Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 07 Juillet 2019

Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

Luc 10, 1-20,

Ésaïe 66, 10-14,

Galates 6, 14-18

 

 


Le monde est mort pour moi…

 

 

Frères et sœurs,

Je vous propose ce matin de partager une méditation sur notre lecture de la lettre de Paul aux Galates, car j’ai été questionné par ce 1° verset de notre lecture : Moi, je veux me vanter d'une seule chose : c'est de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. Par la croix, le monde est mort pour moi, et moi aussi, je suis mort pour le monde.

 

Le contexte

Mais avant de chercher ce qui se cache derrière cette affirmation, il est bon de préciser que Paul n’écrit pas à une église d’une ville déterminée, mais à toutes les communautés de toute une région : la Galatie, et je vous explique à chaque fois, que les Galates sont les descendants de tribus gauloises qui ont fait une grande migration vers l’Est et se sont fixées en Anatolie[1], après moult combats assez sanglants, puis y ont fondé leur capitale : Ancyre, l’actuelle Ankara.

Et toutes ces églises, composées de païens convertis au christianisme par Paul, ont reçu la visite d’autres prédicateurs, chrétiens eux aussi, mais d’origine juive. Et ces prédicateurs leur disent : Croire en la résurrection de Jésus c’est bien mais insuffisant. Pour être un bon disciple il faut respecter la tradition et les rites juifs car Jésus était juif.

Alors, cela ne plait pas du tout à Paul, d’où cette lettre, écrite en gros caractères.

Et l’on y trouve des expressions familières, du genre : pourtant vous étiez bien partis, vous êtes vraiment stupides, etc…

 

La tradition

Et Paul s’énerve à juste raison, car :

Ces judéo-chrétiens veulent leur imposer le respect de traditions, de rites strictement juifs et qui n’ont donc aucun sens pour les Galates.

Cela est particulièrement vrai pour la circoncision, qui a été prescrite par Dieu à Abraham comme signe de l’alliance (Gen 17/10). C’est donc le signe physique de l’ancienne alliance avec Dieu, réservée au peuple juif. Ces judéo-chrétiens sont donc doublement dans l’erreur, puisqu’ils veulent imposer un rite strictement juif à des gaulois, et en plus ils veulent imposer un rite rappelant l’ancienne alliance, réservée au peuple juif, alors que ces gaulois sont sous le signe de la nouvelle alliance universelle scellée par Jésus Christ.

Ensuite Paul connaît trop bien ces judéo-chrétiens issus de la communauté des pharisiens de Jérusalem dont il fit partie, toujours sévères vis-à-vis des autres et indulgents vis-à-vis d’eux-mêmes, avec lesquels Jésus était en conflit permanent, parce que lui non plus ne respectait pas la tradition : il soignait un malade le jour du sabbat, il guérissait un aveugle-né dont on était persuadé qu’il était aveugle parce-que puni d’un grave péché, ses disciples oubliaient de se laver les mains avant de manger, etc…

Autant de transgressions des rites, de la tradition.

Mais c’est oublier que ces rites, ces traditions, ne sont que des signes d’autre chose, d’un évènement, d’un acte initial, bien plus important, dont le rite fait mémoire. On l’a vu avec la circoncision, mais on pourrait parler de l’agneau pascal, des différentes fêtes juives qui commémorent, en vrac : la traversée de la mer rouge[2], le don des tables de la loi[3], l’inauguration du seconde temple[4], le peuple juif sauvé par Esther[5], etc… Et pour nous aujourd’hui, le jeûne du vendredi, la participation à la Sainte Cène, le baptême, le bénédicité, leur respect est-il « obligatoire » pour être un « bon chrétien » ou bien leur respect est-il un simple signe de mon engagement personnel sur le chemin que Jésus a tracé pour moi ? Et leur non-respect occasionnel ou régulier, une affaire personnelle, intime, entre Dieu et moi ?

Lorsque le signe devient la règle, le rite devient une loi, une nouvelle loi. Or Jésus nous a affranchis de la Loi. Notre foi n'est pas dans le respect de rites, mais dans la disposition de notre cœur envers Jésus.

 

La croix

Et Paul ajoute : L’important ce n’est par le respect du rite, mais d’être une nouvelle créature.

Un être nouveau, voilà ce que fait de nous notre foi en Jésus Christ, et pour Paul cette nouvelle naissance passe par la croix. Il aurait pu dire qu’elle passe par la résurrection du Christ, ou par le don du Saint Esprit. Eh bien non. Paul nous ramène à la croix, car elle est l’acte premier, mais aussi l’acte unique dans l’histoire de l’humanité : les humains préfèrent tuer leur Dieu plutôt que de se remettre en cause.

Et lorsque Jésus annonçait celui qui s’abaissera sera élevé[6], qui aurait pu imaginer qu’il parlait de son élévation, sur la croix du Golgotha ?

La croix n’est pas une allégorie, un symbole. Elle a été vécue dans sa chair par le Christ. Divers textes romains en attestent. En l’élevant sur le Golgotha, c’est une barrière infranchissable et définitive qui s‘est élevée, entre le monde ancien, le monde des règles et des lois d’un côté et le monde nouveau de l’autre, composé de ces nouvelles créatures reconnaissant JC comme leur Seigneur.

Par le don de sa vie sur la croix, tout est accompli, définitivement. Aucun humain ne peut rien y ajouter, et surtout pas par ses propres œuvres.

