Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 12 AVRIL 2009

Culte de Pâques *  Gap (05000)

Lectures du Jour :

Actes 10, 34-43

1 Corinthiens 5, 6-8 

Jean 20, 1-9





Regarder, marcher de l’avant

C’est encore Pâques cette année !!

Nous sommes nombreux pour cette fête, heureux aussi ; parce que Pâques est une fête joyeuse.

Mais de quoi sera fait demain ?

A vrai dire, demain, quand le moment de fête sera passé, combien d’entre nous seront exactement comme les deux Marie et Salomé, avec leurs aromates ?


Oui, combien auront des pensées, des gestes mortifères ?

Combien d’entre nous retomberont comme un soufflé et retourneront dans leurs tombeaux ?

Vous allez me dire : mais c’est quoi notre tombeau ?


Nos tombeaux, c’est tout ce qui nous enferme ! Tout ce qui a du poids sur nos vies et n’est pas positif. C’est peut-être une déprime ; la peur de l’avenir ; l’angoisse pour ses enfants ; la peur de ne pas joindre les deux bouts ; une aventure extraconjugale ; un travail insatisfaisant…Oh ! des tombeaux, nos maisons et nos vies en recèlent souvent…

Alors, allons-nous ressortir de ce temple et nous concentrer sur nos aromates, ceux qui vont nous embaumer ? Allons-nous baisser la tête sur tout ce qui nous fait mourir à petit feu ?

Allons-nous rester la tête baissée, victime ?

Une deuxième attitude peut aussi être risquée pour nous :


Les trois femmes parlent entre elles : «  qui nous roulera la pierre loin de l’entrée du sépulcre ? ».

Allons-nous repartir tout à l’heure, reprenant le chemin de nos habitudes et marmonnant contre les autres ? Parce que si souvent, dans nos vies, nos tombeaux, c’est la faute des autres ! Faute du patron, faute de l’Etat, faute du conjoint, faute de l’enseignant, faute des enfants, faute du propriétaire, faute de l’administration, faute de tout le monde…

Une troisième attitude peut aussi nous attendre : prendre ses jambes à son cou.

Les trois femmes sont , je trouve, très courageuses : au lieu de fuir, de crier « au voleur » parce que la pierre du tombeau est roulée, elles entrent ; elles affrontent le «  problème ».


En ressortant du temple, prendrons-nous nos jambes à notre cou pour ne rien affronter ? Ferons-nous l’autruche sur les situations que nous vivons ou qui nous entourent ? Serons-nous de ceux qui attendent que les problèmes s’aggravent ? Serons-nous de ceux qui sont comme les trois singes du kukluxklan ? Les oreilles, les yeux, la bouche, non seulement sur ce qui nous pourrit la vie, mais aussi sur ce qui pourrit la situation de nos contemporains ?


Un ange en blanc, Un jour en noir, Des larmes tout en marchant, Des souvenirs en mémoire, Un maître meurt, Une mère  pleure, Le vide de la peur, Un silence sans heure, un manque ineffable, une déchirure inénarrable, le gouffre pourrait les aspirer, et pourtant…


Elles lèvent les yeux.

Les trois femmes regardent le problème en face. Elles en ont un énorme, de problème. Un roc qui bouche l’entrée du tombeau.

On pourrait se dire qu’elles ont agi à la légère ( ah ! les femmes !!) ; elles auraient quand même pu se poser la question avant…

Pourtant, elles savent ce qu’elles veulent, et elles n’hésitent pas , malgré tout, à faire la démarche. Il y a un pas qui est fait. Elles savent qu’elles vont se retrouver devant un énorme rocher qui va leur barrer le passage. Elles se tiennent devant, à la recherche d’une solution.

Elles sont debout, ces femmes, malgré le chagrin, malgré l’horreur. Elles se sont levées au lieu de baisser les bras, de rester couché et de dire : «  de toute façon , ça ne sert à rien ».

Elles levèrent les yeux. « Je lève les yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours«  ? Crie le psalmiste.

Lever les yeux.

Les yeux sont les fenêtres de l’âme, écrivait Rodenbach.

