Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 14 AVRIL 2013

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jean 21 1- 19

Actes 5, 27-41

Apocalypse 5, 11-14




Que t’importe ? Toi, suis-moi !


C’est bien la résurrection qui fut l’idée centrale à partir de laquelle le christianisme s’est répandu, en Asie mineure d’abord, puis tout autour du bassin méditerranéen. Jésus est mort, mais il ne nous a pas quittés, il reste avec nous. Mais de quoi s'agit-il exactement ?

En quoi consiste cette fameuse résurrection ? Les textes du nouveau testament ne sont pas très clairs ni précis et vous ne devez pas vous attendre à ce que je sois aujourd’hui plus explicite que les textes eux-mêmes.


L’apôtre Paul, qui fut le premier à écrire sur la résurrection, pose bien la question en I Co 15, 35 : « Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? » Il y répond d’abord par une comparaison avec la végétation. De même que la plante meurt en laissant un grain nu qui redonne la vie l’année suivante en formant une autre plante, de même sera la résurrection. Si l’on prenait la comparaison à la lettre, il ne s’agirait que de la vie qui se poursuit à travers la succession des générations. L’apôtre précise sa réponse au verset 44: « Semé corps animal, celui-ci ressuscite corps spirituel » c'est-à-dire « le corps est semé matière, il ressuscite esprit ». La résurrection est ici dans la spiritualité, dans la pensée. Et les penseurs chrétiens, comme Thomas d’Aquin et bien d’autres ont repris ce schéma : C’est dans le domaine de l’esprit que nous pouvons concevoir la résurrection. D’où la réticence des réformés vis-à-vis de ce passage du symbole des apôtres ; « nous croyons à la résurrection de la chair » expression qui d’ailleurs ne se trouve pas dans la bible.


Si nous revenons aux évangiles, ils marquent également un certain embarras pour expliquer la résurrection. Alors qu’ils témoignent entre eux d’une certaine cohérence globale, s’agissant de la vie de Jésus, avant sa mort sur la croix, les récits des événements qui suivent la crucifixion sont extrêmement dissemblables, d’un évangile à l’autre. On sent que les auteurs ont eu un peu de mal à expliquer la bonne nouvelle d’un Jésus qui, bien que mort, continue à vivre parmi les siens. Ils le font en racontant des apparitions mais leurs descriptions sont bien différentes d’un évangile à l’autre. Les lieux, les bénéficiaires de ces apparitions, les conversations ne sont plus les mêmes. Ils sont l’expression personnelle de la foi des évangélistes plutôt qu’une réalité factuelle.


Et nous quittons ainsi le domaine de la description historique pour entrer dans celui de la foi : ces apparitions sont construites et décrites pour exprimer des impressions, des sentiments, des émotions, des vérités ultimes que les mots seraient incapables de signifier s’ils restaient enfermés dans le réalisme de la vie ordinaire. Nous n’avons donc pas à nous étonner de cette diversité des descriptions d’apparition, mais à rechercher ce que chacune d’elle a voulu exprimer, pour donner un contenu à cette résurrection dont tout le monde parle et que personne n’explique.


Tout à la fin de son évangile, l’évangéliste Jean a placé une conclusion qui résume bien son objectif, dans la ligne de ce que nous expliquions ci-dessus: « Jésus à opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas consignés dans ce livre. Ceux–ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. ».


C’est tout, c’est fini, l’évangéliste a rapporté et expliqué ce qui était nécessaire.

Plus tard, le texte de cet évangile a été remanié et augmenté pour mieux convaincre le lecteur ; et le chapitre 21 que nous avons lu a été rajouté pour résumer ce qui est fondamental par le récit d’une apparition de Jésus que nous ne trouvons nulle part ailleurs.


Reprenons maintenant ce récit : Nous sommes quelque temps après la crucifixion et la résurrection. Les 7 principaux disciples, dont Pierre, Thomas, Jean et Jacques ont quitté Jérusalem et sont rentrés chez eux en Galilée et la vie reprend son cours. Il faut reprendre son travail et Pierre part pêcher. Les autres l’accompagnent, c’est aussi leur métier mais peut être veulent-ils aussi encore rester ensemble. Ils seront ainsi plus forts pour surmonter le souvenir de ce qui vient de se passer à Jérusalem.


