Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 18 Août 2013

 Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

Jérémie 38, 4-10

Luc 12,49-53

Hébreux 12, 1-4



La Paix ou le Feu…

 

Frères et sœurs,

 

Le moins que l’on puisse dire est que les 3 lectures proposées ce matin par le lectionnaire « la bible en 6 ans », ne sont pas des plus joyeuses, et paraissent plus propices à semer le doute qu’à participer à notre édification !

 

Voyons cela : 3 textes, 3 périodes :

-6 siècles avant J.C., Jérémie, qui annonce au roi les conséquences prévisibles de ses choix. Malheur à lui : Cet homme a dit la vérité… il doit être jeté dans une citerne.

 

- 1 siècle après J.C., la 2° génération d’hébreux convertis, s’impatiente, se lasse de croire, d’espérer, et le rédacteur de la lettre qui leur dit, histoire de les encourager : de quoi vous plaignez-vous, vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang !

 

- Et puis Jésus lui-même qui nous dit « je suis venu apporter un feu sur la terre, non pas la paix, mais la division » (49,51)

 

Que penser, que dire après avoir lu ces 3 textes ? Et s’ils disaient finalement la même chose dans 3 contextes historiques différents, comme une mise en garde : Etre fidèle à ton Dieu, aller au bout de ce qu’il te semble devoir faire, ou dire, manifester dans ta vie de tous les jours ta reconnaissance envers Jésus Christ, risque de te conduire au fond d’une citerne, ou à verser (un peu) de ton sang ou aboutir à quelque froissement familial, même si les belles filles et les belles mères n’ont pas attendu Jésus pour cela.

 

Et c’est exactement ce que vit Jérémie : accomplir sa mission, sans se préoccuper de lui-même, car le rôle d’un prophète, dans l’AT, ce n’est pas précisément de prédire l’avenir, mais d’être porte-parole du Seigneur, avertir encore et encore…

Nous, on aurait plutôt envie de crier à Jérémie : « Mais tais-toi donc, sois un peu plus discret, n’attire pas l’attention sur toi ! », en bons protestants que nous sommes. Mais nous sommes aussitôt interpellés par cette parole de Jésus à qui des pharisiens, disaient « Reprends tes disciples », il répondit: « Je vous le dis, s'ils se taisent, les pierres crieront! » (Luc 19.40) ! Et puis par Paul qui affirme : « Malheur à moi si je n’annonce l’Évangile » (1 Cor 9.16).

 

Alors, que se passe-t-il avec Jérémie ? Dieu parle, au moyen de son prophète. Dieu parle, et la route qu'il propose est insupportable aux ministres du roi de Jérusalem.

« Ainsi parle l'Éternel: Celui qui restera dans cette ville mourra par l'épée, par la famine ou par la peste; mais celui qui sortira pour se rendre aux Chaldéens, aura la vie sauve, sa vie sera son butin, et il vivra.  Cette ville sera livrée à l'armée du roi de Babylone, qui la prendra ».

 

Dieu leur demande de se soumettre, de collaborer avec l'occupant ! Qui d'entre nous, en pareil cas, voudrait entendre cette parole de renoncement ? Dieu ne peut dire qu'une parole de résistance, pour une victoire annoncée !

 

Tous ces ministres sont de bons juifs à qui l’on a appris la toute-puissance de Dieu, qui a fait périr les armées de pharaon, et qui a réalisé tant d’autres prodiges, ils connaissent le prophète Esaïe, qui annonçait la victoire de YHWH sur tous les autres dieux, et la venue du Messie, Emmanuel.

 

Ce Jérémie là est un faux prophète, c'est un traître, qu'il faut empêcher de parler…

 

Ces hommes qui prétendent avoir soif de la Parole de Dieu et s’en inspirer se contentent en fait de servir leur propre histoire, d’interpréter la Parole de Dieu selon leurs propres desseins.

Il ne s’agissait pas d’autre chose lorsque l’on parlait, dans les années 60, de la théologie de la libération ou aujourd’hui de la théologie de la prospérité : Attention, donc, à ne pas instrumentaliser la Parole divine pour la mettre au service de notre propre volonté.

 

Que cet homme soit mis à mort, disent les ministres de Sédécias, persuadés que « Dieu est avec nous », et ce roi qui écoute Jérémie mais fait le contraire de ce qu’il lui conseille, qui « ne peut rien refuser à ses ministres », et remet Jérémie entre leurs mains, pour enfin dire à son serviteur (un étranger) d’aller, de nuit, libérer Jérémie, quel type de dirigeant est-il ?

Un responsable qui assume ses choix ou une girouette ? C’est ainsi que sans surprise Jérusalem sera prise, le Temple détruit en l’an -587, Sédécias déporté, ses fils exécutés auparavant sous ses yeux.

Fatalité, destin, diront les ignorants. Malédiction de Dieu diront les faux-croyants. « Je vous l’avais bien dit » pensera le prophète.

Le prophète n’avait pas prédit l’avenir, il avait simplement transmis la clairvoyance divine : les temps avaient changé, les rapports de force s’étaient inversés, la vérité d’hier, était devenue erreur d’aujourd’hui.

