Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 25 novembre 2012

 Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

 Daniel 7,13-14

Jean 18,33-38

Apocalypse 1,5-8


Mon Royaume n’est pas de ce monde

 

Pilate :

Pilate est un homme qui sait ce qu'est le pouvoir. C'est un homme puissant. Il est procurateur de Judée, c'est-à-dire, qu'à Jérusalem, il est juste en-dessous de l'empereur.

Il est le représentant de l'empereur sur ce territoire et en tant que tel, il a tous les pouvoirs, pouvoir de vie et de mort sur tout ce qui respire en Judée. Il sait ce qu'exercer le pouvoir veut dire, il use de ce pouvoir, et peut-être même parfois en abuse-t-il. Il n'a pas la réputation d'être un tendre. On dit même qu'il sera appelé à Rome pour avoir perpétré de manière arbitraire un massacre contre les Juifs.

 

La Judée :

Il faut dire que la Judée n'est pas un territoire facile à diriger. Aujourd'hui on le dirait même sensible, à l'instar de certains quartiers de nos grandes villes. Les gens qui y habitent sont prompts à la révolte, ils n'aiment pas ces étrangers qui essayent d'imposer leur domination par la force.

Et surtout, ils sont extrêmement jaloux de leur indépendance religieuse, à tel point que les Juifs ne sont pas tenus au culte impérial et que les grandes fêtes juives sont autant de manifestations identitaires. À cause de cela, Pilate à chacune d'elles, quitte Césarée, le lieu de résidence des procurateurs sur le bord de la mer, pour venir à Jérusalem afin d'être au plus près des événements et de pouvoir réagir immédiatement. Certaines traditions disent qu'il séjournait à ce moment-là dans la forteresse Antonia, grande tour construite par les Romains contre le mur du temple et qui le domine. Du haut de cette forteresse, on peut voir ce qui se passe dans les différentes cours et surveiller de plus près cette population rebelle et souvent incontrôlable.

Oui ! Pilate sait ce qu'est le pouvoir. Il sait ce qu'est l'autorité. Il sait ce que c'est que la royauté.

 

Jésus :

Et voilà qu'on lui présente cet homme, accusé d'usurpation, accusé de vouloir se faire roi à la place des rois. Pilate est perplexe. Il voit vraisemblablement un pauvre diable se présenter devant lui. Jésus n'a certainement pas l'allure d'un roi. En plus, il est déjà passé entre les mains de la milice juive et vraisemblablement il a été, au dire des Évangiles, molesté, voire torturé. Il fait bien peu "figure royale". Et en plus rien dans son discours n'invite à la rébellion politique.

 

Le débat qui s'engage est assez étrange :

"Es-tu le roi des juifs ? ", demande Pilate. Jésus ne répond pas mais questionne: "Est-ce que c'est toi qui le dis ? Est-ce que tu me le dis de ton propre chef, ou bien reprends-tu les reproches de ceux qui m'ont livré à toi ? Est-ce que c'est toi qui le penses, ou est-ce l'accusation portée contre moi qui te le fait dire ? ". Jésus veut-il lui faire comprendre qu’il se fait manœuvrer, qu’il devrait réfléchir ?

Pilate semble vouloir dans un premier temps botter en touche, se débarrasser un peu lâchement du problème. " Est-ce que je suis Juif, moi ? Est-ce que j'ai besoin d'être mêlé à vos histoires ? ". Pour Pilate, la seule chose qui compte, c'est que le calme règne. C'est que l'autorité de Rome ne soit pas remise en cause et que la Pax Romana continue à régner sur tout l'Empire. Pilate continue : Ce sont les chefs de ta nation qui t'ont livré à moi. C'est eux qui t'accusent.

 

Mon Royaume n’est pas politique :

Jésus répond maintenant à la première question : "Mon royaume n’est pas de ce monde". Il ne nie pas sa royauté. Il ne l'affirme pas non plus. Il dit simplement que si royaume il y a, ce royaume n'est pas celui auquel pense Pilate. S'il avait été question de politique, lui, Jésus, se serait allié avec les révolutionnaires comme il y en a tant en Israël qui combattent contre l'occupant romain. Des révolutionnaires qui quelques années plus tard vont tenir tête aux légions romaines pendant de nombreuses années, dans le désert de Judée, à Massada, ou à Jérusalem. Dans cette ville ils tiendront un siège durant de nombreux mois dans le Temple, tenant tête à la plus grande armée du monde. Pilate sait que les révolutionnaires juifs ne sont pas des gens innocents sur le plan militaire. L'armée romaine utilise même des Juifs dans ses troupes d'élites.

