Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 21 Mars 2021

Église d’Eyguians (05300)

 

Lectures du Jour :

Jérémie 31, 31-34

Hébreux 5, 7-9

Jean 12, 20-33

 


Une Nouvelle alliance, en dehors des lois

 

Ce matin je vous invite à méditer avec moi sur le texte de Jérémie, proposé à notre lecture.

Jérémie n’a pas bonne réputation. Son prénom est entré dans le langage courant avec les jérémiades[1], dont au passage on a perdu le sens originel.

Oui, Jérémie se plaint, mais pas pour lui-même, il se plaint de ne pas voir le bout du tunnel pour son Peuple, il se plaint de voir les rois et même les prêtres s’obstiner dans des impasses, à l’encontre des recommandations portées par Jérémie de la part du Seigneur.

Pire, le seul roi fidèle à Dieu, qui voulut faire revenir son peuple à la fidélité, Josias connu par la Réforme[2] qu’il voulut instaurer en même temps que la rénovation du Temple de Jérusalem restauré dans son rôle central du culte à YHWH, Josias est tué dans une bataille contre les égyptiens[3].

Et Jérémie n’en finit pas d’annoncer des catastrophes qui arriveront puisque le Peuple et ses rois[4] persistent dans leur infidélité au Seigneur.

Mais Jérémie n’annonce pas seulement des mauvaises nouvelles et des catastrophes. Il a aussi de bonnes nouvelles pour le Peuple : non seulement il réitère la fidélité de Dieu[5], mais il annonce une nouvelle alliance, contractée non plus avec le Peuple, mais individuellement avec chacun, du plus petit au plus grand. Mais ce sera un contrat ou chacune des parties s’engagera.

 

L’ancienne alliance

Car l’ancienne alliance, dont Jérémie fixe le point de départ à la sortie d’Egypte, avait un gros défaut, elle était unilatérale : Seul Dieu s’engageait, libérant le Peuple, avec déjà le sang de l’agneau synonyme de libération.

Et le Peuple ? Après la traversée de la mer rouge avec des chants de louange au Seigneur, il ne fallut pas plus d’1 ½ mois pour que le Peuple commence à regimber et regretter le temps où, en Égypte, il avait de la viande tous les jours et de beaux légumes, oubliant au passage son état d’esclave.

C’est que, au cœur du désert, perdu au milieu de nulle part, sans aucun repère, ni géographique ni chronologique, sans aucune activité autre que de marcher, le peuple était saisi par la peur.

Et quand on a peur on a besoin d’être rassuré, et d’autant plus quand la peur se transforme en angoisse. Et ce sera ainsi jusqu’à l’arrivée en terre promise, où là, se voyant enfin « arrivé», le Peuple croira pouvoir se passer de Dieu. Mauvaise pioche !

Et il en sera ainsi tout au long de cette pérégrination : Tout d’abord dès que les vivres commencent à manquer, Dieu lui fournit la manne, première occasion d’infidélité[6], puis ne sachant comment se gérer, le Peuple veut une loi, ou des lois qu’il se dépêchera de transgresser avant même de les avoir reçues, en fondant un veau d’or censé représenter Dieu en l’absence de Moïse, source elle-même d’une angoisse croissante. Puis ce sera la révolte de Coré, l’épisode du serpent d’airain, etc…

Chaque fois Dieu intervient pour rassurer le Peuple, sur l’intercession de Moïse, mais chaque fois le Peuple s’en éloigne de nouveau.

 

La Loi

Pourtant la Loi donnée au Peuple était censée organiser les conditions d’un « bien vivre ensemble » et harmoniser ses relations avec Dieu. De plus, la Loi donnait au Peuple un cadre, un projet de vie collective.

Par exemple, lorsque dans un pays la loi dit « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions politiques ou religieuses[7] » et que dans un autre pays la loi dit « religion du roi, religion du peuple »[8], vous voyez bien que vous n’irez pas dans la même direction[9].

Dans notre pays, jusqu’à une période récente, la loi, à travers ses codes, représentait bien un ensemble de règles librement acceptées par tous, ces règles jouaient donc bien leur rôle de garantes de ce bien vivre ensemble et de la cohésion du corps social, chacun en comprenant l’intérêt et les intériorisant.

 

La Pandémie

Mais depuis plus d’un an, le Covid est passé par là. On a vu alors apparaitre, favorisées par un état d’urgence permettant de se passer du vote du Parlement, une avalanche de règles, injonctions diverses pouvant être contradictoires d’une semaine à l’autre, ou d’un territoire à l’autre, à la logique incompréhensible.

L’acceptation volontaire à des règles communes prend alors « du plomb dans l’aile » et laisse la place à l’inquiétude qui se transforme en la même forme de peur que celle connue par le Peuple dans le désert : Où allons-nous ? Qui nous dirige ?

 

Vivre ensemble

Et l’on assiste à un double glissement :

* Les citoyens cherchent à se rassurer comme ils peuvent, en donnant foi à toutes sortes de nouvelles, mettant en cause la parole publique, signant le crépuscule de la cohésion sociale,

* Les lois qui devaient nous aider à vivre ensemble, deviennent des lois pour nous empêcher de mourir.

