempts de conflits.

[10] « Ce ne sera pas encore la fin » dit-il au verset 9

[11] 1 Corinthiens 3, 16 : « vous êtes le temple de Dieu, et l'Esprit de Dieu habite en vous »

[12] L’expression est du pasteur Georges Casalis, théoricien de la « théologie de la libération », mort au Nicaragua en 1987. Il fut également l’un des coordonnateurs de la Traduction Œcuménique de la Bible.