Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 12 août 2012

Culte à Trescléoux-05700

Lectures du Jour :

Proverbes 9, 1-6

JEAN 6 51-59

Éphésiens 5, 15-20 (Voir également sous cette référence, méditation du 16 août 2015)




« Notre nourriture »


Relisons un des versets du texte d’aujourd’hui, celui qui résume tout ce passage, le verset 53 : "En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas en vous la vie", Ces paroles de Jésus sont au premier abord pour le moins troublantes, voire stupéfiantes. Faites les lire à un incroyant et vous imaginez facilement le résultat. Comment peut-il comprendre leur sens. Et effectivement on se demande à quoi Jésus veut faire allusion, et face à des expressions aussi crues, on pense tout de suite au cannibalisme, aux rites occultes ou aux sacrifices humains. Mais comme ces pratiques sont totalement contraires à tout ce que nous savons de l’enseignement de Jésus, il faut chercher plus loin. C’est bien évidemment une provocation de Jésus, une exagération pour frapper ses interlocuteurs et leur faire comprendre quelque chose de très important, qui est fondamental pour lui.


Recherchons donc dans quel contexte ses paroles sont prononcées.


Jésus parcourt la Galilée, son pays natal, suivi par une grande foule qui le suit parce que les gens ont vu les guérisons qu’il a opéré sur des infirmes, signes d’un pouvoir surnaturel. Il s’est retiré à Capharnaüm avec ses disciples. Mais la foule le poursuit et le retrouve et ils se rassemblent tous dans la synagogue. . Ils ont la veille été témoins d'un miracle, d'un signe comme dit l'évangéliste Jean : Jésus a nourri cette foule de cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons. Quelle conclusion vont-ils tirer de cet événement extraordinaire ? En quoi va-t-il changer leur vie ? Que peuvent ils y découvrir au sujet de Dieu ? Jésus va les provoquer pour qu’ils se posent des questions, qu’ils se rendent compte du sens des évènements qu’ils vivent. Il ne va pas leur donner de répit avant qu'un certain nombre de vérités ne soient dites, dont cette parole si troublante à propos de sa chair et de son sang.


La plupart des assistants ont vécu cette multiplication des pains en se souvenant de l’Exode, de la traversée du désert et de la manière dont le peuple juif a été nourri miraculeusement par la manne tombée du ciel ; Ils voudraient voir en Jésus une sorte de nouveau Moïse, Celui qui va conduire le peuple vers la terre promise, vers le royaume de Dieu qui doit être établi pour Israël, celui qui va montrer la manière d’y parvenir, d’y entrer. Mais pour cela il faut qu’il convainque. Ce n’est pas facile car il est chez lui, en Galilée et que les assistants pour beaucoup le connaissent depuis longtemps, l’ont même peut être vu naître. Nul n’est prophète en son pays…Pour apparaître vraiment comme Moïse, il aurait fallu qu’il réalise un miracle beaucoup plus significatif que le simple partage de quelques pains ; il aurait fallu que ces pains tombent au moins du ciel..Et ils exigent une preuve : « Mais toi-même, quel signe fais-tu, en sorte que nous voyions et que nous puissions te croire ? ». Jésus leur dit qu’ils font fausse route : « Il faut vous mettre à l’œuvre pour obtenir, non pas cette nourriture périssable, mais celle qui est source de vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera, car c’est lui que le Père a marqué de son sceau ».Et pour cela, « il faut croire celui qu’il a envoyé ». Et il ajoute : « En vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel, car le pain du Ciel c’est celui qui descend de Dieu et qui donne la vie au monde. »


Et l’enseignement de Jésus se conclut ainsi :

  • « Je suis le pain vivant qui descend du ciel » ce qui veut dire : Je suis celui dont vous devez nourrir vos pensées et vos actions
  • « Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’Eternité » : Celui qui se nourrira ainsi aura une vie comblée.
  • « Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie » : Et le don que je fais au monde, c’est moi-même, ma personne, donnée pour que l’humanité vive.
  • « Celui qui boit mon sang a la vie éternelle » : Celui qui comprend le sens de ma vie a tout compris.


Nous sommes au verset 51, le premier du passage d’aujourd’hui et tout est dit. La suite est vraiment répétition et insistance pour que tout soit bien compris


Et nous devons quand même bien préciser le sens des mots :

  • « la chair », dans l’usage biblique, c’est la personne humaine, telle que Dieu la crée, avec toutes les limites et les faiblesses naturelles de l’homme. Ce n’est pas seulement l’aspect physique de l’homme mais c’est aussi l’aspect mental, affectif et spirituel.

Mais le même mot est utilisé pour la viande, ce qui est source de malentendus…

  • « le sang », lui, est porteur de vie. Le sang, c’est la vie.


Et nous ne pouvons aussi nous empêcher de faire un parallèle avec l’institution de la Cène dans les trois autres évangiles. Les termes employés dans l’évangile de Matthieu, par exemple sont très semblables : à propos du pain, il dit : « prenez, mangez, ceci est mon corps », et à propos de la coupe : « Buvez en tous, car ceci est mon sang… ». Jean se permet cependant d’être plus explicite et en quelque sorte plus brutal quand il dit : « Ma chair est vraie nourriture et mon sang vraie boisson ». Ces expressions sont tellement crues que, comme les juifs qui écoutaient Jésus, nous ne pouvons pas y croire dans un sens matériel et comprenons bien qu’il ne s’agit que d’une image et que le sens est symbolique. D’autant plus que Jésus s’exprime dans une synagogue et non au cours d’un repas ou la distinction entre l’interprétation matérielle et l’interprétation spirituelle de ces termes serait plus difficile.

Jean décrit cependant un peu plus tard le dernier repas avec les disciples mais il n’est pas question, au cours de ce repas, du partage du pain et du vin et de leur signification spirituelle. Au contraire, c’est un geste de service, le lavement des pieds de chaque disciple, qui est le dernier geste de Jésus vis-à-vis d’eux.


Cette séparation des lieux a probablement été voulue par Jean pour enlever toute ambigüité concernant l’idée de boire le sang du Christ et de manger sa chair. L’image est belle, bien répandue dans l’Antiquité, mais le risque est trop grand, encore plus à l’époque qu’aujourd’hui, de prendre l’idée au sens littéral, comme déjà certains chrétiens commençaient à le faire. Jean écrit à la fin du premier siècle, un demi-siècle après la lettre de Paul aux Corinthiens qui doit déjà rappeler qu’il s’agit d’un geste fait « en mémoire de Jésus ». A l’époque, des interprétations plus ou moins superstitieuses, faisant intervenir des phénomènes surnaturels consistant à manger vraiment le corps du Christ, couraient déjà. Donc Jean parle ici du Christ, nourriture pour les hommes, alors que l’on n’est pas à table, et s’explique amplement. Il parlera plus tard du dernier repas et du lavement des pieds des disciples qui est parfaitement réaliste et ne donne pas lieu à des interprétations magiques.


Restons donc sur cette interprétation purement spirituelle de la Cène, geste de mémoire, action de nourriture spirituelle, geste de confiance en Dieu.

Souvenons-nous du prologue de cet évangile où il est question de la Parole de Dieu : « Au commencement était la Parole et cette Parole s’est faite chair ». C’est bien cette parole que nous recevons par l’intermédiaire de Jésus, de ses actions, des messages qu’il a donnés dans ses prédications, parole qui nourrit nos pensées et nos actions.


Ainsi nous recevrons, à l’écoute de cette parole de Dieu qui nous accompagne, la nourriture qui nous permettra d’avoir une vie comblée.


Amen !


Jean Jacques Veillet