Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 25 AOUT 2019

Culte au Villard-La Beaume (05140)

 

Lectures du Jour :

Jérémie 23, 16-32

Ésaïe 66, 18-21 (Voir méditation du 21/08/2016)

Luc 13, 22-30 (Voir méditations du 26/08/2007 et du 22/08/2010)

Hébreux 12, 5-13


Le salut est entre nos mains.


À l’heure où le G7 – les 7 plus grandes puissances historiques du monde – réuni à Biarritz, planche sur les inégalités et l’écologie, et aux marges duquel s’affrontent les militants de tous les extrêmes, voici ce texte qui nous donne un recul salutaire.

 

En effet, dans ce monde saturé d’images et de slogans, où l’information de masse est devenue une marchandise comme les autres, il est bien difficile, même pour celui ou celle qui a des convictions et de l’intelligence, de comprendre le monde.

 

Tout semble confus et sombre dans le brouhaha de messages formatés selon les standards du journalisme : faire simple, faire court, faire fort. Finalement, ce n’est pas tant l’importance de l’information qui compte que sa puissance émotionnelle et donc commerciale.

Je suis toujours étonné du catastrophisme qui sévit dans les rangs de cohortes de jeunes et de retraités, qui usent et abusent de la technologie – internet, réseaux sociaux, chaînes d’info – mais qui n’ont pas appris à décoder les messages qu’ils y reçoivent. Dès lors, le monde devient dans leur esprit tel qu’on le leur décrit : catastrophique.

 

Ça pourrait prêter à sourire si ce n’était pas grave. Or c’est grave. C’est grave de ne pas prendre du recul, de demeurer otage de ses émotions, et réduire l’état du monde aux images qui bombardent nos yeux. C’est grave de ne voir le monde qu’à travers l’écran de sa télévision. C’est grave de faire de la parole journalistique parole d’évangile.

 

Mais peut-être que le succès de cette parole montre l’échec de toutes les autres : parole politique, parole scientifique, parole religieuse, parole juridique… toutes sont remises en cause parce que les gens – c’est à dire nous – n’ont plus confiance en une parole qui dit blanc un jour et noir un autre.

La fonction prophétique de la parole a disparu. Non ! Elle n’a pas disparu : la prophétie cherche une parole qui l’exprime.

 

Et cette parole, c’est la tienne ! Car à trop vouloir attendre que les dirigeants de la planète soient des prophètes guidant leurs peuples, nous sacrifions notre propre vocation d’habitant du monde et d’enfant de Dieu. Le Christ n’a pas voulu de prêtres ni de roi pour poursuivre son œuvre. Il a voulu des femmes, des enfants, des hommes prêts à porter la parole de Dieu et à la vivre.

 

Alors, combien de temps encore laisseras-tu les faux prophètes te dicter leurs rêves ?

Ceux qui rêvent de chiffres et d’autres de défricher l’Amazonie.

Ceux qui rêvent de fric et d’autres de nous fliquer. 

Ceux qui rêvent de Mars et d’autres de cours martiales.

Ceux qui rêvent de la fin du monde et d’autres de vivre éternellement.

Ceux qui rêvent de sauver la planète et d’autres de se sauver de l’Europe.

Ceux qui rêvent de pureté nationale et d’autres de dureté religieuse.

Ceux qui rêvent d’un côté et d’autres qui en crèvent de l’autre.

 

De l’autre côté de l’écran de télévision,

De l’autre côté de la Méditerranée,

De l’autre côté d’un décret d’application,

De l’autre côté d’un silence coupable,

 

Il y a des vies en danger de mort.

Mort physique, mort mentale, mort spirituelle.

 

Alors combien de temps encore écouterons-nous les prophètes du « tout va bien » et les prophètes du « tout va mal » ?

C’est à nous qu’il revient de prophétiser autour de nous et en nous une parole utile au monde, utiles aux gens, utile à l’avenir et au bonheur.

