Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 12 SEPTEMBRE 2010 –

Culte à Trescléoux (05700)

 

 

 Lectures du Jour :

Exode 32, 7-14

Luc 15, 11-32 (Voir également méditation du 11 Septembre 2016)

I Timothée 1, 12-17

 

L’intercession de Moïse


Chers frères et sœurs,

Plutôt que de vous parler une énième fois de ces trois paraboles autour d’un même thème : la brebis perdue, la drachme perdue, le fils prodigue, que l’on pourrait aussi appeler « le fils perdu », je vous propose ce matin de méditer sur ce texte d’Exode 32 7/14, lui aussi archi connu mais peut-être mal, le « veau d’or », et à nous demander ce que ce texte vieux de 3.200 ans peut bien avoir à nous dire, aujourd’hui, quelle est son actualité ?

Ce texte se décompose très nettement en trois parties :

- Le dialogue entre Dieu et Moïse,

- Le veau d’or,

- L’intercession de Moïse

  1. Le dialogue de Moïse avec Dieu : On a donc ce berger un peu rustique qui discute avec l’Éternel, c’est assez surréaliste, quand on y pense :

Car si l’on s’attarde un peu sur ce mot : « L’Éternel », beaucoup de gens, en disant « Éternel », pensent « immortel » et ils ont à moitié raison : l’Éternel ne meurt pas, certes ; mais s’il ne meurt pas, de l’autre côté de l’éternité, il faut bien admettre qu’il n’est pas né non plus. Et quand Woody Allen dit dans un de ses films « l’éternité c’est long surtout à la fin », il aurait fallu lui répondre « L’éternité c’est long, surtout au début ». Tout ceci pour vous faire toucher du doigt que lorsqu’on veut essayer de comprendre qui est Dieu, on attrape rapidement le vertige et l’on mesure toute la distance qu’il y a entre ce qui est humain et ce qui est divin.

C’est d’ailleurs pourquoi les hommes ont toujours eu des difficultés à nommer Dieu, celui qui ne meurt pas, mais qui n’est pas né, alors ils lui ont trouvé des noms : la transcendance, l’ultime, le tout-autre, le déjà là, l’incréé, comme si de lui donner un nom, cela nous faisait déjà l’apprivoiser, mais peut-on apprivoiser Dieu ? Vous voyez que lorsqu’on réfléchit à ces questions, la raison butte comme sur une porte fermée, que seule la foi peut ouvrir. Pour résoudre cette difficulté Dieu avait dit aux hébreux, « appelez-moi YWHW, celui qui est ». Et Moïse discute donc avec celui qui est, non pas de théologie, mais comme un vieux couple : « tu as vu ton peuple, que tu as fait sortir D’Égypte, ce qu’il est en train de faire ?, Mon peuple, mais ce n’est pas mon peuple, c’est ton peuple, que tu as fait sortir D’Égypte, etc. ». Ce n’est plus de la proximité, c’est de la familiarité, et ces phrases dans leur détail ont franchi les millénaires pour arriver jusqu’à nous ! De même pour cette phrase de Jésus, que nous retrouvons dans la prière sacerdotale (Jean17) : « C'est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi, ce sont tes enfants »

Alors posons-nous la question : Dans quelle relation sommes-nous avec Dieu ?

Sommes-nous en proximité, en familiarité,  Irions-nous jusqu’à lui dire aujourd’hui : « c’est ton peuple, regarde dans quel état il est ! Il faut faire quelque chose ! »

  1. Le veau d’or : Ma représentation de cet épisode a longtemps été parasitée par le film de Cecil B de mille, que vous avez sûrement tous vus il y a plus de 50 ans et que je suis allé voir en 1956 avec mon moniteur d’école du dimanche, M. Siegfried, au cinéma Paramount : scènes de beuveries, d’orgies (soft), par cette profusion d’images, le propos est de nous faire bien comprendre ce que c’est que l’idolâtrie.

Or en fait, ce n’est pas du tout çà : S’ils fondent le taureau en or et quel or, (le veau, ou la vachette, çà vient de Paul – Rom 11 - un peu misogyne pour le coup), c’est en l’honneur de YHWH auquel ils pensaient être fidèles :  

« Israël! Voici ton dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte. Et Le lendemain, ils se levèrent de bon matin, et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices d'actions de grâces (v.4-6) »

Mais voilà, Moïse était parti depuis déjà quelque temps et sans Moïse, plus de contact avec ce Dieu inaccessible, qui donne le vertige. Ils se sentaient seuls, et Moïse disparu, ils avaient besoin d’être rassurés par quelque chose de tangible, d’humain, qui parle à leurs sens, qu’ils puissent toucher, regarder, à qui ils puissent parler, avec qui ils puissent ressentir des émotions. Et ce taureau, c’était pour avoir le Seigneur au milieu d’eux, mais pas un autre Dieu. Ils avaient tout simplement inventé la religion, cet ensemble de traditions, célébrations, censées permettre au plus grand nombre d’accéder à la dimension divine, de se rapprocher de Dieu.

