Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 02 mai 2010

Culte à Châtillon en Diois (26410)

 

Lectures du Jour :

Lévitique 19, 9-18

Jean 13 31- 35 ( Voir méditations des 15-août-10, 28-avr-13 et 19-mai-19)

Apocalypse 21, 1-5 (voir médiation du 24 Avril 2016)

 


« Aimez-vous les uns les autres »

 

Nous venons de lire un passage très court de l’évangile de Jean. Six versets seulement, mais qui décrivent un moment essentiel du passage de Jésus sur terre.

Reprenons ce texte. Au début, c'est le départ de Judas. Il vient d’accepter le morceau de pain que lui tendait Jésus et s’est ainsi désigné comme le disciple qui allait le trahir, puis  il est sorti. Le processus est enclenché. Plus rien ne s'oppose à ce qui va suivre, l’arrestation  puis la crucifixion de  Jésus. Il prend alors du temps pour parler à ses disciples,  leur annoncer ce qui va se passer,  les former à ce qui les attend. Le salut de l'humanité va pouvoir se nouer maintenant.

 

 Jésus s’adresse donc à ses disciples ;  il les appelle « mes petits enfants » mais cette traduction est trompeuse : le mot grec employé par Jean ne veut pas dire l’enfant jeune, inexpérimenté, l’enfant qu’on élève, qu’on conduit, qui doit apprendre. Ce mot s’applique au descendant, à l’enfant que l’on a engendré, à celui qui est de la famille. La parole qu'il adresse à ses disciples n'est donc pas celle d'un maître s'adressant à ses élèves, mais celle de celui qui parle comme à ses propres enfants, à ses héritiers : c’est bien son testament qu’il transmet : « Je ne suis plus avec vous que pour peu de temps » pour que ses disciples, ses héritiers, puissent continuer son œuvre.

De plus, Jean utilise ici un diminutif, qui est traduit par « petits enfants » alors qu’il faudrait plutôt comprendre « chers enfants », montrant ainsi la relation intime qu’ avait Jésus avec  ses disciples. Et ce diminutif, l'apôtre Jean est le seul à l'utiliser. On le retrouve dans sa première épître, et souvent avec un appel à l'amour des frères. Voilà l'amour que Jésus a pour ses disciples.

 Il leur annonce donc qu'il n'est avec eux que pour peu de temps, qu'il va partir, et que personne ne pourra le suivre là où il va. Est-ce alors la fin de cette vie commune, de cet amour partagé ? Est-ce que tout ce qu'ils ont fait et vécu pendant ces quelques années va s'achever en apothéose, pour cesser, pour s'arrêter ?
            Non, ce n'est pas la fin. Oui les disciples seront seuls sur terre et ce sera maintenant à eux de jouer, de poursuivre  l’œuvre, de témoigner par leur parole, par leur action, par leur sacrifice même de l’existence de Dieu. Et pour cela, Jésus va prendre tout le temps de leur rappeler l’essentiel de ce qu’ils doivent savoir, cette sorte de testament qui leur servira de ligne de conduite, et cela va prendre les trois chapitres suivants à Jean pour nous le rapporter.

 

Mais dans ce passage, avant toute explication, il leur laisse une règle fondamentale,  quelque chose de nouveau qu'il n'a pas encore dit : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous devez vous aussi vous aimer les uns les autres. Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaitront que vous êtes mes disciples. »

Ce commandement est-il vraiment  nouveau. Il nous rappelle celui de l’ancien testament, Lévitique 19,18 :  « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune  contre les enfants de ton peuple ; Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et ce commandement sera rappelé par Jésus à qui l’on demandait pour l’éprouver : « Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? Jésus déclara : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée, c’est la le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ». C’est  en effet toujours le commandement de ne pas haïr, de ne pas se venger, d’aimer celui qui est à côté de vous mais c’est en effet un commandement différent sur plusieurs points, donné pour la première fois par Jésus. C’est un commandement qui n’annule pas l’ancien, mais qui s’y ajoute.

L’ancien commandement s’adresse à une personne : « Tu aimeras ton prochain». Le prochain de l’ancien testament est un membre du peuple juif, pas n’importe qui comme nous le comprenons souvent maintenant, mais c’est seulement celui que l’on rencontre, celui à qui l’on a affaire.

Le nouveau commandement s’adresse à un groupe, à la communauté des disciples, à la communauté des croyants, « Aimez vous les uns les autres ». Et là c’est un groupe plus restreint, surtout à cette époque, mais c’est une obligation pour tous, envers tous et c’est autrement plus exigeant.

 

Mais la différence essentielle vient de l’ajout que fait Jésus : « Comme je vous ai aimés, vous devez vous aussi vous aimer ».  Jésus leur demande de s'aimer les uns les autres comme lui-même les a aimés. L'ancien commandement demandait d'aimer son prochain, tout le monde à côté de nous, comme soi-même. Mais ici, si le public touché est plus restreint, l'amour est plus exigeant. Peut-on seulement imaginer l'amour de Jésus pour ses disciples ? Qui est prêt à mourir pour un des disciples ? C'est ce qu'il leur a demandé. Et c'est ce que beaucoup de disciples ont fait dans l'histoire de l'église, depuis les premiers martyrs de l’Eglise primitive.

