Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 19 Juillet 2015

Culte à ORPIERRE (05700)

 

 Lectures du Jour :

Jérémie 23,1-6

Ephésiens 2,13-19

Marc 6,30-34[1]

 

 

Télescopages

 

Une nouvelle fois, Les 3 textes proposés ce matin, non seulement se répondent l’un l’autre mais montrent leur actualité par leur télescopage avec divers évènements d’aujourd’hui. On pourra les lire séparément  dans le déroulé de la méditation.

 

Marc 6,30-34

La mort de JB vient d’être annoncée à Jésus[3]. Il éprouve le besoin de s’isoler. C’est la seule confrontation de Jésus avec la mort, contre laquelle il ne pourra rien. Il faut qu’il accuse le coup, qu’il se recueille, qu’il prie.

Lorsque j’ai préparé cette méditation, c’était quelques jours après le drame survenu à St Quentin Fallavier et j’ai été frappé par la similitude dans l’horreur et la mise en scène de la mort de JB et de ce drame survenu il y a maintenant quelques semaines. Les mots nous manquent pour dire l’horreur dans laquelle cette famille, ce village de Fontaine sur Rhône, ont été si brutalement plongés. Que dire alors de la violence avec laquelle Jésus a dû recevoir cette nouvelle des circonstances de la mort de son cousin ?

Oui, il fallait bien se mettre un peu à l’écart, s’isoler dans cette barque pour encaisser ce choc.

Mais depuis la barque, il voit une foule qui les suit sur la rive, une foule en déshérence, des petites gens, des journaliers au chômage, perdus, désorientés, s’accrochant à lui, en qui il perçoivent le chef qu’ils attendent, le berger messianique annoncé par les prophètes.

Alors Jésus est ému de compassion : La compassion, c’est autre chose que la pitié, ces quelques secondes d’émotion passagère, entre la poire et le fromage, en voyant quelques secondes à la télé oh ! Les pauvres gens, avant de passer aux sports et à la météo. La compassion c’est autre chose, c’est Souffrir avec.

Jésus devient alors l’un d’entre eux, en totale communion avec eux, voilà comment Jésus surmonte son deuil.

Surmonter son deuil non  pas en se refermant sur soi, en coupant les communications, mais au contraire en s’ouvrant, en allant vers les autres pour les aider à surmonter leurs propres chagrins, leurs propres misères, et leur faire distinguer, au bout de la nuit qu’ils traversent, la lumière d’une aube nouvelle.

Le peuple va-t-il trouver en Jésus le chef qu’il attend, c’est à dire un roi, ou bien plutôt le bon berger ?

Le texte dit qu’il leur enseigna beaucoup de choses, mais que leur a-t-il enseigné ? Peut-être leur parla-t-il de la brebis perdue, comme 6 siècles plus tôt, Jérémie parlait déjà de brebis et de bergers.

 

Jérémie 23,1-6

Jérémie est un prophète de l’exil. Il assiste à la chute de Jérusalem en 597 et la destruction du temple 10 ans plus tard et il est emmené à Babylone avec l’élite politique et religieuse de Judée.

Mais comme nous venons de le lire, Jérémie n’annonce pas que des malheurs. Le rôle du prophète est de redonner espoir à son peuple, de le remobiliser :

Jer.29/13 : Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous et je vous l'affirme : ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer.

 

Rien n’aurait-il donc changé depuis 25 siècles ? Le monde ne serait-il gouverné que par de mauvais bergers qui dispersent leur troupeau, n’en prennent aucun soin, incapables d’exercer leur pouvoir en conformité avec le projet de Dieu pour le Monde : que les peuples puissent vivre dans la Justice, le Droit, la Sécurité.

 

Mais si Jérémie annonce Jésus, le Messie, le germe juste issu de la lignée du roi David, les juifs les plus religieux, eux, attendaient un chef, un roi qui prenne le pouvoir et renverse la situation à leur avantage, abatte les forts et élève les opprimés. Et Dieu leur a donné un enfant couché dans une mangeoire à bestiaux, un prédicateur errant de village en village, un faible qui se laisse prendre et clouer à la croix.

Quelle désillusion !

 

Alors, une question nous est posée : Et nous, quelles sont nos attentes, quelle est notre espérance ?

Si nous disons que Jésus est la réponse de Dieu aux espérances des hommes en quête de vérité et de justice, de paix et d'amour, nous ne pouvons pas en même temps lui demander qu'il fasse rapidement justice quitte à utiliser des moyens énergiques et violents pour mettre fin à la violence désespérée qui éclate un peu partout dans le monde.

 

Cette conception de la justice n’est pas celle de Jésus et cette opposition apparente entre les prophéties de l’AT annonçant la venue d’un roi libérateur et le parcours terrestre de Jésus depuis la crèche jusqu’à la croix est à mettre en parallèle avec nos désirs, nos impatiences et nos rêves que nous voudrions prendre pour des promesses de Dieu.