 

Alors posez vos écrans et vos lunettes déformantes. Et prenez à bras le corps cette espérance qu’un homme a portée avant nous jusqu’à en mourir en martyr.

Lui qui n’était personne, il aurait pu se taire.

Lui qui n’était rien, il aurait pu se résigner.

Lui qui n’avait rien ni personne avec lui, il aurait pu laisser faire et vivre pénard.

 

Mais il a écouté l’instinct des enfants de Dieu qui écoutent leur vocation ; qui n’écoutent pas leurs envies mais la vérité qui bat en eux. Lui, l’enfant de Dieu, le gamin de Galilée, est devenu l’homme du Golgotha, le Fils de Dieu. Et c’est en toi qu’il vit aujourd’hui.

 

Alors, l’ami, combien de temps encore te résigneras-tu comme tu l’es ce matin ?

Je sais qu’au fond de toi, tu entends cette voix qui s’indigne et qui appelle au secours.

Elle voudrait sortir mais tu l’en empêches parce que tu as peur.

Cesse d’avoir peur, et laisse-la parler cette voix. C’est celle du Christ qui tient tête aux prophètes du bonheur facile et aux prophètes du malheur pour tous.

À vendre du rêve et du cauchemar, on ne fait pas grandir l’humanité sur l’échelle de l’humanité.

C’est en s’assumant, avec lucidité et amour, que l’humanité devient meilleure et belle.

 

Ainsi, face aux défis qui nous font face – climatique, politique, environnemental, économique – tu as ton mot à dire, tu as une parole à transmettre. Cette même parole qui te fait vivre et qui donne un sens à ta vie.

Peu importe que nous ayons raison ou que nous ayons tort, peu importe que le monde aille à sa perte, il nous faut être humain.

Or être humain, c’est être capable de faire du beau là où il n’y a que du chaos.

Être humain, c’est Rostropovitch jouant Bach au pied du Mur de Berlin.

Être humain, c’est Luther King partageant sa vision prophétique au Lincoln Mémorial de Washington.

Être humain, c’est le Pape François qui excommunie les mafieux en Calabre.

Être humain, c’est Carola Rackete qui débarque des migrants naufragés à Lampedusa.

Être humain, c’est Greta Thunberg qui sèche l’école le vendredi pour dénoncer l’inaction écologique au pied du parlement de Stockholm.

 

Être humain, c’est toi demain, quand en te levant, tu prendras cette décision que tu t’interdis de prendre.

Être humain, c’est toi demain, quand en t’engageant pour une cause perdue, tu auras la satisfaction d’être en accord avec toi-même.

Être humain, c’est toi demain, quand en regardant le ciel étoilé, tu comprendras que ta vie ne se joue pas là tu crois.

Être humain, c’est toi demain, quand en regardant les yeux d’un enfant, tu verras les yeux de Dieu.

 

Être humain, c’est nous chaque fois qu’on se laisse surprendre par notre humanité.

 

C’est en étant humain que l’on est prophète de la vérité divine.

C’est donc notre responsabilité de chrétien et d’humain de ne pas nous inféoder aux rêves et aux cauchemars des faux prophètes de ce temps.

Ce n’est pas la parole politique ou écologique ou économique ou religieuse qui sauvera le monde.

C’est la beauté qui sauvera le monde.

C’est la poésie qui sauvera le monde.

C’est un geste d’amour, puis un autre, multiplié par l’infinité de nos mains qui sauvera le monde.

 

Voilà la bonne nouvelle de ce texte peut-être ce matin.

Le salut est dans notre main.

Le salut est dans notre bouche.

Le salut est dans nos cerveaux.

À nous de la laisser sortir de nous.

 

Alors quand le G7 2020 se clôturera demain soir, sur des paroles en l’air, ce sera à vous de rentrer sur scène pour encourager la vie et la beauté partout où Dieu vous envoie.

 

Amen !


Pr Arnaud Van Den Wiele