Cette nuit là ils ne prennent rien et reviennent au petit matin vers le rivage. Un homme est là, qui semble les attendre. C’est Jésus qu’ils ne reconnaissent pas et qui leur demande : « Enfants, avez-vous à manger ?». La question n’est pas sur le résultat de la pêche, sur le succès ou l’échec, mais sur la vie. C’est la vie qui est son souci, la vie matérielle comme la vie spirituelle. Et la réponse est « non » ; non, ils n’ont rien; non, rien ne va, ils se sont décidés à reprendre leur travail, ils l’ont fait ensemble pour se donner courage et c’est ce matin un échec.


Jésus leur donne alors une autre chance, une possibilité de recommencer, de ne pas rester sur cet échec : « Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez ». Ils ne se posent pas de questions, ils obéissent. Et c’est la pêche miraculeuse ; 153 poissons sont pris, autant dire une multitude innombrable. C’est de nouveau une pêche miraculeuse, comme celle par laquelle Jésus les avait appelés autrefois. Et l’appel de Jésus est cette fois sous-entendu mais réel : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes ; ce sont des êtres humains que vous rendrez à la vie ». Alors enfin ils le reconnaissent.


A terre, le feu est allumé, avec du poisson posé dessus. Jésus les invite à manger et ils acceptent sans oser lui demander qui il est, ce dont ils se doutent bien. Jésus partage et leur distribue le pain et le poisson, renouvelant par ce geste le dernier repas et montrant ainsi qu’il est bien le Christ ressuscité. Puis il questionnera Pierre, qui est resté sur son triple reniement du jour de la crucifixion et déclarera 3 fois de suite qu’il l’aime. Il sera ainsi pardonné et Jésus le chargera d’être le berger de ses brebis et d’en prendre soin.


La leçon que l’évangéliste veut nous donner par cette histoire est manifestement multiple :


1- Comme les disciples, nous ne devons pas rester seuls. Pierre a remis en route leur groupe, Jean a reconnu le Christ, tous ont tiré le filet ; et tout cela au bénéfice de tous. Ils étaient groupés pour suivre Jésus, ils le restent toujours. Dans l’échec et la désespérance ou dans la réussite.


2- Comme eux, nous ne sommes pas seuls : Jésus est là pour se soucier de nous, s’inquiéter de nos difficultés. C’est l’ami qui nous aime, qui accomplit la promesse que Matthieu nous cite à la fin de son évangile : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Il est là pour nous aider quand cela va mal, nous donner une nouvelle chance, en nous indiquant de quel côté jeter le filet, en nous donnant la possibilité de recommencer quand nous avons échoué.


3- C’est lui qui nous donne l’espérance, parce que nous savons qu’il est là et qu’il nous aime, bien que nous ne le voyions ni ne l’entendions. Et aussi parce que nous savons que, comme Pierre, nous sommes toujours attendus par Dieu et que nous serons toujours pardonnés.


4- Mais les disciples sont au nombre de 7. Ce n’est pas par hasard, 7 veut dire la totalité. Jésus a besoin de tous ses disciples, c'est-à-dire de tous ses fidèles, de nous tous, pour aller à la pêche, c'est-à-dire prendre vivants, rendre à la vie les hommes qui nous attendent. Et c’est une pêche autrement difficile que d’amener ces hommes à Dieu. Mais il y a 153 poissons, c'est-à-dire une multitude indénombrable, toute l’humanité en fait. La tâche est immense mais nous ne sommes pas seuls.


5- Et tous nous formerons ainsi son Eglise, qui se réunira autour de lui et célèbrera sa présence invisible par ce repas de pain et de poisson. Comme les disciples qui ne lui demandent pas qui il est parce qu’ils savent que c’est lui, nous saurons qu’il est là parce que ce savoir est celui de la foi qui dépasse celui des sens et de la raison.


Christ est ressuscité, mais si nous cherchons à le voir le long d’une route, sur un rivage ou autour d’une table nous ne le verrons pas. Si nous croyons le voir, ce ne sera déjà plus lui car il n’est plus que la Parole, que l’Esprit Saint.


Et, nous savons que Christ est ressuscité, non pas parce que nous croyons à la réalité de cette histoire, qui a été « écrite pour que nous croyions » mais parce que cette histoire et l’évangile qu’elle résume nous ont été transmises et que nous avons ainsi entendu la Parole du Christ


Et nous, comme ces disciples, nous pouvons dire autour de nous : « C’est vrai, le Seigneur est bien ressuscité, nous avons entendu sa Parole ».


Amen !


Jean Jacques Veillet