Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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dimanche 18 octobre 2020

Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

Ésaïe 45, 1-6

1 Thessaloniciens 1, 1-5

Matthieu 22, 15-21

 

Jean 2, 13-21

 

N’est pas marchand celui qu'on croit ...


Voilà un témoignage de Jean bien déconcertant – le mot est faible : celui d’une colère du Christ !

Il faut dire que notre frère Jésus nous a peu habitués à de telles sautes d’humeur. Pas comme son Père qui, si l’on en croit l’Ancien Testament, explose plus d'une fois devant nos multiples manquements, abandons, reniements, trahisons ...


Jésus, lui, c’est plutôt le calme, le serein, le patient ... bref, la « Force Tranquille » pour reprendre un célèbre slogan des années 1980. Alors que ses nombreux adversaires, détracteurs, ... ne cessent de le prendre à parti, de le houspiller, de tenter de le piéger, il explique, écoute, convainc, rallie... Face aux questions assassines, aux comportements haineux ou irréfléchis, Jésus trouve toujours le bon mot, la bonne phrase, la bonne interrogation, le bon geste, ... qui déstabilise, apaise ou retourne son ou ses interlocuteurs. Le tout sans élever la voix, sans perdre patience, en véritable adepte de ce sage proverbe africain : « Au bout de la Patience, il y a le Ciel ».

Alors que se passe-t-il devant les étals du temple ? Pourquoi ce subit « pétage de plombs » ? Ces marchands - bien que bruyants et probablement un tantinet magouilleurs - ne sont pourtant pas bien plus mauvais ou énervants que bien d’autres personnages que Jésus rencontre sur son chemin.


Mais « diable », où pourrai-je trouver une Bonne Nouvelle dans cette surprenante colère du Christ ? Pire !, en feuilletant l'évangile de Matthieu, quelques chapitres avant celui relatant la scène du temple (ch. 5, v. 22 pour être précis), on tombe sur cet édifiant « Enseignement sur la colère » de Jésus lui-même : [...] « Eh bien, moi je vous le déclare : tout homme qui se met en colère contre son frère mérite de comparaître devant le juge » [...]. Or, d’après le verset précédent (v. 21), le juge en question est celui en charge des homicides. Bref, en deux mots et dixit Matthieu, l’enseignement de Jésus est que la colère tue !

Me voici donc en bien délicate posture. Je me dois de vous expliquer la subtile différence qu’il existerait entre la Bonne et la Mauvaise Colère.


Premier élément de réflexion :

Jean, comme Matthieu, Marc et Luc, nous montre - par la narration de cette surprenante colère - un Jésus finalement humain, donc proche de nous. Un homme que l'on retrouverait assez bien dans cette citation de Marcel Aymé : « On n’a pas grand mérite à prendre patience quand on est incapable d’un mouvement de colère ».


Toutefois, Jean est celui des quatre évangélistes qui, dans cette scène, nous décrit le Jésus le plus violent : il lui met même dans les mains un fouet, fabriqué à la hâte, pour chasser du temple tous les indésirables !

Jean a donc un message fort à nous faire passer. Mais lequel ? Qui sont les marchands du Temple ? :

Replaçons-nous dans le contexte : au moment où Jean écrit ces lignes, le temple de Jérusalem est déjà détruit (par Titus, en l'an 70). Et les marchands d'offrandes, de souvenirs, de bibelots, de fioles d'eau miraculeuse, et autres miniatures d'édifices religieux pris dans une tempête de neige, ont eux aussi disparu (quoique ! ...).


Ce ne sont donc pas ces marchands-là, et leurs basses pratiques commerciales, que Jean vise dans ses propos et que Jésus condamne si violemment. Alors qui ? Ne serait-ce pas ceux qui négocient et marchandent avec Dieu, à la recherche de la « bonne affaire » - le théologien dirait : « à la recherche d'une salutaire rétribution ».

 

Dès lors, les premiers chrétiens - comme nous aujourd'hui – deviennent bien les cibles privilégiées du texte de Jean. En effet, qui d'entre nous n'a jamais tenté de « négocier le coup » avec Dieu, ou encore avec ses « ambassadeurs » moins intimidants tels que Jésus, Marie, ... pour obtenir quelques faveurs, à l'occasion de l'une ou l'autre prière ? : « si tu m’accordes cela (réussir à mon examen, sauver ma peau, ...) , je te promets ceci ». Le marchandage implicite avec Dieu peut même devenir une façon de vivre sa Foi au quotidien : si je fais ceci, si je fais cela (telle ou telle « Bonne Action »), j'ai plus de chances de réussir tel ou tel projet, d'être « quitte avec Dieu ».