Par ailleurs, le mot que le Nouveau Testament utilise en général pour désigner l'amour est très peu courant dans la littérature grecque classique. Par contre le mot désignant l'amour passion en grec classique est lui absent du Nouveau Testament. Que de malentendus encore et toujours sur l'amour. L'amour de Dieu, l'amour pour Dieu, l'amour des frères, l'amour du prochain, et même l'amour dans une famille croyante n'est pas l'amour  avec le sens qu’à ce mot la plupart du temps dans la vie courante, dans la littérature ou surtout dans les médias. Il ne se subit pas, il n'est pas quelque chose qui vous tombe dessus sans qu'il soit possible de s'y soustraire, il n'est pas quelque chose qui cesse un beau jour. Il est au contraire volonté, action, décision. On choisit d'aimer Dieu et le Christ. Et on ne choisit pas entre les prochains, aimables ou pas, entre les frères et soeurs en Christ, aimables ou pas.

     Et la concrétisation de cette différence de vocabulaire grec, qui n'existe pas en français, amène les disciples alors à être différents, et à manifester ainsi ce qu'ils sont, les disciples du Christ, du Dieu d'amour. « Et alors tous sauront, que vous êtes mes disciples ». Et la gloire de Dieu sera ainsi manifestée, par les disciples, alors que le Christ ne sera plus matériellement avec eux.

 

Jésus était, il y a presque deux mille ans en train de célébrer la Pâque avec ses disciples, quand il leur a donné ce commandement nouveau. Il n'est plus corporellement avec nous ce matin. Mais nous savons qu'il est présent tout de même, qu'il nous a envoyé son Esprit, afin de nous donner la force d'aimer.

            Mais aimer, en fait, qu’est-ce que cela signifie ? Car on n’a rien dit de l’amour chrétien. L’amour choisit chaque jour son nom et ce nom  variera suivant les circonstances : Là où il y a oppression il s’appellera résistance, là où il y a mensonge, il s’appellera vérité, là où il y a blessure il s’appellera guérison.

Mais aimer c’est aussi prendre soin de la solitude de l’autre et je citerai en exemple cette ancienne histoire juive : C’est un rabbin qui s’adresse à un juif à la sortie de la synagogue et il lui dit : « m’aimes tu ? »  Oui rabbi « m’aimes tu vraiment ? » Oui rabbi  « Mais connais tu ma douleur ? » Comment pourrais-je mon maître ? « Alors tu ne peux pas m’aimer. Pour m’aimer, tu dois connaître ma douleur. ».

Et probablement ce que signifie aimer, nous ne pouvons pas le décider par nous-mêmes, ni le savoir par nous-mêmes. C’est l’autre qui doit nous le dire. Et c’est l’autre qui doit nous l’apprendre. Et c’est l’autre qui me dira si je l’aime ou non. Cela signifie que pour aimer, il faut aussi donner la parole au non aimé, au mal aimé, d’où l’Eglise, alors que en Eglise d’habitude, résonne seulement la voix de ceux qui aiment ou qui croient aimer.

 

Dieu, Père et Fils, est quelqu'un, quelqu'un qui nous aime, chacun, mais qui aime aussi celui qui est assis devant vous, derrière, à côté. Mais aussi celui qui le prie et le chante dans un autre lieu. Alors, l'amour qu'il nous demande, dont il nous donne la force par le Saint Esprit, doit devenir l'essentiel de notre vie, doit devenir notre vie.

Les anciens commandements sont toujours vrais. Aimons Dieu, Père, Fils et Esprit. Vraiment. L'aimons-nous vraiment ? Il y a des croyants qui passent des longs moments à le louer, à le chanter. Aimons notre prochain comme nous-mêmes. Donc aussi en corollaire, aimons-nous nous-mêmes. Nous avons de la valeur aux yeux de Dieu. Pourquoi n'en aurions-nous pas aux nôtres ? Aimons donc notre prochain comme nous-mêmes. Il y a des croyants que l'amour du prochain pousse vers ceux qui ont besoin de secours. Il y a aussi des croyants que leur amour du prochain pousse à la proclamation du salut, à l'invitation à prendre part à l’annonce de l'Evangile. Que chacun s'examine soi-même pour savoir où il en est dans l'obéissance à ces anciens commandements ? Que chacun se tourne vers Dieu pour lui demander le secours de son Esprit, et le renouvellement de sa vie spirituelle. 

Et il y a aussi le commandement nouveau. Aimez-vous les uns les autres. Notre communauté est-elle une communauté où il apparaît à tous que l'amour des uns pour les autres est visible et glorifie Dieu ? Quel est pour chacun de nous l'amour que nous portons aux chrétiens qui prient ailleurs, qui ont des idées différentes, qui parfois nous hérissent ? Nous avons pour cela aussi sans doute besoin du secours de l'Esprit Saint, et du renouvellement notre la vie spirituelle.

Alors nous pourrons entendre comme s’adressant à nous, la parole de Jésus le Christ : « Comme je vous ai aimés, vous devez vous aussi vous aimer les uns les autres. Si vous avez de l’amour les uns pour les autres tous reconnaitrons que vous êtes mes disciples. »»

 

Amen !

 

Jean Jacques Veillet