Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

DIMANCHE 12 mai 2018

Culte à Orpierre (05700)

 

 

Lectures du Jour:

Luc 12, 22-32 (Voir également sous cette référence, méditation du 11 Juillet 2010)

Actes 15, 1-29 (Voir sous cette référence, méditation du 13 Mai 2007)

Jean 14, 23-29 (Voir sous cette référence, méditation du 5 Mai 2013)

Apoc. 21, 10-23

 

 

Faire notre part, ni plus, ni moins !


Comme j’aimerais avoir une bonne grosse mauvaise nouvelle à vous annoncer !

 

Comme j’aimerais vous raconter que la fin du monde est pour bientôt et que nous mourrons tous dans d’atroces souffrances !

Comme j’aimerais vous prêcher la décadence de l’humanité vérolée par le vice et l’avarice.

Comme j’aimerais vous prêcher la repentance éternelle pour nos petites vies inféodées au mal.  

Comme j’aimerais pouvoir vous faire peur à grands coups de prophéties de malheur pour vous faire tordre de culpabilité.

 

Oh oui, ça j’aimerais. Rien que pour voir qu’est-ce que ça fait. De foutre la trouille une Bible à la main !

 

Mais je ne le peux pas… parce que je n’y crois pas.

J’aimerais être résigné et pessimiste.

Oh, oui, comme ça doit être agréable.

J’aimerais être aigri et cynique.

Mon Dieu, comme ça doit être confortable.

Mais Dieu en a voulu autrement, semble-t-il.

Au contraire, plus le défi est grand, plus ma foi grandit.

Plus la difficulté est grande, plus ma détermination augmente.

Ce n’est pas un don, vous savez, c’est même un sacré handicap !

 

Parce que ça ne vous laisse pas de répit. J’aimerais être comme le Français moyen – à faire la gueule, à faire mon Tiercé en maugréant « tous pourris », à refaire le monde en remuant mon café-crème – pester après le printemps qui tarde et le dernier tailleur de Brigitte Macron.

 

J’aimerais brûler ma carte de vote mais faire flamber ma carte bancaire.

J’aimerais ne pas voir plus loin que le bout de mon nez et m’en laver les mains.

J’aimerais allumer des cierges et prier la Sainte-Vierge.

J’aimerais avoir une solution à tout comme mon chauffeur de taxi.

J’aimerais ne penser qu’à ma gueule et me foutre de celle du monde.

 

Oh oui, oh oui… comme j’aimerais.

Je vous dis ça… mais si cet homme était moi, alors il me ferait de la peine. Comme il serait malheureux cet homme, prisonnier de son inquiétante inquiétude. Car l’inquiétude ne peut pas rendre heureux. L’inquiétude rend inquiet et la peur rend méchant.

 

Et ça finit même par devenir une drogue : « Un jour sans inquiétudes est un jour pour rien » se dit-on dans les studios des chaînes d’info en continu.

Et on finit par y croire nous aussi. On finit par en vouloir encore plus, de peur et de malheur, pour tenir la journée, pour entretenir la conviction que le monde est foutu. Et au lieu d’être présent au monde qui est à ma porte, j’en suis absent, absorbé que je suis dans des peurs et des inquiétudes qui me dépassent et me détruisent.

 

Vous me direz : « Mais Arnaud, on doit bien s’inquiéter du monde si on est chrétien ! On ne peut tout de même pas penser qu’à nous ! »

Mes amis, le courage aujourd’hui, ce n’est d’avoir peur, mais d’avoir foi en demain.

J’entends: il faut être lucide ! Il faut être responsable ! Ah oui, vraiment ?

Alors cessons de nous résigner !

La lucidité, ce n’est pas se dire : « y’a du mal de fait ! C’est foutu ! »

La lucidité, c’est de dire : « je peux encore sauver ça et même plus encore ! »

Être responsable, ce n’est pas chercher à agir à l’échelle planétaire, mais agir ici, à mon échelle microscopique mais très concrète.