Lever les yeux, n’est-ce pas déjà une attitude positive ? Ne pas fuir devant ce qui nous encombre ; ne pas rester nos fenêtres de l’âme rivées à nos pieds ; lever les yeux et regarder en face tout ce qui nous mine et nous paraît impossible, à vues humaines, à résoudre. Regarder droit dans les yeux toutes ces énormes pierres qui encombrent notre vie, et nous empêchent d’avancer ; et nous empêchent de vivre.

Après cette attitude des femmes de regarder directement au problème, une autre attitude paraît surprenante : elles entrent dans le tombeau.

Plus d’un, plus d’une aurait pris ses jambes à son cou ; d’abord, parce que quand ça ne se passe pas comme prévu, dans notre vie, on a bien du mal à faire face ; on se situe souvent dans les regrets du style «  j’aurais pu ; j’aurais dû », et on plonge dans une culpabilité dévorante.

Ou encore on rejette la faute sur les autres ; sans lui, sans elle, ça ne se serait pas passé comme ça…

Les trois femmes, au lieu de rester des heures à se demander le pourquoi du comment et à se triturer les méninges, elles ne voient qu’une chose : leur problème premier est résolu !!

Et que font-elles ? Elles avancent ; elles ne restent pas statiques. Elles avancent.

Après avoir levé les yeux, regardé de l’avant, elles marchent de l’avant.

Là, ça se corse. Parce que pour ces femmes, on est vraiment plus dans ce qu’elles avaient prévu. Elles venaient embaumer leur mort ; elles voient un jeune homme avec une robe blanche qui leur annonce un message invraisemblable.

Je vous rassure ; le message que nous partageons en ce jour de Pâques est le même, totalement invraisemblable.

On dit parfois sur le ton de l’humour que si Dieu a choisi des femmes pour être été témoins en premier du tombeau vide, c’était parce qu’Il était sûr que la nouvelle allait se répandre très vite.

Là, en l’occurrence, c’est faux. Elles ont tellement peur qu’elles ne disent rien à personne. Là, elles fuient.

Nous aussi, nous avons la possibilité de fuir ; nous avons la possibilité de ne pas y croire. Nous avons la possibilité de repartir tout à l’heure chez nous, de nous dire que la résurrection, c’est vraiment un truc de grand-mère, et la foi une ânerie pour les faibles.

Et demain, on se réveillera avec une sorte de gueule de bois, avec nos problèmes, avec toutes les grosses pierres qui nous pourrissent la vie et entravent notre marche.

Nous avons la possibilité de fuir ; fuir la confiance en Dieu ; fuir la relation avec Jésus-Christ ; fuir ce que rien de rationnel ne pourra jamais prouver : à savoir que le Christ a été relevé de la mort. A tous ceux qui fuiront ce message de vie, ce message aussi absurde et fou, je souhaite tout le courage du monde pour mardi matin. Parce que la vie est difficile ; et ne pas lever les yeux, et ne pas faire cette démarche de se dire : «  et si c’était vrai ? » et si c’était vrai que Jésus-Christ est ressuscité et qu’il veut m’accompagner dans mon quotidien, c’est dur.

Mais si nous avons la folie de partir en courant, mais pas pour se taire, pour lever les yeux, comprenant qu’on n’est plus tout seul pour déplacer ces montagnes de souci que nous accumulons ; si nous avons l’audace de croire qu’en levant les yeux vers Dieu, nous aurons la force, le courage, l’enthousiasme, et la joie nécessaires pour continuer la route, notre chemin, alors, la résurrection prendra tout son sens, celle de nous annoncer : la pire de nos ennemis, la pire des grosses pierres qui bouche notre vue et notre vie, la mort, a été vaincue.

Alors, toutes ces petites morts qui nous tuent à petit feu, tous ces soucis quotidiens, toutes nos indifférences, toutes nos blessures, tout ce qui nous empêche de voir l’avenir, n’auront plus le même poids ; car nous n’aurons plus à nous dire : «  qui me roulera la pierre de mes soucis qui bouchent ma vie ? » ; je vous l’assure, au nom de Jésus-Christ ressuscité, si vous croyez cela, lorsque vous lèverez les yeux, le Christ lui-même aura roulé la pierre, vous assurant que votre vie vaut la peine d’être vécue, vous assurant que votre vie a un sens, vous assurant que la vie les yeux levés, c’est déjà la vie éternelle, ici et maintenant.

Amen

Nathalie PAQUEREAU