Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 20 JANVIER 2019

Semaine de l’Unité des chrétiens

Méditation proposée en l’Église de Serres (05700)

 

Lectures du Jour :

 Esaïe 62 1-5

JEAN 2 ,1-11

1 Corinthien 12,4-11



Noces de Cana : Le 1° Signe

 

 

Frères et sœurs en Christ, je suis très heureux de partager avec vous ce moment de méditation autour de ce qui nous réunit, en cette semaine d’unité des chrétiens :

* Nous sommes frères et sœurs en Christ, car c’est lui qui nous unit,

* Et puis ces Saintes Écritures qui sont notre référence et notre guide commun

*Enfin, ces lectures communes qui dimanche après dimanche scellent notre unité et je vous lirai l’Évangile de ce jour, dans la TOB, la Traduction Œcuménique de la Bible.

 

Un signe, des signes

Alors me direz-vous pourquoi, en cette semaine pour l’unité des chrétiens, nous proposer ce texte des noces de Cana ?

C’est que l’Évangile de Jean est singulier : c’est un livre à énigmes, ce qu’il nous confirme tout à la fin  (chap.19): Je vous ai écrit ces choses, afin que vous croyiez au nom du Fils de Dieu, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, et pour arriver à cette découverte salvatrice pour chacun de nous, il sème son Évangile d’indices, de signes : 7 signes, 7 miracles choisis par Jean, pour confirmer son prologue : Jésus est de toute éternité le Fils de Dieu, la Parole faite Chair, la véritable lumière qui éclaire tout homme. (Jean1,14)

 

Ce miracle, qui n’est relaté que par Jean, est le premier signe, mais on ne sait pas grand-chose de ce mariage, de ces noces de Cana, petit village de Galilée, on ne nous présente même pas les mariés, mais on nous parle de l’organisateur du mariage, piètre organisateur, qui est en train de tout gâcher, qui n’a rien prévu comme il fallait. Seule l’intervention de Jésus, va permettre que la fête soit réussie, qu’elle se termine bien, sans que l’organisateur n’en sache rien, puisque c’est le marié qu’il va féliciter.

 

1° question :

Est-ce que nous ne sommes pas un peu, beaucoup, cet organisateur ? Que serait, qu’aurait été notre vie, si Jésus n’était pas intervenu pour en faire une fête, jusqu’à la fin ? N’aurait-elle pas été un triste gâchis, comme ces noces qui ont failli être ratées ?

 

 1° réponse :

Là où il y a désordre et confusion, Jésus est le seul à pouvoir remettre les choses et les gens, à l’endroit, même s’il le fait en catimini, sans en avoir l’air, sans qu’on le sache forcément.

Et nous, nous pouvons aussi être comme les serviteurs, des intermédiaires, des transmetteurs de joie et de réussite, entre Jésus et ceux qui sont en train de se gâcher la fête, de transformer leur vie en catastrophe. N’est-ce pas d’ailleurs ce que Jésus nous assigne de faire, au dernier  verset de Matthieu : « Allez, évangélisez les nations ».

 

2° question :

C’est le texte lui-même qui nous la suggère : Si j’associe la première et la dernière phrase du passage, cela donne ceci Trois jours après, il manifesta sa gloire et les disciples crurent en lui. On peut se demander : « Trois jours après quoi ? » pourquoi cette expression justement là dans ce texte ?

 

2° réponse :

C’est que Jean ne nous parle plus d’un banal mariage à Cana, mais du Christ ressuscité qui va épouser l’Église des nouveaux croyants. Et comme au Golgotha, Marie sera là, avec Jean, justement, le seul qui ait suivi Jésus jusqu’à la croix, ils seront les deux premiers membres de cette nouvelle Église.

Jésus s'est en quelque sorte substitué au marié, en redonnant le vin de la fête lorsqu'il manquait. Et Jean présente clairement à ceux qui entrent dans une démarche de foi, Jésus comme le véritable époux de ces noces messianiques annoncées par les noces de Cana.

Alors vous commencez à percevoir pourquoi ce texte a été choisi spécialement en cette semaine pour l’unité des chrétiens : Trois jours après, il manifesta sa gloire et les disciples crurent en lui.

 

Les Jarres

Mais il nous faut aussi parler de ces six jarres de pierre, destinées aux purifications des juifs, aux ablutions dans les rites funéraires. Donc des jarres utilisées pour les rites de l'ancienne alliance. Ces 6 jarres ne contenaient que 2 ou 3 mesures d’eau. Elles ne pouvaient donc plus purifier grand-chose[1].

 

Elles sont vides, presque sèches, comme ont pu s'assécher les relations des hommes avec le Dieu d'Israël. Jésus les fait remplir d'eau par les serviteurs qui les remplissent « à ras bord », jusqu'en haut, et comblent ce vide.

Les vases de la mort contiennent désormais l'eau jaillissante et débordante d’une source de vie éternelle !

L'eau peut être en effet un signe de mort, c’est l'eau de nos doutes, de nos désespoirs, de nos rancœurs, de nos désillusions, en un mot, de nos échecs.

