Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 12 avril 2015

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Actes 4, 32-35 (voir également sous cette référence, méditation du 11 Avril 2010 et du 15 Avril 2012)

Jean 20 19-31

1 Jean 5,1-6



Le Christ est toujours parmi nous


Il est difficile de témoigner de la résurrection, de témoigner de ce qui s'est passé en ce premier dimanche de Pâques de l'histoire de la chrétienté. Il est difficile d'expliquer de manière concrète, de manière logique et intelligible cet événement qui reste un mystère pour nous aujourd'hui encore. Jean l'évangéliste s'y essaye, de nombreuses années après les faits, en s'adressant à sa communauté. Et vraisemblablement rencontre-t-il lui aussi les mêmes difficultés que nous face à cet événement extraordinaire. Et pourtant la tradition nous dit qu'il est un des "témoins" de cette longue journée.

Il ne faut pas penser que les gens de cette époque étaient moins intelligents que nous, qu'ils avaient moins l'esprit critique, et qu'on leur faisait avaler n'importe quoi. Et dans notre récit Thomas est sans doute représentatif de ses contemporains ; Lorsqu'il entend les autres disciples affirmer qu'ils ont rencontré le Seigneur, il leur répond : "Si je ne le vois pas de mes yeux, si je ne touche pas de mes mains, si je n'ai pas les preuves concrètes de sa résurrection, les preuves palpables, alors vous pourrez raconter n'importe quoi, je ne vous croirai pas"

Oui, le mystère de la résurrection est un mystère insondable et... incompréhensible.


Reprenons dans le texte de Jean ce qu'il dit réellement et aussi ce qu'il ne dit pas.


C'est la nuit du dimanche de Pâques. Le matin, Jésus est apparu à Marie de Magdala. Marie s'est alors empressée d'aller annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur. Quelle bonne nouvelle ! Mais apparemment, les disciples n'y ont pas cru. L'annonce de Marie ne les a pas rassurés. Et le soir, les voilà réunis dans une maison, dont ils ont verrouillé les portes. Ils se sont enfermés comme pour mieux résister à tout ce qu'ils ne comprennent pas. Les expériences de ces derniers jours ont en effet tout remis en question dans leurs certitudes : l'arrestation du Maître, leur fuite, l'interrogatoire, le procès, leurs désillusions. Et puis la mort.


Tous ces événements se sont bousculés et les disciples ne gardent qu'un sentiment de profonde amertume et sans aucun doute la certitude de n'avoir pas fait ce qu'il fallait faire. Ils se sentent coupables, pleins de sentiments confus. La nuit les environne. Et c'est non seulement la nuit dehors. C'est aussi la nuit dans leurs pensées, la nuit dans leur âme. La nuit les environne et ils sont comme enfermés dans leur peur. Peur des représailles et de la vengeance, puisqu'ils se sont affichés publiquement comme les amis de celui qui a troublé l'ordre public. Ils ont aussi peur d'eux-mêmes et peut-être également de Dieu. Ils ont perdu leurs références. Ils ont peur de ne plus croire. Ils se trouvent seuls face à l'inconnu.

Et voilà nous dit l'apôtre, que Jésus vient, se tient au milieu d'eux et leur dit : « la paix soit avec vous ! »

Vous ne lirez dans aucun passage de l'Évangile le terme "apparition". Il n'y a pas d'apparition dans les Évangiles, Il n'y a rien de surnaturel. Non, écrit Jean, Jésus est simplement présent. Et pour les disciples, pour celui qui écrit l'Évangile, Jésus est réellement présent parmi eux, même si à aucun moment dans le texte il n'y a de contact physique.


Relisez les textes, il n'y a pas de contact physique, à aucun moment. Christ est présent. Il insuffle son Esprit et il donne sa paix à ses disciples. Et c'est ainsi que l'on ressent cette présence, cette présence mystérieuse du Christ, parmi nous, son Église.


Et il y a Thomas. Thomas est un disciple, il connaît bien Jésus, il l'a fréquenté, il l'a accompagné. L'Évangile de Jean nous en parle à d'autres moments. Thomas, c'est en quelque sorte l'esprit fort du groupe, celui qui ne se laisse pas influencer facilement. Thomas, ce n'est pas forcément celui qui doute, comme veut nous le faire croire la tradition. Thomas, c'est celui qui veut savoir, qui veut mettre sa foi à l'épreuve de son intelligence. Il veut toucher du doigt. Il veut avoir des preuves concrètes. Ce qu'il faut lire dans cet évangile, c'est que Jésus ne refuse pas les exigences de Thomas. Si la résurrection est un mystère, elle n'est pas un mystère qu'il est interdit de questionner. Si la résurrection est un mystère, on peut réfléchir à son sujet. On peut travailler, on peut essayer de comprendre ce qui s'est passé. Cela n'est pas interdit. Jésus même y invite Thomas : mets ton doigt ici, regarde, avance, met la main dans mon côté, cesse de douter, crois ! Jésus lui-même invite Thomas à faire cette réflexion, cette recherche, à faire cette expérience.

