Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 22 janvier 2012

Trescléoux (05)

 

Lectures du Jour :

 Jonas 3,1-10

Marc 1,14-20

1 Corinthiens 7, 29-31


 

Se conformer à la parole du Seigneur

 

Le texte de Marc que nous venons de lire décrit l’appel des premiers disciples par Jésus, brièvement, sans aucune explication sur les motivations des uns et des autres. Pour l’éclairer, nous aurons à revenir en arrière de quelques versets, pratiquement au début de l’évangile de Marc, qui commence par le début de la ‘carrière’ de Jésus, sans s’être embarrassé du folklore de sa naissance.

Nous avons lu aussi le récit du prophète Jonas, en mission à Ninive ; un texte différent par le contexte et l’époque, qui ne semble pas avoir de rapport avec le premier, à part les poissons, le gros qui avale Jonas et ceux que pêchent les futurs disciples. Et pourtant il n’est peut être pas là par hasard….

 

Vous connaissez l’histoire de Jonas :

Jonas a d’abord refusé la mission que Dieu lui avait confiée d’aller à Ninive pour prêcher la repentance  aux assyriens, ce peuple « méchant ». Il a fui en bateau pour aller à Tharsis loin de la face de l’Éternel. « Mais l’Éternel fit souffler sur la mer un vent impétueux et il s’éleva sur la mer une grande tempête ». Pour éviter le naufrage, les marins jetèrent à l’eau Jonas, cause de ce danger et il fut sauvé par l’Éternel qui fit venir un grand poisson pour l’engloutir.

Jonas, nous dit-on, resta trois grands jours « dans le ventre d’un gros poisson », c'est-à-dire, un temps infiniment long, dans la solitude et le noir absolu de cet abîme, de ce lieu impossible à quitter. Jonas donc, qui sait que Dieu lui demande de donner sa vie,  Jonas a eu le temps de réfléchir longuement.

 Car, à l’époque, il n’y a pas de peuple plus cruel que les assyriens, et Jonas sait bien qu’il va être massacré dès qu’il aura ouvert la bouche pour leur demander de changer leur mode de vie, de se convertir et de vivre selon les préceptes divins des hébreux, selon la loi de Moïse toujours en vigueur chez les juifs.

Et Jonas après mûre réflexion répond à l’ordre de Dieu : il va aller à Ninive

Il sait qu’il va y mourir. Et il y va seul.

Et contre toute attente, tout le peuple assyrien, à commencer par son roi se convertit, et se convertit sans discussion !

Et Dieu pardonne, à la grande stupeur de Jonas….

 

Stupeur et déception !

Il était prêt à mourir pour sa foi au Dieu d’Israël.

Et cette conversion inattendue lui coupe l’herbe sous le pied !

il perd son rôle de prophète : contesté et massacré !

Il n’est plus en haut de l’affiche, personne ne s’occupe plus de lui

Personne n’a plus besoin de lui,…Dieu n’a plus besoin de lui.

Il entre dans la catégorie des serviteurs inutiles :

et il faudra alors, et c’est la fin de notre récit, que Dieu lui explique que l’important était la conversion du peuple assyrien et non sa mort, à lui,

Même au nom de Dieu et pour Dieu.

 

Revenons à notre texte d’évangile de ce matin, ce récit de l’appel des disciples au 1° chapitre de l’évangile de Marc?

Il se situe peu après le début de la mission de Jésus, appelé lui aussi par Dieu, au moment de son baptême :

Rappelons-nous : « Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix : Tu es mon fils bien aimé, il m’a plu de te choisir. »

Jésus a alors environ trente ans, cet appel se situe au même temps dans sa vie que le texte du prophète dans la vie de Jonas. Et lui aussi ne répond pas aussitôt et a le temps de réfléchir :

Continuons en effet la lecture : « Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan »

Quarante jours de désert c’est-à-dire de face à face avec soi-même, de face-à-face avec l’appel de Dieu, quarante longs jours pour savoir ce qu’Il va faire de sa vie :

Comment répondre à l’appel de Dieu ?

Comment répondre à cet appel dont nous ne savons rien, sinon cette affirmation rapportée par l’évangéliste, qui n’était pas  là au temps du baptême de Jésus :

 « C’est toi mon fils aimé, c’est toi que j’ai choisi »

Jésus était-il conscient dès ce moment de l’importance de cette mission ?

Était –il conscient de son implication devant  la décision à prendre ?

Implication pour lui, pour sa vie ?

