Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 02 Décembre 2018

1er Dimanche de l'Avent

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour:

Jérémie 33, 14 à 16

1 Thessaloniciens 3, 12 à 4, 2

Luc 21, 25 à 36




Fins de mois vs Fin du Monde !


Frères et sœurs,


En ce premier dimanche de l’Avent, il est bon d’entendre de nouveau cette promesse, reprise par Jérémie, à Babylone, au milieu du peuple déporté :

Les jours viennent où j’accomplirai la promesse que j’ai faite à la communauté d’Israël et à la communauté de Juda[1]. En ce temps-là, à ce moment même, je ferai croître pour David un rejeton légitime[2] qui défendra le droit et la justice dans le pays. 


Cette promesse est pour nous aujourd’hui. Il est temps de nous remettre en route sur ce chemin qui dans 4 semaines nous conduira à Bethléem, pour un évènement unique dans l’histoire de l’Humanité :

Le Dieu créateur prend forme humaine et devient Dieu sauveur :

La venue de ce Fils annoncé par les prophètes ouvre un temps nouveau, le temps de la Grâce pour tous, selon sa promesse :

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.[3]


Mais à peine commençons-nous à nous préparer à cette fête, que notre lecture de l’Évangile du jour, casse l’ambiance, avec ce texte de Luc 21.

Apparent télescopage de l’annonce de Noël et celle de la fin des temps, dans une annonce de Jésus lui-même, qui appartient au genre « apocalyptique », repris dans les 3 évangiles synoptiques.

Et il nous annonce l’apparition de signes « avant-coureurs » de cataclysmes, de déchaînement des mers, de nouveaux déluges.

Et de nouveaux Cassandre y vont de leur couplet comme Nicolas Hulot la semaine dernière[4] qui a même osé dire : l’important ce n’est pas les fins de mois, c’est la fin du monde.

Qu’en sait-il, Mr Hulot, de la fin du monde ? 2000 ans après JC nous voici de nouveau dans ce discours apocalyptique, mais est-ce bien de cela qu’il s’agit.

Revenons un instant sur cette phrase de NH. Pouvons-nous y adhérer ? Peut-on balayer d’un revers de manche les préoccupations, les angoisses immédiates de notre prochain pour ne s’intéresser qu’aux grands enjeux de la planète, qui n’attendrait que nous pour la sauver ?

Rappelons-nous : Lorsque Jésus est suivi par 5000 personnes au bord du lac de Tibériade[5], il essaie (sans trop de succès) de les entraîner dans les hautes sphères de réflexions existentielles sur les fins dernières[6] mais le soir venu, il est ému de compassion pour elle, « voici trois jours déjà qu'ils demeurent auprès de moi, et ils n'ont rien à manger ; et je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu'ils ne défaillent en chemin ».

Je ne sais pas en réalité s’il y a eu multiplication mais je sais qu’il y a eu partage, partage à l’infini, souci des besoins élémentaires de la foule.

C’est ce que l’Armée du Salut a compris, avec son slogan des 3 S[7].

C’est ce que Mr hulot n’ pas compris, ou probablement n’a t’il pas l’espérance qui nous porte ;

S’il est intéressant en soi que des personnalités comme Mr Hulot, ou d’autres jouent des lanceurs d’alerte pour réveiller la conscience de nos contemporains, parler de fin du monde, de péril pour l’Humanité, c’est n’envisager l’avenir qu’à vues strictement humaines, c’est considérer que l’humanité subirait un implacable principe de causalité auquel elle ne pourrait échapper, qui l’entraînerait inexorablement dans le mur.

Or, Jésus ne parle pas de fin du monde, mais de fin des temps, qui annoncent un temps nouveau, où justement l’Humanité aura su, grâce à la présence active des disciples du Christ, surmonter ce principe de causalité.


Fin du monde ou fin d’un monde ?

Les signes dont parle Jésus ne sont pas ceux de la fin du monde, mais de la fin d’un monde qui annonce un monde nouveau.

Et cela s’est déjà produit : La fin du monde c’était avant-hier.

Elle a déjà eu lieu, il y a bien longtemps, dès le 6° chapitre de la Genèse, le 1° livre de la bible :

Alors que les hommes avaient commencé à se multiplier sur la surface de la terre, Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande et qu’à longueur de journée, son cœur n’était porté qu’à concevoir le mal. Et le Seigneur se repentit d’avoir créé l’homme sur la terre.[8]


Mais un homme trouva grâce à ses yeux, Noé, homme juste et droit. Et c’est ainsi qu’est né ce mythe du Déluge et de l’arche de Noé, qui nous raconte la fin d’un monde. Mais Noé, sa famille et tous les animaux de la création, ne quittent pas la planète. L’arche, c’est un radeau de survie, un cadeau pour renaître, pour accoucher d’un monde nouveau après une gestation d’une année où toute la création, proies et prédateurs, auront dû apprendre à vivre ensemble. Un monde nouveau qui sera ce que nous voudrons bien qu’il soit !

Et puis un peu plus tard, il y a l’intercession d’Abraham auprès de Dieu qui veut détruire Sodome et Gomorrhe :

« Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Vas-tu vraiment supprimer cette cité, sans lui pardonner à cause des justes qui s’y trouvent ? Peut-être là ne s’en trouvera-t-il que dix ! » Le seigneur répondit : « Je ne la détruirai pas à cause de ces dix. »[9]


Et puis il y a cette intercession de Moïse, après l’épisode du veau d’or, qui avait suscité une nouvelle fois le courroux du Créateur :

Reviens sur l’ardeur de ton courroux, souviens-toi d’Abraham et de la promesse que tu lui as faite ! Alors l’Eternel se repentit du châtiment qu’il avait déclaré vouloir infliger à son peuple.[10]


Et l’Eternel renouvela son alliance de paix et de fidélité, et Moïse redescendit de la montagne avec les Tables en témoignage.