Et pourtant ! Lisez bien le texte. Thomas ne touche pas. À aucun moment, il n'y a de contact physique. Mais il y a tout autre chose. Il y a cette parole qui lui est adressée, cette parole du Christ. Thomas ne touche pas. Il a en effet découvert que la résurrection a une autre réalité que l'apparence physique. Thomas ne touche pas physiquement car il est touché intérieurement. C'est au plus profond de lui-même que la résurrection est devenue une réalité. C'est désormais une conviction intérieure, que l'Esprit de Dieu a déposée en lui. Et Thomas le reconnaît quand il répond : "Mon Seigneur et mon Dieu !" C’est, en quelques mots, toute une confession de foi qui va bien au-delà de ce que Thomas vient de constater.

Ainsi, ce soir là, Jésus est présent parmi ses disciples.


Il leur a donné la paix, montré ses mains et son côté, et ils l’ont reconnu. Oui, ils s'attendaient sans doute à tout sauf à cela. Et pourtant, pourtant il est là au milieu d'eux et leur cœur est rempli de joie en voyant le Seigneur. C'est comme un bouleversement. Rien ne sera plus jamais comme avant. Celui qu'ils croyaient mort, éliminé par la méchanceté des hommes, est là, bien vivant. Il leur donne du courage. Bien plus, « en soufflant sur eux et leur disant : Recevez l’Esprit Saint », il les ramène à la vie. Le terme qui est utilisé par Jean pour décrire ce moment est le même que celui utilisé dans le récit de la Genèse, pour la Création, lorsque Dieu insuffle, donne le souffle au premier homme. C'est vraiment une réelle re-création que l'Église primitive vit en recevant le Seigneur.


Ils sont là avec une force nouvelle, mais aussi avec un défi nouveau : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Les disciples sont envoyés en mission pour prendre la suite de Jésus, pour diffuser le message reçu au cours du temps passé avec lui. Mais il leur dit aussi : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». Quel défi ! Quelle difficulté ! L'Église y a vu, trop souvent, un pouvoir qui lui serait dévolu, le pouvoir de donner le salut ou bien de le refuser. Mais ce n'est pas de cela dont il est question ici. C'est de bien autre chose : ce qui est en jeu ici est simplement le rétablissement des hommes. À ceux qui sont dans la difficulté, à ceux qui n'arrivent pas à se considérer comme justes, à ceux qui se morfondent constamment dans le péché, les disciples peuvent par l'Esprit saint annoncer la grâce donnée par Dieu pour tous les hommes, si tant est que l'on se tourne vers Lui et que l'on reconnaisse ses fautes.


Mais la deuxième partie de la phrase de Jésus demande une explication. Il ne s'agit pas de pardonner n'importe comment, n'importe quoi. Pour qu'il y ait véritablement pardon il faut qu'il y ait retour sur soi-même. Il faut qu'il y ait reconnaissance de ses fautes. Pardonner à celui qui ne reconnaît pas sa faute et se croit dans son bon droit, risque de l'enfermer dans sa justification, et donc dans sa faute. Retenir au contraire la parole de pardon, de libération, ce n'est pas se détourner du coupable, ni le rejeter, c'est au contraire l'accompagner sur un chemin difficile et souvent douloureux pour les deux, c'est lui laisser la possibilité de comprendre son erreur et de se repentir.


Dieu n'impose pas son pardon, il le propose ; il le propose comme un retour à celui qui se tourne vers lui et qui le demande.

Jean, le disciple, a témoigné ainsi, longtemps après, de ce qu’il avait vécu, ce dimanche soir, avec les autres disciples. Il l’a fait d’abord pour son Eglise dont les membres se réunissaient le dimanche soir dans un lieu clos, par crainte des persécutions, pour leur expliquer que le Christ était là, parmi eux, et qu’ils recevaient sa parole, comme lui l’avait reçue à l’époque. Il s’est mué en Jean l’Evangéliste pour que son témoignage reste et nous soit transmis. Comme il le dit, « Ceci est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom »

Et cela s’adresse à nous aujourd’hui, c’est nous, maintenant, qui répétons cette scène.

Nous sommes réunis dans ce temple. Nous avons reçu l’assurance de la présence du Christ parmi nous. La Grâce et la Paix nous ont été données de sa part, ainsi que le Saint Esprit. Et surtout il y a sa parole que nous avons écoutée. Cette parole qui nous interpelle, qui nous invite à réfléchir, qui nous met à l’épreuve. Mais cette Parole qui en fin de compte nous dit tout l’amour de Dieu pour son peuple et nous invite à le suivre.

Et c’est nous maintenant qui sommes envoyés en mission, pour annoncer à tous que Jésus le Christ est présent parmi nous par sa Parole et que nous pouvons nous libérer de notre péché pour peu que nous sachions nous tourner vers Dieu pour nous présenter à lui tels que nous sommes.


Amen !


Jean Jacques Veillet