Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 13 octobre 2013

 Culte à Trescléoux (05700)

 


Lectures du Jour :

2 Samuel 5, 1-3

Luc 17, 11-19 (Voir également méditation su 2 Rois 5, du 13/10/2019)

Colossiens 1,12-20



Savoir dire : merci !

 

 

« Est-ce que tu as dit merci ? » Vous avez certainement déjà entendu ces paroles ou vous les avez dites vous-mêmes à vos enfants. Dire merci est l’une des premières choses que l’on doit apprendre aux petits enfants. Lorsque le merci manque, nous avons l’impression que quelque chose n’est pas en ordre, que le geste est à sens unique, qu’il faudrait une suite logique, en fait qu’il manque une réponse.

Que se passe-t-il lorsque quelqu’un fait un cadeau ou rend service à une autre personne ? Il le fait parce qu’il a une raison de le faire qui est de faire connaître son intérêt, sa reconnaissance, son amour à cette personne. Le cadeau ou le service rendu transmet ce message. Si l’autre manifeste sa reconnaissance, cela veut dire qu’il a compris et qu’il accepte ce message. C’est pourquoi le merci est tellement important. Des rapports se créent ou se développent entre celui qui donne et celui qui reçoit. Et c’est cela l’essentiel.

C’est justement par le fait de dire « merci » que l’on montre que l’on est d’accord avec l’intention et que l’on a également de bonnes intentions à l’égard de l’autre. Par le cadeau ou le service rendu et la réaction positive de reconnaissance est créée une base pour de bonnes relations entre les deux personnes. C’est en tout cas ainsi que cela devrait se passer, si ce n’est pas une simple convenance, de l’hypocrisie ou du calcul… Mais prenons ceux qui sont de bonne foi : ils attendent légitimement un signe de reconnaissance, et l’on comprend leur déception lorsque ce signe ne vient pas. Dans ce cas, la relation proposée ne s’établit pas, ou si elle existait déjà, elle va s’affaiblir, dépérir…

 

Tout cela, nous le retrouvons dans l’évangile de ce jour.

Les dix lépreux se sont adressés à Jésus, l’ont supplié, sans peut être savoir qui il était car les livres des prophètes étaient inconnus en Samarie. Ils avaient seulement entendu la réputation de Jésus en tant que guérisseur. Jésus n’accomplit aucun geste mais leur donne simplement l’ordre d’aller à Jérusalem et de se présenter aux prêtres pour être purifiés. Il n’était pas pensable pour eux d’aller en voyage à travers le pays sans être guéris car ils auraient été arrêtés et enfermés Et c’était inutile d’aller voir les prêtres sans être guéris. Cela voulait dire qu’ils seraient guéris dès le début du chemin. Ils ont eu confiance et ils se sont mis en route. C’était là le cadeau de Jésus à tous les dix, sans distinction de nationalité.

Mais ensuite ; un des dix, un Samaritain a compris le sens du cadeau et est retourné en chemin pour remercier Jésus. Nous y reviendrons.

 

Les neuf autres sont vraisemblablement allés jusqu’à Jérusalem, se montrer aux prêtres et faire constater leur guérison. Les prêtres avaient en effet la charge de vérifier les guérisons de la lèpre et de confirmer que la personne était redevenue pure et pouvait être réintégrée dans la communauté des humains et dans la  communion avec Dieu. Ensuite, il y avait des cérémonies à accomplir, une série de sacrifices et de rituels de purification. C’est par ce rituel que l’ancien malade reprenait solennellement sa place dans la société, puisque sa guérison était désormais publiquement attestée.

Mais dans ce rituel, tous les sacrifices prescrits servent seulement à la purification et à l'expiation du péché. Il y manque totalement le sacrifice dit d'action de grâces. Autrement dit, il n’y avait pas de remerciement, pas de reconnaissance envers Dieu puisque le rituel ne le prescrivait pas. Et ils pouvaient retourner dans leur famille, retrouver leur place dans la société et dans la communauté religieuse..Leur guérison était tout à fait normale et ils n’avaient plus besoin de Jésus. Il n’y avait pas lieu de lui dire merci. La relation que Jésus avait initiée en les écoutant et les aidant était rompue.