Je ne sauverai pas tout ? Et alors, Dieu ne m’a jamais demandé de sauver le monde !

Car espérer, ce n’est pas croire que ça ira mieux demain, c’est faire du beau et du bien autour de soi.

 

Aujourd’hui, la technologie entretient l’illusion que les actions ne doivent être menées qu’au sommet de l’État pour valoir le coup. C’est comme dire : « J’habite Marseille alors je ne trie pas mes poubelles, parce que personne le fait ! »

Il y avait le vote utile… maintenant, il y a l’espérance utile : n’espérer qu’en ce qui a une chance de marcher…

Heureusement que l’Abbé Pierre, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Coluche, Mandela, Luther et Luther King ne pensaient pas comme nous…

Les premiers chrétiens non plus ne s’inquiétaient pas de savoir si leur petite secte allait devenir ou non une religion mondiale !

Ils n’espéraient rien de l’Empereur romain, ni d’un clergé qui n’existait pas, ni d’un avenir qui n’existait pas (car l’avenir est toujours le fruit de notre imagination) ! Et pourtant, ils nous ont légué leur espérance qui s’appelle Évangile !

Honte à nous si nous ne sommes plus capables d’espérer pour les générations suivantes.

Alors – et pardon d’avance car je sais combien c’est incorrect de dire cela –, mais je ne crois pas, je ne crois pas plus, je n’en ai plus envie, que le pire est à venir. Depuis le temps qu’on nous le dit, il peut venir, je n’ai pas peur. Je n’ai plus peur.

 

Les extrémistes ? Qu’ils viennent, nous les dénoncerons.

Les fascistes ? Qu’ils reviennent, nous les combattrons.

Le déclin ? Qu’il vienne, nous en ferons un gain.

Le changement climatique ? Qu’il vienne, nous sommes prêts à en faire une chance.

Alors nous cesserons d’avoir peur et nous réapprendrons à espérer.

 

Et moi, c’est cette espérance qui me saisit aujourd’hui devant vous, et je veux vous emmener avec moi loin des marchands de malheur, loin des vendeurs de peurs, loin des supermarchés de l’inquiétude.

On s’en fout si le monde sera comme ceci ou comme cela demain.

On s’en fout du temps qu’il fera la semaine prochaine.

On s’en fout parce que l’essentiel n’est pas là.

On s’en fout parce qu’on est fous !

Fous d’une espérance folle.

Oui, alors que les inquiétudes nous rassurent, l’espérance nous fait peur, parce qu’elle est folle. Complètement folle.

 

Notre mission n’est pas d’avoir peur.

Notre mission est d’espérer, un point c’est tout.

Espérer, ce n’est pas attendre béatement que Dieu fasse son boulot. C’est au contraire, lui prêter nos mains, nos jambes, nos langues, nos yeux et nos oreilles pour que le Christ ressuscite à travers nous.

 

C’est ça espérer. C’est se contenter de faire sa part, là où on est, comme on peut, avec ce qu’on a, avec ce qu’on est, avec la lucidité qu’on ne sauvera pas le monde. Et peut-être même qu’il est perdu. Mais on s’en fout, parce que même s’il l’était, c’est ce monde-là pour lequel le Christ est mort. Et si nous n’espérons plus, alors il est mort pour rien. Et alors… il n’est pas non plus ressuscité.

Alors vous voyez combien c’est grave de croire à ses peurs plus qu’à sa foi ?

Vous voyez à quoi ça mène d’avoir plus confiance en ses inquiétudes qu’en ses espérances ?

Et pourtant, ce matin même où je vous parle, combien de prédicateurs, politiques et religieux prêchent la peur, le déclin, la fin. C’est vieux comme le monde…

Laissez dire, laissez faire.

Mais pendant ce temps, faites encore ce que vous faites le mieux : faire du bien et vous faire du bien, ici, aujourd’hui.

C’est comme ça que vous rendrez service au monde.

 

J’aurais voulu vous donner une bonne raison de désespérer… mais c’est loupé !

 

Amen !

 

Pr Arnaud VAN DEN WIELE