Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 18 Septembre 2016

Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

Luc 16, 1-13 (Voir également prédication du 23 Septembre 2007)

Amos 8, 4-7

1 Timothée : 2, 1-8




« Rends la parole de l'économie »

 

Je ne sais pas si Jérôme Cahuzac, ancien ministre de l'économie dont le procès vient de s’ouvrir, a une culture biblique, en tous cas, cette drôle d'histoire rejoint son actualité personnelle.

 

En effet, en attendant son jugement - je rappelle qu'il encourt un emprisonnement de 2 ou 3 ans - la communauté d'Emmaüs de Pau lui propose – dans le cas où sa peine devrait être aménagée - de travailler au sein de sa communauté. Au programme : maraîchage, réparation de meubles, tris de livres etc. afin de découvrir, dixit, « l'économie solidaire ».


C'est exactement ce qu'il se passe dans cette fable que raconte Jésus à ses disciples : l'histoire d'un économe qui fraude et floue son employeur.

Comme quoi, les histoires des pompiers pyromanes, des percepteurs fraudeurs et des pasteurs mécréants est aussi vieille que le monde...

Bref. Voici une parabole qui a de quoi surprendre et dérouter. En effet, comment comprendre qu'un escroc de la pire espèce soit félicité par son employeur en aggravant son cas ?

Petit rappel : l'économe détourne les biens de son maître. Et parce qu'il ne sait faire que ça, et ben il continue, pour assurer ses arrières en magouillant les dettes de ceux qui doivent de l'argent à son employeur.


Délit d'initié, abus de confiance, détournement de fond, recel, faute aggravée... ça en fait des chefs d'inculpation !

Et voilà que les actes de ce truand sont loués par sa propre victime... Le monde à l'envers !

Je ne sais si vous avez remarqué, mais c'est précisément le but de ces petites histoires - les paraboles – de renverser l'ordre des choses, les logiques de notre monde, afin de révéler un autre ordre, un autre monde : le royaume de Dieu.

Un royaume où le roi est un condamné à mort, déchu de ses droits, déchu de sa dignité humaine : le Christ.

Un royaume où les sujets de ce roi sont des pauvres, des malades, des prostituées, des étrangers, des traîtres, des condamnés...

Un royaume où ce n'est pas la loi du plus fort qui est en vigueur, mais la foi du plus faible, du plus petit.

Voilà pourquoi le maître félicite son fraudeur d'économe : parce qu'en essayant d'acheter la bienveillance des personnes endettées, en maquillant à la baisse leurs dettes, l'escroc escroque le système qu'il servait où l'argent est roi.

Le mafieux ne s'est pas méfié. Et pour sauver sa peau, il n'a plus le choix : il doit se rendre acceptable aux yeux de ceux qu'il rackettait pour s'enrichir.


Et du coup, pris à son propre piège, l'escroc commet une action juste et bonne en allégeant la dette insolvable (les quantités d'huile et de blé sont astronomiques) des débiteurs.

C'est l'histoire de l'arroseur arrosé, elle aussi vieille comme le monde.

Voilà. J'ai bien planté le décor pour que nous comprenions bien de quoi on parle.

Maintenant, je poursuis avec la parole que le maître adresse à son économe au v.2 : « Qu'est-ce que j'entends à ton sujet ? Rends compte de ta gestion. En effet tu ne peux plus gérer »


En fait, en grec, nous lisons littéralement : « Rends la parole de l'économie car tu ne peux plus gérer l'économie »Voilà une phrase tout à fait intéressante ! Car ce ne sont pas « des comptes » que l'économe doit rendre- je veux dire des comptes avec des tableaux, des diagrammes, des pourcentages, des chiffres, des colonnes. Mais une parole !

Rendre la parole de l'économie, restituer la parole que l'on a prise, que l'on a volé à l'économie, voilà un enjeu majeur de l'Évangile. En effet, nous sectorisons notre vie entre la vie publique, la vie privée, la vie économique, vie spirituelle... alors que finalement, c'est une seule et même vie aux yeux de Dieu.


Souvent nous sommes comme ce ministre de l'économie qui se croit à l'abri de tout parce qu'il sert l'État, comme cet économe qui se croit au-dessus des autres en servant le maître... car nous-mêmes nous pensons être du côté de Dieu alors que nous sommes souvent injustes, iniques et parfois même cyniques avec les autres.


Nous entretenons parfois la dette - morale, financière, personnelle - à l'encontre de quelqu'un de notre famille, de notre entourage, alors que nous vivons nous-mêmes au bénéfice d'un Dieu qui n'a de cesse de racheter nos propres dettes envers lui.

Rendre la parole de l'économie, c'est lui rendre son humanité, sa tempérance, sa tolérance, sa bienveillance, sa créance.

Rendre la parole de l'économie, c'est rendre à mon argent le pouvoir de réduire l'injustice, d'annuler une dette, d'enrichir l'avenir.

Rendre la parole à l'économie, c'est faire crédit à Dieu que sa parole n'est pas une belle idée déconnectée du monde mais une parole crédible qui prend corps ici et maintenant.


Rendre la parole à l'économie, c'est refuser d'être à la solde des logiques à court terme de notre monde, où un sou est un sou et que l'argent ça se mérite, ça se prête, mais ça ne s'offre pas.

Rendre la parole à l'économie, c'est permettre à l'argent d'être un agent de justice et non d'injustice, et qui me permet de faire de moi un être solidaire - d'un projet, d'un idéal, d'une vision, d'une mission - au lieu de faire de moi un être solitaire.

Parfois, nous aurions bien besoin d'un Jérôme Cahuzac dans l'Église... pas pour tricher mais pour faire rentrer de l'argent. Comme le dit le texte biblique au v. 8 : « les gens de ce monde sont bien plus adroits dans leurs rapports aux autres que les enfants de la lumière » ...


Alors avant d'en arriver là, que chacun rende la parole de ses économies.

 

Amen !

 

Pr Arnaud Vandenwiele