 

Le Samaritain, lui est retourné. Allait il vraiment à Jérusalem où les prêtres ne l’auraient pas accueilli à cause de la différence de religion entre juifs et samaritains, probablement pas. Mais il n’avait pas besoin d’être purifié par eux. Il est donc retourné. Quand il a vu qu’il était guéri, il a fait demi-tour, il est revenu sur ses pas. Pour lui, l’histoire n’est pas terminée ; elle commence seulement. Il a compris que ce qui s’était passé ne concernait pas seulement la santé physique. Il a compris que sa guérison était en réalité plus qu’une bonne action de la part de Jésus, que c’était un signe de l’amour de Dieu et que ce Jésus qui l’avait guéri était prêt à lui donner beaucoup plus. Il a compris que le cadeau que Jésus lui avait fait était une invitation à rester en relation avec lui pour recevoir plus : une nouvelle direction, une nouvelle dimension pour sa vie!

Le Samaritain guéri exprime donc à lui tout seul ce qui manque dans les rituels du Temple : il loue Dieu à haute voix partout où il passe. Et quand il retrouve Jésus, il se jette à ses pieds pour le remercier.  Il n’est pas allé dans un temple pour louer Dieu ; il est retourné vers Jésus, car c’est là qu’il a rencontré Dieu. Son merci montre qu’il accepte le cadeau de la guérison avec joie, mais aussi ce qu’il ya derrière ce cadeau : l’invitation à rester avec le Sauveur, à s’attacher à lui. Il y a un mot pour cette attitude, la foi. Et c’est ce que Jésus lui dit :« Relève toi, va, ta foi t’a sauvé ».

Cette parole de Jésus, nous la rencontrons à plusieurs reprises dans les évangiles. Elle signifie que Jésus envoie la personne guérie dans une vie nouvelle, où elle sera porteuse d'Évangile. Le Samaritain, lui aussi, retournera dans son village, tout simplement. Mais pour lui, tout aura changé. Il a trouvé en Jésus plus qu'un simple guérisseur, il a trouvé le Sauveur qui vient de la part de Dieu

 

Et Jésus s’inquiéta du sort des neuf autres : «Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? où sont les neuf autres ? »  Les neuf autres comme nous l’avons vu ne sont pas retournés pour une action de grâces et de reconnaissance de Jésus en tant que Sauveur. Ils sont passés à côté du Messie qui leur était envoyé, ils sont passés à côté d’une vie nouvelle.

Jésus est déçu. L’impulsion qu’il a donnée par la guérison, le chemin sur lequel il a envoyé ces dix hommes, s’est arrêtée net pour neuf sur dix. En ne rendant pas grâces, en ne louant pas Dieu, ils n’ont rien fait de leur guérison et encore moins du temps passé avec leur maladie et le Samaritain, dans leur petit groupe de solidarité dans le malheur.

 

Jésus aurait espéré autre chose pour son peuple vers lequel Dieu l’a envoyé. Mais la dernière phrase « Il n’y a que cet étranger pour revenir rendre gloire à Dieu» ouvre une perspective d’espérance et d’avenir. Il semble que Jésus ne s’attendait pas à ce qu’un seul des dix revienne et que de plus ce soit une sorte d’étranger. Et il réalise peut être à ce moment que son message est sans frontière, et qu’il n’est pas adressé exclusivement au peuple d’Israël mais à tout ceux qui le reçoivent et l’accueillent dans la foi, d’où qu’ils viennent et quels qu’ils soient. L’évangéliste Luc, dans ce récit, pense peut être à l’avenir qu’il a vécu, à l’histoire de la première Église chrétienne qui, elle aussi, commencera par franchir les frontières et faire des adeptes en Samarie…

 

En conclusion, sachons reconnaître ce que nous recevons, ce que la grâce de Dieu nous donne. Ne considérons aucunement que c’est un dû, que c’est normal, mais sachons être reconnaissant et dire merci. La reconnaissance envers Dieu, la louange, l'action de grâces, sont alors fondamentales, parce qu'elles nous ouvrent à la rencontre avec le Christ, notre Sauveur, et à l'écoute de sa volonté. L'action de grâces nous ouvre l'oreille pour entendre le "Va, ta foi t'a sauvé" … elle nous sauve encore.

 

Et comme le Samaritain est retourné dans son village, avec une perspective de vie renouvelée, chacun de nous a aussi son village, là où il est reconnu, là où il exerce ses compétences, là où il a quelque chose à dire et où on l'écoute. C'est là que chacun peut témoigner à sa façon de Jésus-Christ et des actes de libération et de guérison qu'il fait dans notre vie.

 

Jésus est en chemin, il franchit les frontières, il guérit et il envoie vers une vie nouvelle. Laissons-nous envoyer par lui.

 

Amen !

 

Jean Jacques Veillet