Mais il y a aussi Jésus, le Fils du Maître envoyé au milieu des hommes, qui, symbole du mal absolu, le crucifieront, laissant à penser que cette fois c’est bien la fin de l’histoire, peut-être même du monde, tant se produisirent des événements « extraordinaires » :

« Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent, les corps de nombreux saints défunts ressuscitèrent. A la vue du tremblement de terre et de ce qui arrivait, le centurion et ceux qui avec lui gardaient Jésus furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu. »[11]


Et le 3° jour, par sa résurrection, Jésus inaugure l’avènement d’un monde nouveau, le temps de la Grâce au bénéfice de laquelle nous sommes, encore aujourd’hui.

Et dans notre texte de ce matin, Jésus reprend cette parabole du figuier, l’arbre symbole du Peuple hébreu, que l’on peut élargir à toute l’Humanité, et il nous renvoie à la parabole du figuier stérile[12] dont le propriétaire, excédé, décide au bout de trois années, de le couper. Mais son vigneron lui demande d’attendre. Il va s’en occuper et on verra s’il donne du fruit, plus tard, peut-être. Et ces engrais que sont la patience et l’amour ont fait leur œuvre, le temps est venu, l’hiver fut long, mais le printemps arrive, les bourgeons gonflent, annonçant l’été tout proche, le règne de Dieu s’approche de nous, le Royaume est déjà installé sur terre.


Où, quand, comment ?

Alors qu’avons-nous à craindre ?

Nous ne sommes pas dans la crainte de la fin du monde mais dans l’espérance de la fin des temps, où dans ce Royaume, Jésus pourra être glorifié, comme l’exprime MLK[13] :

Je crois que la vérité et l'amour sans condition auront le dernier mot. La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l'espoir d'un matin radieux.


Si, nous avons à craindre une chose : notre assoupissement.

Le temps est court, on ne sait de quoi demain sera fait et pendant que nos cœurs s’alourdissent des soucis de la vie (v.34), les forces du mal restent à l’œuvre.

Alors la question est de savoir qui écrira la fin de l’histoire : Les communautés des disciples du Christ, actives, à l’œuvre, contestant en permanence la fatalité du mal, faisant advenir, parcelle par parcelle ce Royaume sur la terre, ou bien ces forces du mal, capables de mettre en œuvre ce mal absolu, cette volonté d’autodestruction dans laquelle certains hommes, certains dirigeants, semblent se délecter. Mais les exemples qui précèdent nous prouvent qu’il y a toujours une histoire à reconstruire, avec l’aide du Dieu créateur

C’est le sens de l’appel de Jésus à la vigilance, à rester éveillés dans une prière constante, à nous tenir debout, aux côtés de nos frères en humanité pour faire triompher paix et justice. Vigilance aussi au sein de nos propres communautés, lorsque nous voyons les dérives auxquelles s’adonnent certains de nos frères en Amérique Latine ou en Afrique.

Et quel défi pour nos communautés chrétiennes de cette vielle Europe, héritières de ces pères fondateurs[14] démocrates chrétiens qui osèrent parier dans les années 50 sur la réconciliation et la paix.

Cette vieille Europe qui n’a pas osé affirmer ses racines chrétiennes dans sa constitution, aujourd’hui prise entre le marteau Trump et l’enclume Poutine, saura-t-elle se redresser, saura-t-elle résister, loin des lieux de pouvoir, pour montrer la voie d’un autre avenir possible ?


En ce 1er dimanche de l’avent, encore moins que jamais, l’avenir ne saurait être pour nous une menace. Nous sommes en plein hiver, mais notre foi nous fait déjà discerner les bourgeons d’un nouveau printemps, forts de cette promesse[15] :

Quand les montagnes s'éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s'éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, 


Amen !


François PUJOL


[1] Donc au peuple Juif tout entier, réuni, ce qui n’était pas d’actualité.

[2] C’est le rameau qui sortira de la souche de Jessé, père de David (Esaïe 11, 1-5 ; 10)

[3] Jean 3,16

[4] « L’émission politique » Antenne 2 le 22/11/2018, formule reprise par E. Macron le 27/11.

[5] Matthieu 14, 14-21 et 15, 32-38, Marc 6, 34-44 et 8, 1-9, Luc 9, 12-17, Jean 6, 5-14

[6] Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort » Jean 11, 25

[7] Soupe savon salut, comprenant que l’on ne peut parler à une personne de ces questions existentielles si on ne l’a pas préalablement restaurée matériellement et si on lui a pas permis de retrouver dignité et estime de soi.

[8] Genèse 7, 1-16

[9] Genèse 18, 20-32

[10] Exode 32, 7-14

[11] Matthieu 27, 51

[12] Luc 13, 6-9

[13] Extrait de sa Confession de foi en conclusion de son discours de réception du prix Nobel de la Paix, Oslo-1964

[14] A l’exemple des Pilgrim Fathers du May Flower, dont la mémoire est célébrée chaque dernier jeudi de Novembre aux États-Unis, ils pourraient être célébrés dans un Thanksgiving européen….

[15] Esaïe 54, 10