Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 26 août 2018, 

Culte au Villard de La Beaume (05140)

Lectures du Jour :

Josué 24, 1-18 (voir également  sous cette référence, méditation du 23 Août 2009)

Éphésiens 5, 21-32

Jean 9,1-12




Voir ce que les autres ne voient pas


J’aimerais bien avoir le pouvoir de rendre la vue aux aveugles avec un peu de boue.


Je pense d’ailleurs à nos paroissiennes, hélas, nombreuses, qui souffrent de cécité ou de mal voyance. Elles témoignent combien la perte de la faculté de voir est toujours une tragédie.

Mais au-delà de la guérison d’un handicap, il s’agit dans ce texte d’une autre guérison, pour nous tous : une guérison spirituelle et humaine.


Dans ce passage le Christ donne la vue à un aveugle qui n’a jamais vu de ses propres yeux. Quelqu’un qui n’a jamais vu le monde comme il était. Quelqu’un qui se l’imaginait comme d’autres le lui décrivaient. Quelqu’un qui a toujours été tributaire de ceux qui voyaient pour lui.


C’est une guérison toute simple. Pas de parole magique, pas de rituel particulier. Jésus improvise avec de la terre et de la salive, signes que cette guérison n’est pas d’ordre céleste, magique, ésotérique, mais d’ordre terrestre, intellectuel et spirituel.


Cet aveugle de naissance, c’est chacun de nous ce matin. Il ne s’agit pas d’une anecdote, il y a 2000 ans, très loin d’ici. Il s’agit d’une actualité valable pour tous les chrétiens, génération après génération. Que veut-il nous dire ?

Il veut nous rappeler que ce n’est pas parce qu’on a des yeux que l’on voit. On peut avoir 10 sur 10 aux deux yeux et être complètement aveugle[1]. Et ce depuis même notre naissance.

Le texte veut nous dire que la vue ne baisse pas avec l’âge, mais qu’au contraire, on acquiert la vision au cours de sa vie. Une vision du monde nouvelle et inconnue qui permet de voir de ses propres yeux et ne plus voir les choses et les gens comme on nous a appris à les voir, les imaginer, les juger.

Comment cela est-il possible ?

Comment puis-je être aveugle ce matin ?

Et si je le suis, comment recouvrer la vue ?


On dit qu’il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. C’est tellement vrai. Voir n’engage pas seulement les yeux mais toute notre pensée. Voir ce n’est jamais que voir. Voir c’est interpréter, voir c’est comprendre, voir c’est apprendre. Ne dit-on pas « je vois » pour dire « je comprends » ?


Pourtant, bien souvent, voir se résume à regarder. En spectateur. Et puis on passe à autre chose, sans se sentir concerné. Voir, c’est au contraire se sentir consterné. Consterné par l’injustice, la violence, le cynisme, le fatalisme qui gangrène le monde. Voir c’est avoir de la compassion, avoir des sentiments, des émotions, à la vue de la misère et de la déchéance de mon semblable.

Qui voit les hommes, les femmes et les enfants qui viennent d’Afrique au péril de leur vie et que les grandes puissances se rejettent les unes les autres ?


Leur vie vaut-elle moins que la nôtre parce qu’ils sont Africains ?

Leur vie vaut-elle moins parce qu’elle n’a pas de valeur économique à nos yeux ?

Si nous le pensons, c’est que nous sommes aveugles. Aveugles de l’humanité. Aveugles du Christ.

Qui voit la crispation qui se saisit de notre monde aujourd’hui ?

Politique ou religieuse, la parole se fait dure. L’intolérance et la violence sont à la mode. Et plus c’est gros, plus ça passe. Le 20ème siècle ne veut pas mourir pour laisser la place au 21ème pourtant inéluctable. Les autoritarismes d’hier reviennent à la charge et cela semble presque normal. À la vue de certains, c’est même souhaitable.

J’entends ici ou là : « Une bonne guerre ferait du bien ». Cela m’écorche d’autant plus les oreilles que cette parole sort de la bouche de ceux qui ne l’ont jamais faite, jamais vécue ! Dans un sondage récent qui analyse l’état d’esprit des Français, c’est le mot résignation qui ressort.


Si nous sommes résignés, fatalistes, alors nous sommes aveugles,

Aveugles d’humanité, aveugles du Christ. Aveugles et déjà morts.

Mais Dieu n’est pas le dieu de la fatalité et de la résignation. Il est, au contraire, le dieu du renouveau et de la résurrection. Si je crois au Christ, si je me confie à lui, alors l’Évangile m’ouvre les yeux sur le monde. Je ne suis plus obligé de croire aveuglément que l’étranger est un nuisible. Je ne suis plus obligé de croire aveuglément que c’était mieux avant et que la fin du monde est pour demain. Je ne suis plus obligé de croire aveuglément que je suis coupable de tous les malheurs du monde.

Mais je ne suis plus obligé non plus de croire que je ne suis responsable de rien !

Car si la foi bien comprise ouvre les yeux, elle ouvre aussi les mains, le cœur et les bouches. Elle ouvre les porte, les comptes en banque et les frontières.


Ouvrir les yeux, c’est voir tout ce que je peux faire, à mon échelle, et que je m’interdisais de faire, parce que je vivais dans la nuit des interdits, dans la nuit des impossibles, dans la nuit des fatalismes.

Oui, chères sœurs, chers frères, ouvrez les yeux et voyez tous ce que vous pouvez faire à la seule force de votre foi !

Voyez tout ce que chaque jour, par un geste, par une parole, par un acte, par un engagement, combien déjà le monde peut être rendu meilleur. C’est parfois infime, mais l’infime est l’échelle de l’humain, comme ce crachat du Christ et cette pincée de terre qui offre un nouveau monde à voir et à aimer.


Je voudrais juste vous donner un exemple concret : nous étions en vacances à Dunkerque, et de retour de la plage – les fameuses plages historiques – je remarquai le nombre incroyable de détritus abandonnés par les gens. Il y en avait vraiment beaucoup : bouteilles en verre ou en plastique, papier aluminium, couches culotte, jeux de plage…

Je n’en croyais pas mes yeux !


Pourtant beaucoup semblaient ne pas les voir, ne plus les voir, ne plus y faire attention.

Alors chaque jour je ramenais dans une poubelle avec moi autant de déchets que je pouvais. Un homme assis sur un banc, qui regardait mon manège, me dit : « pourquoi vous faites ça ? » Alors j’ai répondu : « Et pourquoi je ne le ferais pas ? »

Ouvrir les yeux, c’est voir plus loin que le bout de son nez. Moi je voyais déjà ces déchets au fond de la mer, dans le ventre d’un poisson. Et j’ai dit non. Je pouvais faire quelque chose, là, tout de suite ! Nous le pouvions tous sur cette plage.

Nous le pouvons tous, chaque jour sur cette terre.

Alors ouvrez les yeux, mes amis !


Ça ne coûte pas les yeux de la tête d’être chrétien. Oser simplement avoir un œil neuf sur soi et sur ce qui nous entoure.

Poser les lunettes de l’habitude, poser les lunettes du jugement, poser les œillères des principes.

À nous maintenant d’ouvrir les yeux aux aveugles de notre temps.

À nous maintenant de donner une autre vision du monde et de l’humanité, à nos contemporains,

À nous maintenant de voir les miracles de Dieu dans nos vies.


Amen !


Pr Arnaud Vandenwiele


[1] Tu te dis: Je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien, mais tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu, et tu ne le sais pas. (Apoc 3,17)