Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 8 mars 2020

Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

Genèse 12, 1-4

2 Timothée 1, 8-10

Matthieu 17, 1-9

Luc 13, 18-20 & 17,6.

 

Le royaume de Dieu n’est pas un lieu

 

Moutarde blanche, brune, noire ou moutarde des champs, le sénevé – de la famille des Brassicacées (Crucifères) : choux, navet, raifort, colza, etc., s’emploie à toutes les sauces : en condiment, en médicament, en préparation culinaire…

 

Mais pas que ! Voilà qu’elle est pour nous, lecteurs de l’Évangile, le symbole de ce qu’on appelle « Le royaume/règne de Dieu (βασιλεια του θεου) ». On aurait cru que c’était un lieu derrière les nuages ; on aurait cru que c’était un tunnel blanc où l’on se sent si bien et où l’on revoit ses défunts ; on aurait cru que c’était un paradis réservé à quelques élus à la vie exemplaire ; aurait cru que c’était une sottise religieuse pour discipliner les foules et les maintenir captive…

 

Et ben non ! Tout faux. Vous cherchez le royaume de Dieu ? Achetez-vous un pot de moutarde à l’ancienne et regardez à quoi il ressemble le royaume de Dieu. 10 fois plus petit qu’une lentille ; 30 fois plus petit qu’un petit pois ; 80 fois plus petit qu’un haricot rouge ; 1 millions de fois plus petit que vous.

 

Je dis ça, mais en même temps, le texte ne dit pas tout à fait ça ! Car cette graine minuscule, il faut la jeter dans son jardin ; et il faut la laisser croître ; tellement qu’elle devienne un arbre pour servir de nichoir aux oiseaux. Jamais une graine de moutarde ne donnera un arbre – le « moutardier » - mais c’est ici une parabole : le principe est de tirer à l’extrême pour marquer les esprits.

 

Alors, qu’est-ce que cela veut dire ?

C’est quoi dans ma vie, dans ta vie, cette graine de moutarde qu’il faut jeter dans ton jardin et laisser pousser jusqu’au ciel ?

C’est quoi cette chose minuscule, presque invisible qui pourtant, quand on la jette en terre est capable, en un rien de temps de pousser pour servir de refuge, de bouée de secours ?

C’est quoi cette chose si petite qu’on la néglige alors qu’elle contient plus de vie qu’un sycomore ou une montagne n’en aura jamais ?

 

Un sourire, un regard, une caresse, une parole, une présence… il y a tellement de graines de moutarde que nous pouvons jeter dans notre jardin, tous les jours !

 

Parfois, nous croyons que le royaume de Dieu, c’est un truc pour les pasteurs, les papes et les bonnes sœurs ! Alors que c’est à tous et à chacun, tous les jours de nos vies, que Dieu nous donne d’être les artisans de son royaume, les partisans de son règne.

Parfois, nous croyons que nous sommes trop vieux, trop jeunes, trop fatigués, trop occupés, trop ceci trop cela pour laisser Dieu se démerder avec son royaume qui nous semble bien inaccessible.

 

Et pourtant, il est à portée de main, à chaque seconde. Parce qu’un sourire peut changer une vie. Parce qu’un « bonjour » peut sauver une vie (histoire de ce jeune homme à Barcelone, parti pour se suicider …). Parce qu’une parole peut changer le cours de l’histoire d’une personne.

Parce qu’une présence fidèle peut ramener quelqu’un à la vie et à l’envie de vivre.

Dieu met tous les jours, l’équivalent d’un pot de graines de moutarde dans nos poches pour que nous les jetions dans notre jardin, c’est-à-dire dans les relations que nous cultivons avec les autres et avec nous-mêmes.

 

Aucun de vous ne sauvera à lui seul le monde. Mais l’humanité est déjà sauvée chaque fois que quelques graines de moutarde sont jetées au milieu de chaque jour que Dieu nous donne de vivre. Le royaume de Dieu n’est pas un lieu. Il est l’ensemble des actions insignifiantes à vue des satellites, qui rendent le vie plus belle, plus douce, plus simple. Le règne de Dieu est dans les milles petits gestes envers soi et envers les autres pour rendre à la vie ses audaces, ses couleurs, ses folies. Oui, jeter de la moutarde autour de soi, c’est planter sans s’en rendre compte ces grains de folies, ces grains d’Évangile – car l’Évangile est folie – dans un monde qui se croit sage de calculs financiers et politiques mais pauvre – si pauvre ! – en humanité. Cette chose si simple, sans valeur marchande. Cette chose qui ne réunira jamais en sommet des chefs d’État ou des actionnaires. Cette chose pourtant, qui, comme la moutarde au coin d’une assiette, donne du goût à ce qui est fade, sans saveur.

 

Il n’y a pas d’âge, il n’y a pas de religion pour devenir un semeur de moutarde, un planteur d’humanité. On pourrait même aller jusqu’à dire un « saboteur du monde ». Car la moutarde est aussi une adventice, c’est-à-dire une mauvaise herbe. Parlez-en à un agriculteur bio, qui doit les arracher à la main sur des hectares ! Toxique, la moutarde des champs vous ruine une récolte. Et j’aime bien cette idée que nos graines d’humanité peuvent ruiner les logiques rentables et comptables qui elles, pour le coup, sont toxiques à l’humanité.

 

Des José Bové, des Mère-Térésa, des Coluche, des Martin Luther King, des Nelson Mandela, des Greta Thunberg, et des millions d’anonymes comme vous et moi ont un jour planté des graines de moutardes qui ont donné les branches sur lesquels nous sommes assis. Il faut continuer, sans relâche. Le monde ne sera jamais un champ de moutarde. Toujours des logiques financières et politiques traceront leurs sillons bien droits pour faire de la vie un champ de bataille : commerciale, militaire, politique.

Dans un monde sans Dieu, tout est bon pour en jouer le rôle, et au premier titre : l’argent.

 

La moutarde me monte souvent au nez d’entendre et de voir comme on nous drogue à la peur. Intoxiqués que nous sommes par les images et les slogans, nous avons plus foi en les médias qu’en Dieu. Bien-sûr le coronavirus ; bien-sûr le dérèglement climatique ; bien-sûr la réforme des retraites ; bien-sûr la guerre en Syrie, au Cameroun ; bien-sûr la montée des populismes de gauche comme de droite. Mais est-ce qu’avoir peur offre un début de réponse ? Qui a peur est un peureux. Or si le Christ a osé mourir comme un chien sur une croix, ce n’est pas pour que nous ayons peur. Oui, vivre est dangereux pour la santé. Oui, on peut mourir à la fin de sa vie. Mais on peut surtout avoir tellement peur de vivre et d’aimer, qu’on en oublie d’être humain et de faire son travail de chrétien : jeter des graines de moutarde dans son jardin.

 

Je compte sur vous. Emmerdez les logiques assassines en y mettant votre grain de moutarde. Plantez un geste, un acte, une parole au supermarché, au téléphone, en voiture, au bureau, en famille : c’est peut-être un arbre que vous plantez. Vous reprendrez bien un peu de moutarde ?

 

Amen

Pr Arnaud Van den Wiele