En venant s'interposer entre ce monde ancien et moi, c’est comme si, sur cette croix, c’est toute l’Humanité dans sa vanité qui était crucifiée. La croix renverse radicalement mon rapport à la religion, elle crucifie toutes mes œuvres, tous mes efforts pour m’élever, monter en tige vers le ciel dans un effort inutile pour échapper à mon imperfection. Au pied de la croix je me retrouve nu, sans artifice derrière lequel me cacher, sans aucun mérite à faire valoir. Il me reste ce don de Jésus sur la croix, cette grâce imméritée que je ne peux que recevoir dans l’humilité et le repentir.

C’est donc ainsi qu’il faut comprendre cette expression de Paul. : Par la croix, le monde est mort pour moi, et moi aussi, je suis mort pour le monde.

 

Un être nouveau

Pour Paul, celui ou celle qui reçoit cette grâce offerte par le Christ, entre dans un monde nouveau, avec un esprit nouveau, comme le dit le prophète Ézéchiel[7] .

Désormais plus rien ne sera comme avant, nous sommes toujours dans le monde, mais nous ne sommes plus du monde, car nous vivons dans la proximité bienveillante de Dieu, ayant coupé avec toutes ces anciennes règles et lois, nous en tenant à la seule loi que nous puissions connaitre, celle du pur Évangile.

Alors, en nous battant sur la question de savoir à quel âge et sous quelles modalités nous devons être baptisés, en consacrant autant d’énergie dans l’organisation de nos institutions, en nous délectant de débats stériles sur l’interprétation des Ecritures entre orthodoxes et libéraux, en soulevant des questions sans réponse, ne revenons-nous pas aux temps anciens ?

 

Notre  liberté- Notre responsabilité

Car la nouveauté de l’Évangile, ce n’est pas l’instauration d’une nouvelle religion, avec ses nouvelles règles, ses nouveaux rites, mais une nouvelle façon d'être en relation avec Dieu.

Cette nouvelle relation qui fait de nous des hommes, des femmes libres, imprévisibles, investis d’une force qui ne doit rien aux humains mais qui s’appuie sur le Saint Esprit. Voilà ce qui fait de nous un peuple, le nouveau peuple de Dieu. Ce qui n’exclue pas que cette liberté puisse parfois se payer cash[8].

Mais ce nouveau Peuple de Dieu n’est pas un club où il faudrait montrer patte blanche pour entrer, par exemple un certificat de baptême, mais il a une vocation universelle, il est ouvert à quiconque reconnait en Dieu un créateur aimant, qui s’est rapproché de nous par son Fils Jésus Christ. Alors plus besoin de chercher une échelle pour monter vers Dieu par nos propres moyens, ne cherchons pas non plus à imposer aux autres notre propre expérience comme seul chemin, car alors nous deviendrions de nouveaux pharisiens. Ce que Jésus nous a offert sur la croix, c'est Dieu sans intermédiaire.

Mais cette liberté n’est pas acquise sans contrepartie. Elle nous donne une responsabilité, non pas de rechercher la perfection, la pureté pour nous-mêmes, ce qui serait un effort inutile, mais cette liberté obtenue par le seul don de la croix, nous rend redevables de nos frères devant Dieu : Qu’as-tu fait de ton frère, nous demande le Christ chaque matin.

 

Conclusion

Et cela nous renvoie au texte de Luc, où Jésus nous envoie en mission au milieu de nos frères mais aussi au milieu des loups.

Et il n’y a pas si loin que cela à aller, pour se trouver en milieu hostile : le travail, le lycée, pour certains les engagements politiques ou syndicaux, autant de lieux où il n’est pas si aisé de parler de Jésus Christ. Vous en avez peut-être déjà fait l’amère expérience.

Et pourtant n’est-ce pas là où l’on peut rencontrer des gens qui n’en ont peut-être jamais entendu parler et qui, si nous nous taisons, ne pourront jamais entendre cette phrase : Le royaume de Dieu s’est approché de toi. Voilà la responsabilité que nous portons car si Dieu nous a placés ici et maintenant et non pas ailleurs et en d’autre temps, c’est pour que nous soyons ici et maintenant ses témoins.

Mais comme nous ne savons pas comment faire, il n’y a peut-être rien à dire, rien à faire d’autre que nous laisser porter par le Saint Esprit. Etre, être seulement nous-mêmes, et le reste viendra de surcroît.

Nous laisser porter par cette grâce, centre de l’Évangile auquel nous croyons. Toute notre vie se résume en cette simple formule: la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous n'avons pas trop de toute notre vie pour la comprendre et la vivre !

 

Amen !

 

François PUJOL


[1] Moins de 3 siècles avant J.C.

[2] La Pâque juive

[3] Chavouot : la pentecôte juive

[4] La fête des lumières

[5] La fête de Pourim

[6] Matthieu 23,12 - Luc 14,11

[7] Ezéchiel 36, 24-27 : Je vous arracherai aux nations, … Je vous aspergerai d’eau pure et vous serez purifiés, … Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. Je retirerai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. C’est mon Esprit que je mettrai en vous.

[8] Paul aux Corinthiens : cinq fois j'ai reçu des juifs 39 coups de fouet, trois fois j'ai été frappé de coups de bâton par les romains, une fois j'ai été lapidé et laissé pour mort, trois fois j’ai fait naufrage; et j'ai passé un jour et une nuit dons les abysses (2 Co 11.24-25). On pourrait en citer tant d’autres !


[1]