Savait-il déjà qu’il risquait la mort ?, comme Jonas ?

Nous n’en savons rien.

 

Nous savons, à peu près, ce que Jésus dit, ce que Jésus fait, mais nous ne savons rien de ce qu’il pense.

Notre texte nous raconte simplement que Jésus commence son ministère, comme nous disons, c’est-à dire le service de Dieu, le service pour Dieu, par choisir des compagnons,

Par choisir  ne pas partir seul,  choisir de proposer à d’autres, individuellement, de venir avec lui, de faire, de cet appel reçu, un appel collectif, à partager.

A partager avec Lui.

Envisageait-il seulement qu’il engageait sa vie ? Qu’il risquait d’aller aussi loin ?,

Jonas pour lui, le savait. Et sa vie a été sauvée.

Peut-être Jésus pensait-il que comme pour Jonas, sa vie serait sauvée, que Dieu interviendrait : rien n’est moins sûr.

Même si, plus tard, à Gethsémané, il l’a espéré

Nul ne peut le dire et les évangiles ne nous en disent rien non plus.

 

Quant aux disciples qui vont suivre Jésus à son appel, d’après le texte, eux n’ont pas réfléchi longtemps, ils n’ont même pas réfléchi du tout.

Ils sont partis sur le champ, sans demander d’explications, comprenant que Jésus était exceptionnel, comme on suit un gourou,

Ce qui explique peut-être leur difficulté ultérieure à comprendre la mission de Jésus :  

Cette mission pressentie par Jean le Baptiste, cette mission que les disciples découvriront tardivement : Être l’instrument de Dieu.

Car, être l’instrument de Dieu c’est engager toute sa vie jusqu’à la fin.

Et souvenez-vous : Jonas l’avait compris et accepté et il a été frustré, peut-on dire, de ne pas aller au bout de sa vie.

Mais il faut quand même savoir que l’histoire de Jonas n’est qu’un merveilleux récit, un conte de la littérature orientale de l’époque, une parabole qui nous dit bien, combien nous devons nous engager selon l’appel de Dieu.

C’est une parabole, car à l’époque où ce texte a été écrit, Ninive était détruite depuis longtemps, l’empire assyrien n’existait plus ;

Mais cela n’enlève rien à la signification du récit !

 

Jésus a donc appelé des disciples qui étaient des hommes ordinaires, des hommes du peuple, peut être les premiers venus: ils étaient d’horizons divers, de courants politiques différents, des manuels et des lettrés… ils ont été appelés.

Certains ont réfléchi, plus ou moins longtemps, certains ont été illuminés, comme Paul sur le chemin de Damas.

Certains sont venus, d’autres pas, certains l’ont quitté, certains sont revenus.

On dit qu’ils étaient douze, mais notre texte ne cite que les quatre premiers qui l’ont suivi.

Pourquoi douze : Douze est un nombre qui signifie un grand ensemble puisqu’on considérait, à l’époque  qu’un nombre est grand au-delà de dix, c’est-à-dire plus grand que ce que l’on peut compter avec les doigts des mains. De plus c’est le nombre des tribus d’Israël appelées à représenter l’humanité toute entière, comme l’a été le peuple hébreu, descendant de tous ceux sortis d’Egypte avec Moïse, quels qu’ils soient, avec leurs défauts et leurs qualités :

C’est donc l’ensemble de l’humanité signifiée par les douze disciples qui est appelée par Jésus à le suivre.

 

Et cela nous importe, car cela nous implique, directement : Nous avons à engager notre vie ! Car tous, nous sommes appelés à suivre Jésus, c’est-à-dire à répondre à l’appel de Dieu comme lui-même y a répondu ;

Mais nous ne sommes pas tous appelés à la même chose,

Dieu ne nous demande jamais que ce que nous pouvons faire dans la mesure de notre foi, comme le rappelle l’apôtre Paul.

Les disciples appelés par Jésus n’ont sans doute pas eu conscience tout de  suite de leur implication dans le plan de Dieu : ils y ont été amenés petit à petit, parfois difficilement, parfois même avec des réactions de recul, de refus, d’abandon, voire de trahison.

Etre chrétien, c’est se mettre dans cette perspective de vivre dans la suite de Jésus le Christ, qui est allé au bout de sa vie à l’appel de Dieu, de le suivre tout simplement, dans le quotidien de nos vies c'est-à-dire dans les petites choses tout en sachant qu’il peut y en avoir de grandes.

 

Amen

 

Jean Jacques Veillet