Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Si j’ai choisi ce texte pour aujourd’hui, ce n’est pas pour faire échos aux inondations qui sévissent un peu partout en France depuis plusieurs semaines.

Si j’ai choisi ce texte, c’est parce qu’il renvoie à tout un imaginaire lié à l’enfance, avec tous ces animaux de toutes les couleurs, de toutes les espèces.

Pourtant, ce texte est bien loin d’une histoire pour enfant. C’est un texte fondateur de notre civilisation. C’est ce qu’on appelle un mythe.

Mythe ne veut pas dire mensonge.

Mythe veut dire leçon universelle.

Leçon valable pour toutes les civilisations et pour toutes les époques.

Le mythe du Déluge et de l’arche de Noé nous raconte la fin du monde. Ou plutôt la fin d’un monde, parce que Noé, sa famille et les animaux, ne quittent pas la planète. Ce n’est pas une fusée spatiale ! L’arche, c’est un radeau de survie, sans voile ni moteur, qui a la forme d’une caisse rectangulaire.

Et ce sur quoi je veux attirer votre attention ce matin, c’est sur le fait que les animaux viennent à Noé (v.15).

On s’imagine Noé aller chercher un couple de girafes par-ci, un couple de fourmis par-là… Non. Ce sont les animaux qui viennent jusqu’à Noé. Puis Noé les fait monter dans l’arche, en fonction du nombre de places disponibles pour chaque espèce. Enfin, Dieu refaire la porte sur eux.

Tous les animaux sont les bienvenus. Ils n’y a pas d’interdiction. Même les animaux impurs – cochons, lièvres, chameaux – ont leurs place réservées.

Ainsi, une fabuleuse cohabitation se met en place : serpents et souris, lions et gazelles, loups et agneaux, chiens et chats, éléphants et être humains.

Proies et prédateurs et ennemis de toujours apprennent à vivre ensemble. Les auteurs de ce texte n’étaient pas débiles. Ils savaient que cette histoire était impossible, et c’est pour cela qu’ils l’ont écrite !

L’arche n’est pas un charnier où les animaux s’entredévorent. L’arche n’est pas une écurie immonde remplie d’excréments.

Elle le devrait. Pourtant elle le l’est pas.

Pourquoi ?

Si le texte ne s’embarrasse pas des détails, il ne les ignore pas pour autant. La cohabitation impossible dans l’arche, où il n’y a aucune cloison, c’est justement la leçon du texte.

Car il y a toujours une arche de Noé qui nous attend quelque part dans notre vie.

Où nous n’avons pas envie de rentrer parce que les personnes qui y sont ne nous plaisent pas. Parce qu’on a mieux à faire. Parce que la fin du monde n’est pas pour demain. Parce que, parce que… parce que pourquoi faire d’abord ?

Dans notre société individualiste, nous avons beaucoup de mal à cohabiter avec celui qui ne nous ressemble pas. Le salut pour tous, d’accord. Mais chacun son arche ! Une arche pour les chevaux (avec une place spéciale pour Rolly), une arche pour les lions, une arche pour les éléphants, une arche pour les perroquets… Et encore !

Mais Noé n’en a ni le temps, ni les moyens. Chacun doit donc accepter – ou pas ! – de rentrer dans ce projet fou où les uns et les autres passeront une année entière ensemble, sans voir le jour. Une année dans ces conditions… c’est long… mais c’est à cette seule condition que chacun survivra à la disparition d’un monde et participera à la naissance d’un nouveau.

Est-ce que vous me voyez venir ?

Ce projet – le projet de Dieu, car si Noé construit l’arche, c’est Dieu qui en est l’architecte et le propriétaire – ce projet est un projet de solidarité. La vie, la survie est à ce prix. À chacun de faire son choix. En être ou pas. Rentrer dans l’arche - le projet de la solidarité et de la cohabitation - ou ne compter que sur soi-même et mourir avec le monde ancien. Notre ancien monde – le 20ème siècle – qui nous colle à la peau et que certains semblent regretter…

Quand je relis l’histoire du 20ème siècle – siècle de sang et de fumée – j’ai bien du mal à en être nostalgique.

Au contraire, un nouveau monde s’apprête à naître. Un monde qui sera ce que nous voudrons bien qu’il soit !

Moi je veux un monde moins hiérarchique, où l’intelligence de chacun sera mise à profit.

Je veux un monde moins capitaliste où la rentabilité n’aura pas le dernier mot sur tout.

Je veux un monde où le droit de mourir dans la dignité de certains en Europe ne devra pas faire oublier le droit que d’autres devrait avoir à vivre dans la dignité en Afrique.

Je veux un monde où la vie sauvage primera sur les intérêts financiers.

Je veux un monde où le tourisme de masse ne fabriquera plus des spectateurs du monde mais des acteurs du changement.

Je veux un monde où la mer Méditerranée ne sera plus le cimetière des plus pauvres.

Je veux un monde où les plus âgés et les plus fragiles ne seront plus gérés comme des rebus de la société.

Je veux un monde où agriculture et écologie voudront dire la même chose.

Je veux un monde où les humains ne se comporteront plus comme des animaux mais comme des humains.

Car si l’humain descend du singe, alors il n’a qu’à en prendre les usages. Les singes n’ont pas inventé les missiles nucléaires et les chambres à gaz. Chez les bonobos, quand un individu se met en colère, les autres l’entourent pour lui faire des chatouilles et des câlins. Vous essaierez demain matin au travail ou en famille…

Les Églises n’échappent pas à ce constat de violence. Combien de discours plein de haine et de défiance au nom du Dieu qui est amour. Les Églises ont une mission : vivre la solidarité. Une Église, c’est comme l’arche de Noé : un rassemblement d’être humains, de toutes les origines, de toutes les opinions, de toutes les tailles, de toutes les formes, qui se rejoignent pour cohabiter et inaugurer un monde nouveau, meilleur.

Ce projet, c’est le nôtre.

Ce projet, c’est aujourd’hui.

William, tu as ta place aujourd’hui à bord de l’Église. Et si tu y vois de drôles d’animaux ou des dinosaures d’un autre âge, ne prend pas peur.

Car eux, comme toi, veulent vivre

un monde humain ou la loi de la jungle est abolie.

Un monde humain ou la solidarité est une nécessité, une manière de vivre.

On dit souvent : « quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? »

Mais quels enfants laisserons-nous à notre planète ?

Des enfants de l’égoïsme et de la consommation.

Ou des enfants de la solidarité et de la compassion ?

Devenons des enfants de Dieu. Amen