Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 19 JUILLET 2020

Culte à Orpierre (05700)

 

 

Textes Bibliques:

Exode 34, 1-10
Jean.3, 16-17


Dieu pardonne.... Démesurément !

Contexte : le péché de Moïse
« Le seigneur dit à Moïse : Taille deux tablettes de pierre comme les premières ». (Ex 34,1)

Nous avons tous en tête l’image de Moïse au pied d’une montagne, chargé des tables de la loi que Dieu vient de lui donner. Cet événement parait unique en son genre, et pourtant ! Il se répète deux fois dans le même livre biblique.
Sans cela, l’épisode du veau d’or, qui précède notre passage, aurait sonné le glas du peuple d’Israël. Le récit aurait pu s’achever sur ces mots, au chapitre précédent :
« Alors Moïse se mit en colère ; il jeta les tablettes et les brisa au pied de la montagne. » (Ex 32,19)

Plus de loi, plus d’alliance, fin de l’histoire ! Moïse aurait jeté l’éponge et laissé son peuple à son idole.
Le récit aurait aussi pu continuer un peu plus loin, et s’achever sur l’épisode le plus terrible, selon moi, de l’Ancien Testament, où Moïse donne cet ordre, en invoquant le nom du Dieu d’Israël :
« Que chacun de vous mette son épée au côté ; passez et repassez dans le camp, d’une porte à l’autre,
et tuez, qui son frère, qui son ami, qui son parent ! ». (Ex 32,27)

Avec la bénédiction du patriarche, les fratricides, parricides, infanticides etc. auraient anéanti le peuple d’Israël. Plus d’alliance, plus de peuple, encore une fois et d’autant plus, fin de l’histoire ! Le texte biblique aurait été réduit à 150 pages.
Oui, mais voilà : le récit ne s’arrête pas là. Le peuple a oublié son dieu et s’est construit une idole, Moïse s’est mis en colère et a brisé les tablettes sur lesquelles il avait inscrit la loi, Moïse et ses acolytes ont semé le deuil dans leur camp : Dieu, pour l’instant, est absent de l’histoire. Mais il ne faudrait pas oublier que l’Ancien Testament est une histoire d’amour, entre un peuple infidèle et un Dieu qui, lui, reste toujours fidèle. Non, l’histoire n’est pas terminée.
Lorsque je relis ce chapitre 32 de l’Exode, j’ai l’impression d’avoir affaire à un « livre dont vous êtes le héros », vous savez, ces romans à fins multiples en fonction des choix du lecteur.
Imaginez :
« Vous êtes Moïse. Après avoir passé une semaine plus 40 jours et 40 nuits sur la montagne, vous en redescendez et constatez que votre peuple ne vous attend plus et chante et danse en votre absence autour d’une idole en or. Comment réagissez-vous ?

* Choix n.1 : De colère, vous brisez les tablettes de pierre que vous comptiez leur transmettre, puis vous rentrez vous coucher le temps de digérer la nouvelle. Fin de l’alliance.

* Choix n.2 : De colère, vous brisez les tablettes de pierre, puis vous décidez de venger votre dieu avec l’aide de quelques-uns prêts à tuer pour faire oublier leur infidélité. Fin du peuple d’Israël.

* Choix n.3 : De colère, vous brisez les tablettes de pierre. Après avoir repris vos esprits, vous vous tournez vers Dieu pour lui demander de vous pardonner ainsi qu’à vos amis égarés.

Qu’est-ce que ces différents choix impliquent ? C’est peut-être la question que les auteurs de l’Exode ont cherché à nous poser en explorant les 3 options, sans en omettre aucune. Moïse est libre de son choix, Dieu, pour l’instant, se tient en retrait. Mais la 3e option, par la prière, ouvre une porte à Dieu. Et…
Bonne nouvelle, dans le texte de ce jour, 2 chapitres plus loin, Dieu est bien présent !