C'est donc la question théologique de la rétribution qui est abordée ici, et comment celle-ci se répercute dans notre relation à Dieu. Ces questions sont assurément cruciales : d'où le recours à la mise en scène forte de la colère de Jésus pour les mettre en exergue.


Pour une nouvelle relation à Dieu :

Fini le marchandage avec Dieu, fini les offrandes, fini les pratiques idolâtres ! ; je rajouterai même : « fini les Indulgences » (si elles avaient existé à l'époque !).


Plus besoin d'un temple physique pour rencontrer Dieu. Au lendemain de Pâques, le « lieu » privilégié où l’on pourra dialoguer avec Dieu sera notre frère Jésus lui-même, sans besoin d’intermédiaire ou d'un cérémonial alambiqué !


Jésus est le porte-Parole (c'est le cas de le dire !) d'une nouvelle relation à Dieu :

- on ne Lui vante plus ou on ne Lui marchande plus nos mérites ;

- on Lui parle tel que nous sommes ; - Il nous parle qui que nous sommes.

Jésus restaure, plébiscite ainsi l'usage de la Parole en tant que support privilégié de notre relation à Dieu. La Parole même - humble, sincère, parfois naïve - telle qu'elle a été pratiquée par Moïse et les prophètes.

Voilà la Bonne Nouvelle !


Et pour ma Foi, mes prières au quotidien, quelles conséquences ? :

Tout d'abord, nous voilà désormais délivrés du délicat exercice consistant à prévoir au sein de notre prière un inventaire préalable - et pas forcément très fourni - de nos bonnes actions.

Prier (du latin precare qui a donné précarité), c’est accepter être dans la nudité, l'humilité, l’incertitude, ... Allant pleinement dans ce sens, Matthieu (ch. 21, v. 14-16) nous montre un Jésus qui, après sa colère du Temple et malgré l'indignation des chefs de la loi, reconnaît aux enfants - et même aux bébés ! – le « Droit » de s'adresser, de parler à Dieu.

En remettant simplement à Dieu, dans ma prière, mes questions, mes angoisses, je Lui donne accès à ma fragilité, à mes échecs, et à mes deuils. Au marchandage de la toute-puissance, je substitue le compagnonnage dans la toute-faiblesse : celui de Jésus, notre frère, le nouveau-né de Noël, le crucifié de Pâques. C’est là le génie de notre Foi chrétienne : faire de Dieu un humain (capable de se mettre en colère !), à l’inverse de ce que l’on veut que Dieu soit.

La bonne nouvelle est ici : c’est quand je n’ai rien à offrir à Dieu, sinon mes peines, mes hontes, mes peurs qu’il peut se révéler à moi sous les traits du Christ ressuscité : celui qui a souffert avant moi pour souffrir aujourd’hui avec moi. Cette souffrance partagée constitue le Temple même du Christ, reconstruit en trois jours, et indestructible celui-là ! C’est ici, en Lui, que chaque chrétien est appelé à vivre sa relation à Dieu.

Bref, le bonheur est peut-être dans le pré, mais surtout dans la pré...carité !


Et au final ?

Alors, au final, la question soulevée par Jean n'est pas celle de savoir si la colère de Jésus était bonne ou mauvaise (ouf !). Cette colère était tout simplement celle d'un homme, comme nous, proche de nous.

La mise en scène tapageuse du courroux du Christ permet aux évangélistes de plébisciter une nouvelle relation à Dieu, ancrée dans la Parole et la pratique d'une prière simple, sincère et humble, et épurée de tout « marchandage ».

Parler à Dieu, comme Jésus nous parle et nous invite à parler : voilà la clé pour vivre ma Foi chrétienne au jour le jour.

Mais aussi, je le rajoute volontiers : Parler de la même façon à l'Autre, à mon conjoint, à mes proches, à mon collègue de travail ... toujours et sans relâche !

... et en se souvenant qu'entre autres bienfaits :


« La Parole apaise ... la Colère » (Eschyle, dramaturge grec, 525 av. JC – 456 av. JC)

 

Amen !

 

Cathy et Patrice MERIAUX