 

Mon royaume est différent

"Mon royaume n'est pas de ce monde !" Mon royaume est différent. Jésus marque bien la distance entre le politique et le religieux, ce qui est pour le coup proprement "révolutionnaire" à l'époque. Mais peut-être ce royaume différent, ce royaume d'un autre monde, est-il un royaume encore plus dangereux. Oui, c'est un royaume qui fait peur parce que justement il est construit sur d'autres valeurs, construits sur d'autres fondements.

 

La Vérité :

"Tu es donc roi ?", dit Pilate. Jésus répond : "C'est toi qui dit que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. " Et Pilate, qui ne comprend pas plus que nous ce qu’il veut dire, le lui demande : "Qu’est-ce que la vérité ?" .

Et en effet, pour Pilate, de formation grecque, la vérité est une réalité objective, une correspondance entre le réel et l’esprit, comme pour nous aujourd’hui. Une correspondance dont le contraire est l’erreur ou le mensonge.

Pour Jésus, de langue sémite, la vérité est ce à quoi ou celui à qui on peut se fier, qui est solide, et, dans la Bible, c’est Dieu qui est solide et en qui on peut se fier ; et Jésus, le Christ, est porteur de cette vérité, de cette Parole, celle qui résiste à l’usure du temps et nous invite à vivre à son exemple, pour nous et pour tous les autres, de manière à rester dans cette vérité la.

 

Le Royaume

La royauté de Jésus réside donc d'après l'Évangile de Jean dans ce témoignage à la vérité, ce témoignage à l'Évangile annoncé au monde. Et la royauté de Jésus et sa puissance trouvent leur accomplissement sur la croix qui est son trône. Et tous ceux qui écoutent cette vérité, qui écoutent cette Parole, tous ceux qui suivent ce roi un peu spécial, alors rentrent dans un royaume différent. Un royaume qui est craint parce que personne, aucune puissance humaine, aucune armée ne peut le détruire. La vérité ne peut être détruite. La vérité ne peut pas être détruite par les armes des hommes. Et c'est pour cela que la vérité dérange. Et c'est pour cela que la Parole dérange. On ne peut pas la faire plier.

 

Les témoins

Les hommes et les femmes qui témoignent de l'Évangile peuvent être détruits, comme le Christ lui-même a été cloué sur la croix. Mais la vérité elle-même et l'Évangile ne peuvent pas être éliminés. Il y aura toujours des hommes et des femmes qui se lèveront pour témoigner de la vérité, témoigner de l'Évangile partout dans le monde. Il y aura toujours des hommes et des femmes qui se lèveront pour appeler ceux qui souffrent, pour appeler ceux qui plient devant le pouvoir aveugle ; pour les appeler à être debout, pour les appeler à être des femmes et des hommes libres.

 

Face au Pouvoir

Cela, de tout temps, depuis que l'Évangile est annoncé, a gêné les pouvoirs en place. On peut entendre ici et là des ministres exiger "que les Églises s'occupent de leurs problèmes de sacristie, et que surtout elles n'en sortent pas pour "faire de la politique" ! ". Et pourtant, de tout temps, des hommes et des femmes de foi se sont levés pour lutter contre les injustices, pour témoigner de cet Évangile, pour affirmer que l'amour de Dieu pour tous les hommes est un amour sans partage. Et que surtout il n'existe pas dans le monde de pouvoir de droit divin. Que le pouvoir, quelque qu'il soit, comme celui de Pilate, est un pouvoir fondé sur la force des armes ou des lois et non pas sur la charité divine, quoiqu'en disent ceux qui le détiennent.

 

 

Alors comment vivre dans ce monde et coexister avec le pouvoir en place ? Jésus reconnaît, et respecte l'autorité de Pilate, elle est incontestable. La puissance des armes a parlé, l'Empire romain domine le monde. Mais pour autant, il ne plie pas la tête. Il est debout, en homme libre. Sa liberté n'est pas celle que donne la puissance. Sa royauté n'est pas celle des armées et de la force. Elle est d'ailleurs. Elle vient de la soumission à l'Évangile, de la confiance en l'amour de Dieu pour tous les hommes, et surtout de l'appel de cet Évangile à être debout et vivre libre face à toute autorité, dans le respect même de cette autorité. C'est à cette liberté-là que nous sommes appelés.

 

Amen !

 

Jean Jacques Veillet