Le pardon de Dieu
Après que le peuple s’est détourné de lui, après que Moïse a succombé à la colère et brisé les tablettes de Sa Loi, Dieu re-donne sa Loi, renouvelle son alliance. Le sujet de ce passage, c’est le Pardon, au sens propre. Il s’agit de la part de Dieu, d’un par-don concret, en actes.
Je ne résiste pas à une petite digression à propos de l’étymologie du verbe pardonner. Le verbe pardonner vient du latin « per-donare », soit le verbe « donare », « donner », et la particule d’accomplissement « per ». Pardonner, c’est donner de manière parfaitement absolue, ou absolument parfaite.
Ce par-don ne peut être qu’à l’initiative de Dieu seul. En effet, dans sa prière, Moïse prie Dieu de bien vouloir, littéralement, « enlever le péché ». Il n’imagine pas que Dieu
va non seulement accéder à sa demande, mais encore lui par-donner absolument en renouvelant son don et son alliance.
Le pardon tient ainsi de la surabondance divine. D’ailleurs, Dieu, dans notre épisode, se définit lui-même comme :
« Adonaï, Adonaï, Dieu compatissant et clément, patient et grand par la fidélité et la loyauté,
qui conserve sa fidélité jusqu'à la millième génération, qui pardonne la faute, la transgression et le péché,
mais qui ne tient pas le coupable pour innocent,
qui fait rendre des comptes aux fils et aux petits-fils pour la faute des pères,
jusqu'à la troisième et la quatrième génération ! » (Ex 34, 6-7)

Dieu pardonne à la hauteur de ce qu’il aime, c’est-à-dire démesurément.
« Dieu a tant aimé le monde » (Jn 3, 16),
nous dit Jean.
Ce « tant », traduit aussi par « tellement », les auteurs de l’ancien testament ont cherché à le quantifier, avec un rapport de 1000 sur 4 : pour eux, Dieu pardonne et est fidèle 250 fois plus qu’il ne juge.
Cette velléité de quantification de l’amour de Dieu peut prêter à sourire, mais elle montre bien sa démesure. C’est cette démesure de l’amour et du pardon qui est à l’œuvre en Christ :
« Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde,
mais pour que par lui le monde soit sauvé. » (Jn 3, 17)

Ainsi, bonne nouvelle : l’amour de Dieu sauve le monde !
Oui, mais de quoi ?

L’humilité devant la démesure de l’amour divin interdit tout fanatisme
Eh bien, je crois que la confrontation avec cet amour démesuré de Dieu nous sauve d’abord de nous-mêmes.
Revenons à notre « Histoire dont vous êtes le héros ». La première option de Moïse, face à sa déception et sa tristesse, c’est de se laisser aller à la colère. Cette réaction incontrôlée, peut-être incontrôlable, conduit Moïse à commettre lui-même une faute, à briser les tablettes de la loi que Dieu vient de lui donner.

Les sentiments à l’œuvre dans la seconde réaction de Moïse, qui invoquant le nom de Dieu provoque une tuerie fratricide dans le camp, sont plus complexes. Je crois qu’à la tristesse et à la colère de Moïse s’ajoute une grande culpabilité. Moïse prend conscience de ce qu’il vient de faire, et redoute la punition de son Dieu, qu’il se représente sévère et vengeur. Voulant se justifier lui-même face à ce Dieu devenu terrifiant, il se trouve des compagnons qui, comme lui, sont rongés par la culpabilité et la peur : culpabilité d’avoir participé au culte du veau d’or, et peur de se voir jugés par Dieu. Et voilà ces pécheurs en recherche de Salut qui se substituent à Dieu en jugeant à sa place leurs frères, et en cherchant à expier à travers eux leur propre faute. Et voici que le sang et les larmes coulent au nom d’un Dieu dont on a oublié tous les commandements d’amour, et qui n’a plus voix au chapitre.

Mais Moïse, toujours en proie à la colère et à la culpabilité, a une troisième option, celle de se tourner vers Dieu. Connaître la bonté de Dieu lui permet de faire ce choix. Sa foi en l’amour de Dieu rend Moïse humble et confiant : malgré sa culpabilité, il peut se tourner vers son Dieu, dont il sait qu’il l’aime et le pardonne plus qu’il ne le juge (250 fois plus si on se réfère aux comptes d’apothicaire des auteurs de l’Exode) ; Moïse sait qu’il ne peut se contenter de compter sur lui-même, sur ses propres œuvres, pour être rétabli en tant qu’homme juste devant Dieu.

Oui, la démesure de l’amour de Dieu oblige à l’humilité, et ce faisant nous sauve de l’orgueil ;
La démesure de l’amour de Dieu nous sauve du désespoir, et ce faisant nous interdit tout acte désespéré ;
La démesure de l’amour de Dieu nous rétablit dans notre dignité d’hommes et de femmes, malgré nos fautes, et ce faisant nous enjoint à nous aimer les uns et les autres, nous-mêmes comme notre prochain.

Alors, que chacun de nous garde au cœur l’assurance de l’amour, de la bienveillance et du pardon de Dieu pour Lui et pour ses frères. Et que chacun de nos actes soit empreint de ce grand amour de Dieu pour le monde.

Amen !

Charlotte Brosse-Barral