On est loin d’un projet collectif dessinant une perspective et proposant un futur à notre jeunesse !

Peu à peu, le vivre ensemble s’est effacé au gré des confinements, couvre feux, et autres mots d’ordre : méfiez-vous de vos voisins, restez chez vous ! La peur nous est instillée au gré des communiqués quotidiens de sorte que le confinement s’est peu à peu installé durablement dans nos propres esprits.

 

La nouvelle alliance

Mais où est donc passée cette nouvelle alliance que Jérémie nous promettait il y a 26 Siècles ?

C’est alors que l’on a vu des citoyens λ faire ce qu’aucune loi ne leur avait ordonné. Considérant que ne pas mourir n’est pas un projet apte à remplir toute une vie, on les a vus descendre dans la rue, rencontrer leurs voisins, et non seulement les rencontrer, mais les aider à vivre et non plus survivre, combler leurs manques matériels élémentaires, mais aussi parfois, des besoins spirituels, dans un mouvement de solidarité spontanée, à l’exemple de la « Fraternité de la belle de Mai »[10] dans le 3ème arrondissement de Marseille, cofondatrice du collectif03.

Elle est là, la nouvelle alliance entre Dieu et les citoyens λ, animés par une loi non écrite, réaffirmée par le Fils de Dieu[11], inscrite non pas sur des tables de pierres mais au fond du cœur de chacun, scellée à nouveau par le sang de l’agneau, versé une fois pour toutes en ce vendredi saint, accomplissant la promesse de Jérémie : Je pardonne leurs crimes, leurs fautes je n’en parle plus. (v.34)

Une alliance dans laquelle, à l’engagement irrévocable de Dieu envers les hommes, répond l’engagement de chaque homme, chaque femme, confirmé lors de son baptême par ce Oui, Jésus Christ est mon Seigneur.

Et lorsque le ministre de l’Intérieur déclare «la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu»[12], heureusement que de nombreux citoyens ne respectent pas cette affirmation, ce qui permet à nombre de mouvements de compenser les carences et silences des lois de la République. Et lorsque l’on demande à leurs militants pourquoi ils se sont mis en mouvement, ils répondent simplement : il fallait qu’on le fasse, répondant ainsi à une injonction intérieure venue de leur cœur, au-dessus de toutes les lois écrites et c’est ainsi que là où ils sont, ils élargissent les frontières du Royaume de Dieu, ici et maintenant.

 

Conclusion

Et pour conclure, comme je vous ai parlé de Babylone, vous savez que le pape François a visité l’Irak au début du mois. A sa descente d’avion à Bagdad, une banderole l’accueillait avec cette phrase : il y a deux catégories d’hommes, mes frères dans la foi et mes frères en humanité.

Dans un océan de désespérance, il nous reste toujours une raison d’espérer. Jérémie avait raison.

 

Amen !

 

François PUJOL


[1] De même le poème des Lamentations, a été attribué par erreur par les traducteurs de la Septante, à Jérémie peut-être victime de sa réputation (la réputation étant la somme des préjugés que l’on accumule sur son nom !)

[2] La « Réforme de Josias » : Après le règne du grand et fidèle roi Ézéchias, son père,  Manassé qui règnera près de 50 ans, annulera toute l’œuvre de son père, se tournant vers les idoles. Le temple édifié par Salomon 3 siècles plus tôt, est réduit à l’état de ruine. Découvrant dans ces ruines un rouleau du livre du Deutéronome, Josias devenu roi en -639, restaure la relation avec YHWH, Dieu unique et fait le nettoyage des cultes idolâtres.

[3] Josias mourra à la bataille de Megiddo contre le pharaon Nékao en -609. (Voir 2 chroniques 35, 22-24).

[4] Les propres fils de Josias, dont Sédécias, qui en -597 crut pouvoir s’attaquer à Nabuchodonosor, roi de Babylone, par une alliance douteuse avec le pharaon.

[5] Je n’ai pas pour vous des projets de malheur, mais des projets de bonheur pour vous donner un avenir à espérer » (Jérémie 29, 11)

[6] Dans une obsession d’accumulation, le Peuple stocke la manne, contrairement aux recommandations de Dieu. Nous nous souvenons de cet épisode dans notre prière : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (pas plus, pas moins !).

[7] Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – 26 Aout 1789, article 10.

[8] Suite à la paix d’Augsburg (1555) mettant fin à la guerre des princes allemands contre l’empereur Charles Quint. C’est ainsi que la Bavière devint catholique et les länder du Nord Est devinrent protestants.

[9], « La loi est écrite pour mettre de la clarté dans les faits, et de la hiérarchie entre les valeurs ». France Quéré (1936-1995).

 

[10] Antenne de la Mission Populaire Évangélique à Marseille depuis 140 ans.

[11] Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés (Jean 13, 34), Tout ce que tu veux que les autres fassent pour toi, fais le de même pour eux (Luc 6, 31)

[12] France Inter 1er Février 2021.