Le Salut de l’Humanité ne passe pas par la mobilisation de forces armées contre l’Empire du mal, comme le pensait GW Bush, mais dans la mise en œuvre, par les chrétiens, de la parole du Christ et des 3 principes contenus dans son enseignement : amour, pardon, paix.

 

Mais il peut être illusoire de vouloir la paix si l’on ne considère pas auparavant celui d’en face, celui dont on nous rabâche depuis des générations qu’il est notre adversaire, notre ennemi, oui, vouloir la paix peut être illusoire si  nous ne le considérons pas au préalable comme notre frère, notre frère en humanité.

C’est ce que Paul dit dans sa lettre aux Éphésiens, qui résonne aussi aujourd’hui curieusement lorsque Paul parle de mur de séparation, dans un nouveau télescopage avec notre actualité

 

Ephésiens 2,13-19

Dès le 1° verset de ce texte, Paul nous annonce que la paix ne peut s’obtenir si l’on ne passe pas au préalable par la croix, par ce sacrifice qui nous réconcilie avec le Dieu créateur, qui devient le Dieu sauveur.

Et cette réconciliation avec Dieu est le préalable à la réconciliation de l’Humanité avec elle-même.

Or depuis 20 siècles et plus, les hommes ne font rien d’autre que de s’évertuer à s’éloigner les uns des autres :

* les Juifs, qui, détournant la Loi de Dieu de son objet initial, s’en servent pour distinguer ceux qui prétendent la respecter, des autres, les impurs montrés du doigt, rejetés de l’autre côté d’un mur de séparation plus puissant que tout autre, le mur de la haine, selon les propres mots de Paul.

Mais ne nous y trompons pas, à ce jeu malsain du nous et eux, nous n’avons rien à leur envier.

 

* Et puis, de siècle en siècle les hommes ont continué à ériger des murs, depuis la muraille de Chine, le mur d’Hadrien[4], jusqu’aux barbelés des camps de concentration, le mur de Berlin, et aujourd’hui encore, cette muraille sensée empêcher les mexicains de pénétrer sur le territoire des USA, le mur de Cisjordanie coupant les champs d’Oliviers en 2, séparant les villages de leur source.

Tous ces murs, dont la seule fonction semble être d’attiser haine et rancœur entre ceux du dedans, les bons, les purs, et ceux du dehors, les méchants, les impurs.

Mais Paul est un optimiste. Il nous dit que tout cela c’est du passé, car nous étions loin de Dieu et éloignés les uns des autres, mais Christ, par son sang, par la croix, nous a rapprochés de Dieu, et nous rapproche les uns des autres : de 2, vous ne faites plus qu’un, dit-il aux chrétiens d’Ephèse, qui se posaient encore la question de savoir si les chrétiens d’origine juive pouvaient partager leur repas avec les chrétiens d’origine grecque[5].

Par le Christ, nous dit encore Paul, la paix remplace la haine et l’inimitié, il n’y a plus ceux du dedans et ceux du dehors, les murs tombent, car nous sommes tous unis, membres d’une même famille, la famille des enfants de Dieu le Père, par Christ le sauveur, qui fait de nous des hommes nouveaux et des femmes nouvelles.

 

Conclusion

Alors nous pouvons revenir à Marc : Jésus Christ fut, il y a 2.000 ans, ému de compassion en voyant le peuple errer sur la rive, à la recherche d’un berger, d’un bon berger.

2.000 ans plus tard, je vois sur la rive de l’autre côté d’un autre grand lac notre mer Méditerranée, des peuples errer, fuyant leurs mauvais bergers, craignant pour leur vie et celle de leurs enfants, croyant que sur l’autre rive ils trouveront paix et justice, croyance illusoire, puisqu’il ne trouveront, après avoir échappé à la mort, que des murs, des grillages, des centres de rétention inhumains en guise de compassion.

Ai-je une quelconque responsabilité dans cette situation ? Je ne peux pas changer le monde, je ne peux pas réformer la société, je ne peux pas...

 

Mais je peux secouer mon indifférence, je peux aimer, je peux prier, je peux parler, je peux aider, je peux... Je peux avertir ceux que Dieu place sur mon chemin, afin qu’ils ne boivent pas à une source polluée, les paroles des faux prophètes et des mauvais bergers, qui prospèrent dans nos pays, mais à la source d’eau vive qui apporte le pardon et la paix. L’amour et le pardon d’abord, la paix viendra ensuite.

Il n’y a pas de salut possible pour l’humanité sans ce retour vers le Christ, la proclamation de son message, son enseignement, son amour, sa compassion pour tous les humains, nos frères et sœurs en humanité.

 

Amen,

 

François PUJOL


[1] En se limitant à ces 4 versets, le propos n’est pas de nous faire méditer une fois de plus sur la multiplication des pains, ce court texte est une transition entre « un repas de mort et un repas de vie » et se termine par la compassion de Jésus.

[3] Voir Matt.14/13

[4] Edifié par les Romains pour protéger l’Angleterre des Ecossais, déjà !

[5] Voir aussi Gal.3/28 et Col. 3/11