L’eau est aussi, par notre baptême, signe de la mort de notre vieil homme, signe d’une nouvelle naissance. Le baptême, c’est aussi le signe de notre unité, car nous sommes tous au bénéfice du même baptême, au nom du même Père, du même Fils, du même Saint Esprit.

L’eau changée en vin par le Christ, est ce premier signe, signe pour nous de joie et d’espérance qu’une vie nouvelle peut jaillir de la dureté de notre cœur, comme le bon vin peut jaillir de la dureté d’une jarre en pierre.

Ainsi, des objets liés au passé (les six jarres de cérémonial funéraire) contiennent désormais l'eau et le vin d'une vie nouvelle.

Mais le chemin sera long, tout au long de cet Évangile de Jean, pour atteindre le septième signe, celui de la résurrection, là où nous pourrons goûter le bon vin, celui de la fête finale, mais il faudra passer auparavant par la croix et le sang de Jésus.

 

Voilà peut-être pourquoi Jésus dit à sa mère Mon heure n’est pas encore venue, voilà pourquoi ce premier miracle se réalise en coulisses, car Jésus ne veut pas être pris pour un magicien, sa mission est d’un tout autre ordre, sa gloire annoncée est une réalité discrète, il faut le regard de la foi pour la discerner. Car seule la foi peut saisir ce paradoxe des évangiles : reconnaître le Fils de Dieu dans cet homme agonisant sur une croix au milieu de 2 brigands.

L’organisateur des noces nous en apporte la démonstration, lui qui félicite le marié, ignorant la présence même de Jésus, ce qui fait rire en douce les serviteurs, eux qui savaient bien que seul Jésus était capable de remplir ces jarres, c’est à dire de combler tous nos vides tous nos manques, et de changer l’eau de la tristesse de nos vies en vin de joie d’une vie nouvelle en compagnie de Jésus.

 

Alors vient une 3° question :

Est-ce que nous aussi nous savons bien ? Ou faisons-nous semblant ? Avons-nous vraiment rencontré Jésus, comme ces serviteurs, ou l’avons-nous simplement côtoyé, comme l’organisateur des noces ?

 

Et une 4° question : Pourquoi 6 jarres ?

Elles sont 6, vous ne trouvez pas cela curieux ? Alors que je vous parle des 7 signes de l’Évangile de Jean, que tous les évènements symboliques de la Bible tournent autour du chiffre 7 : la création en 7 jours, 7 jours entre les rameaux et la résurrection du Christ, les 7 Églises et les 7 sceaux de l’Apocalypse. Et là il n’y a que 6 jarres, comme si elles attendaient la 7°, comme si les temps nouveaux, inaugurés par la résurrection du Christ, n’étaient pas totalement achevés. Ils sont simplement à l’œuvre.

Cette 7° jarre ne nous sera offerte que lorsque toutes choses seront accomplies[2], et c’est à nous qu’il revient de les faire advenir. Et il ne suffit pas de demander à Notre Seigneur, dans notre prière, que ton règne vienne, mais il nous faut nous retrousser les manches pour que les choses commencées dans le désordre rentrent complètement dans l’ordre, et vous conviendrez qu’il y a encore du boulot. Mais notre Espérance est que la Gloire du Christ se manifestera un jour, totalement dans son Royaume à venir. Alors nous verrons les serviteurs apporter la septième jarre de vin nouveau, alors l’union du Christ et de son Église pourra être célébrée dans une noce symbolique, dans une harmonie enfin retrouvée, comme nous l’annonce déjà Ésaïe, dans l’autre lecture de ce matin : Comme un jeune homme s'unit à une jeune fille, ainsi tes fils s'uniront à toi. (Es. 62, 5)

 

Marie

Avant de conclure je voudrais vous parler de Marie, car Marie fait le lien entre le peuple d’Israël dont elle porte la tradition, et Jésus, dont elle sait, mieux que quiconque qu’il est le Fils de Dieu, porteur de la nouvelle Alliance.

 

Son intervention est déterminante : assise auprès de son fils, ou l'ayant rejoint pour l'interpeller, elle lui fait remarquer que le vin manque et que la fête risque d'être compromise.

On l’imagine lui donnant un coup de coude en lui disant le vin manque !

Jésus réplique un peu durement, mais elle ne s’en laisse pas compter, sa foi est capable de surmonter cette contrariété. Imperturbable, elle encaisse, comme on dit aujourd'hui, et prononce alors une toute petite phrase, qui est le résumé de tout le message évangélique, une petite phrase qui s’adresse à nous, aujourd’hui, les serviteurs qu’elle charge de remplir d'eau les jarres de la désespérance et des deuils des hommes, afin que Jésus, son fils, transforme cette eau en vin de la grâce surabondante, une grâce que nous ne méritons pas.

Alors écoutez-la nous dire à tous, chuchoter à notre oreille, ce matin :

Quoiqu’il vous dise, faites-le.

 

 

Amen !

 

François PUJOL


[1] Il s’agit de grandes jarres, de la taille d’un homme.

[2] Luc 18,31 : « Toutes les choses écrites par les Prophètes touchant le Fils de l'homme, seront accomplies ».