Cà, c’est bon pour les voisins d’en face, mais pas pour nous les fils de la Réforme, n’est-ce pas ? Je suis sûr que certains d’entre vous y ont pensé !!

Eux aussi avaient cru bien faire, mais c’était loupé, Dieu les avait prévenus, leur relation avec Lui devait être fondée seulement sur leur foi et Sa seule Parole, transmise par un seul médiateur, Moïse.

Et l’on est dans une totale actualité, car le « la Foi seule, L’écriture Seule » de Luther, c’était bien en réaction à la religiosité poussée à son extrême, insupportable pour lui (les indulgences), et l’on pourrait ajouter, comme il le fit «  Le Christ seul », comme pour le peuple hébreu il y avait « Moïse seul ».

Et pour nous, quel enseignement tirer : Le fait d’être fidèle à Dieu n’exclut pas que l’on puisse avoir en même temps des idoles, y compris sans le savoir.

2. Je me demande donc si nous aussi, en croyant bien faire, nous n’avons pas créé des obstacles, des écrans, à notre relation directe avec Dieu, qui deviendraient en quelque sorte des idoles : par exemple, tout ce que nous faisons en relation avec l’Église ou notre foi, officiellement par fidélité à Jésus Christ, n’est-ce pas aussi un peu en nostalgie de temps anciens, par fidélité à nos aïeux, nos parents, ou parce que nous voulons faire perdurer des traditions auxquelles nous sommes attachés ?.

Je pense aussi à notre Église-Institution : organisée, structurée, dans le but de mieux servir le Seigneur, mais toute cette énergie dépensée pour faite tourner des commissions, des conseils, des synodes, maintenir la structure coûte que coûte, n’est-elle pas en train de nous en éloigner : est-ce toujours ou encore la meilleure façon de servir Dieu ? Ou bien, dit autrement, le moyen n’est-il pas devenu la fin ? Ou dit encore autrement, Notre Église deviendrait-elle une religion ou est-elle encore et d’abord une confession ?

Voilà ma réflexion sur ce texte, livrée un peu brutalement non pas pour nous culpabiliser de quoi que ce soit, mais pour réfléchir ensemble à une lancinante question, pour laquelle je n’ai jamais de réponse claire : Quel chemin Dieu nous demande-t-il de prendre ? » Mais il faut rester confiant car il y a le 3° point :


3. Quelle merveilleuse intercession de Moïse : « Tu dois pardonner à ton peuple !! ». Par son insistance (comme Abraham pour Sodome) Moïse fait plier Dieu, « Et l'Éternel se repentit du mal qu'il avait déclaré vouloir faire à son peuple ».

Comment peut-on imaginer cela ? En tous cas l’idée que le plan de Dieu pour l’Humanité serait écrit une fois pour toutes est bel et bien battue en brèche.

On pourrait aussi relire la promesse faite par Dieu à Noé pour se convaincre que ce qui est immuable chez Dieu, c’est sa fidélité et sa capacité à pardonner, sa miséricorde. Ce texte montre plusieurs choses :

- Moïse, l’intercesseur, qui demande le pardon de Dieu pour tout le peuple au nom de la promesse qu’il lui a faite, est le seul qui finalement sera puni. Tout Comme Jésus, qui dans son dernier souffle demande « Père, pardonne leur car ils ne savent ce qu’ils font (Matth.7) ». Oui Moïse est bien, dans son rôle, ses interventions, sa fin, l’annonce de Jésus lui-même,

- En second lieu, que Dieu est à l’écoute de celui qui le prie « Demandez et l’on vous donnera », ce n’est pas une simple formule, ce texte et tant d’autres et peut-être aussi vos expériences personnelles peuvent en attester.

- Et pour finir, tout peut toujours changer par l’action de la prière, moyen le plus sûr pour trouver le bon chemin, mais pas la prière comme ultime recours quand tout le reste n’a pas marché, la prière comme moyen/méthode/principe d’action pour l’intercession et pour nous aider à trouver le bon chemin.


Alors ne soyons pas timorés dans nos prières, ayons vraiment confiance en leur efficacité et en la fidélité et la miséricorde de Dieu, manifestée par le sacrifice de Notre Seigneur Jésus Christ.


Amen.


François PUJOL