Le prophète portait une parole qui ne venant pas de lui, et qui disait le vrai, le bon, l'utile, qui disait, et qui dit encore aujourd’hui, la promesse de la vie au travers même des échecs, des souffrances et de la mort. Jérémie nous dit ce matin : Ne soyez pas Sédécias, ne soyez pas ses ministres, écoutez et recevez la Parole de Dieu. Elle vous dit votre victoire par-delà tout le reste. Elle vous dit la victoire de Dieu pour vous, par des chemins que vous ne pouvez pas imaginer, par des chemins qui vous choquent, par des chemins sur lesquels seul le Seigneur de gloire peut conduire. La Parole vous dit, Christ vous dit la victoire de Dieu et la vôtre au bout d’un chemin qui peut passer par l'abaissement et le renoncement à toute forme de puissance.

 

Car Jésus connaîtra le même parcours que Jérémie. Lui aussi annonce que les temps ont changé : il dit qu’il est venu accomplir la Loi, qu’il faut relire les prophètes car le serviteur souffrant c’est lui, l’Emmanuel, c’est lui !

Ce Jésus là est un imposteur : Et les chefs juifs se référant aux mêmes textes que les ministres de Sédécias 6 siècles plus tôt, prononceront la même sentence.

Après chaque rencontre, chaque réponse de Jésus à leurs questions qui sont autant de pièges, la même conclusion (Lc 19,47) : « Les principaux sacrificateurs, les scribes, et les chefs du peuple cherchaient à le faire périr; mais ils ne savaient comment s'y prendre ».

 

Ce constat nous éclaire sur les paroles de Jésus, pour ce dimanche, résumées en deux mots : le feu et la paix.

Selon vous, Jésus est-il venu apporter le feu ou la paix ? La paix, disons-nous. Le feu, dit l'Evangile. Scandaleuse affirmation qui se renforce encore puisqu'elle est appliquée à la valeur qui nous est chère : la famille.

Chacun se sent prêt à tout faire pour les siens et l’on dit sacrés les liens de la famille.

Alors, pourquoi reprendre cette parole troublante de Jésus qui dit n'être pas venu apporter la paix, mais la division au sein même de la famille ?

 

La formulation abrupte de Jésus a un but pédagogique : nous pousser à réfléchir : les valeurs familiales sont-elles à préserver « à tout prix » N'y a-t-il pas une "fausse paix" qui nous conduit à tous les renoncements, les arrangements, pourvu que l'unité familiale soit préservée ?

 

Vous savez, cette fausse paix que le monde donne, la "paix des ménages" dont parle la sagesse populaire...Cette fausse paix accordée aux Églises par un haut responsable politique… pourvu qu’elles disparaissent de l’espace Public, cette fausse paix des « accords » de Munich, cette fausse paix lorsque l’Europe renonce à affirmer les références chrétiennes de son histoire dans le préambule de sa constitution, cette fausse paix lorsque l’on entend certains  propos lors de repas de famille, que l’on ne contredit pas pour ne pas casser l’ambiance, si bien qu'au bout du compte, oui, il y a une certaine paix, mais où sont passées nos convictions ? Par tolérance envers les convictions d'autrui, par souci de ne froisser personne, par manque de confiance dans notre foi pas toujours bien assurée, le message évangélique disparaît lui aussi peu à peu à son tour.

Jésus n'est pas venu apporter cette paix-là.

Mais il a apporté le feu : le feu d'un Evangile qui s'empare d'une vie pour l'amener à des choix forts, pour l’amener à se constituer un capital de convictions non négociables.

Ce feu qui nous fait nous tourner vers notre prochain pour le délivrer de ses asservissements.

 

Ce feu-là procure la vraie paix. Dieu donne cette paix, la paix avec soi-même que le monde ne donne pas, la paix avec Dieu, la paix avec les siens dans des relations profondes.

Et puis il y a les divisions : les mauvaises divisions, celles nées de la peur, ou de la jalousie qui poussa la première famille à commettre le premier meurtre (Caïn qui tue son frère Abel). Les mauvaises divisions où les hommes s’entretuent, parfois au nom du même Seigneur : Les frères musulmans brûlent des églises coptes au Caire, les bouddhistes brûlent des mosquées au Sri Lanka. La victime devient bourreau, et inversement. Mais où s’arrêteront-ils tous ?

Est-ce cette division-là qu'est venu apporter Jésus ? Est-ce qu'il justifie ici que, dans la même famille humaine, trois se divisent contre deux et deux contre trois, père contre fils et mère contre fille ? Bien sûr que non !

Mais Jésus pourtant opère une division. Il faudrait plus justement dire « séparation ». Car il n'est pas naturel ni répandu de le suivre, et qui le suit trouve facilement de l'opposition sur sa route. Les Martin Luther King ou les Lech Valesa n'ont pas eu que des amis.

Seulement Jésus repère une loi du comportement humain, selon laquelle tout homme ou toute femme qui se veut témoin de la justice évangélique suscitera inéluctablement, de façon plus ou moins accentuée selon les lieux et les moments, la controverse.

Suivre Christ, c'est se séparer. C'est se séparer des violents ou des tricheurs de ce siècle et se distinguer des jaloux ou des avides.

Et c'est d'abord en chacun de nous que s'opère la séparation, lorsqu'il nous faut accepter de renoncer à ce après quoi courent la plupart de nos contemporains. Et chacun de nous, s'il a choisi de suivre Christ, sait nommer parfaitement pour lui-même de quoi il doit se séparer !

 

Mais Jésus dit encore : « Si le feu est déjà allumé qu’ai-je à désirer ? »

Alors frères et sœurs hâtons-nous de raviver cette flamme qui brûle dans nos cœurs depuis la 1° Pentecôte.

 

Amen !

 

François PUJOL.