Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 24 MARS 2019

 Culte à Trescléoux (05700)

 

Lectures du Jour :

Exode 3, 1-15

1 Corinthiens 10, versets 1 à 12

Luc 13, versets 1 à 9 (voir sus cette référence, méditations du 03 Mars 2013 et du 28 Février 2016)



Le buisson ardent

 

Frères et sœurs,

 

Aujourd’hui, nous retrouvons Moïse gardant les brebis de son beau-père sur les pentes du mont Horeb[1].

Nous savons tous ici, que si garder des brebis n’est pas forcément une activité de tout repos, elle permet à l’esprit de s’évader de temps en temps, certains, comme Ismaël Triolaire[2], mettant à profit ces moments pour écrire des poèmes, d’autres se contentant d’écouter leur transistor. Ce n’est pas le cas de Moïse, que j’imagine bien, en train de se demander ce qu’il fait derrière ces brebis qui ne sont même pas à lui, dans un pays étranger, dont les habitants vénèrent de faux dieux. Et il voit en boucle le film de sa vie : Il échappe à la mort dès sa naissance, le pharaon trouvant que ses esclaves hébreux deviennent trop nombreux. Sa mère lui confectionne un berceau flottant et le confie au Nil et à Dieu. Là il est recueilli par la fille du pharaon, qui l’adopte, et il vit au palais comme un prince. Mais patatras ! Il est témoin, fortuitement, de brutalités d’un gardien envers un vieil esclave hébreu, s’interpose, s’ensuit une altercation, on en vient aux mains et le gardien est tué. C’est un accident mais il doit fuir, se cacher mais les hébreux le rejettent, le considérant comme un traitre, lui qui fut élevé dans les ors du palais pharaonique. Ils ne peuvent voir en lui un frère.

Son refuge sera donc le désert, le pays de Madian, et il est là depuis 40 ans. Sa vie va-t-elle se terminer ainsi, il ne peut l’imaginer. Il sent au fond de lui, une incompréhension du sens de cet itinéraire peu banal, et c’est un sentiment de manque qui prédomine : tout ça pour ça ?

C’est alors qu’il voit ce buisson bizarre, qui brule sans se consumer.

 

L’appel

Les sens mis en éveil par ses réflexions existentielles, Moïse n’a pas peur. Curieux, il s’approche et c’est là que surgit de ce buisson, l’appel : Moise, Moïse !, suivi aussitôt de N'approche pas! Enlève tes sandales parce que cet endroit est saint.

C’est bien Dieu qui parle à Moïse, et Moïse entend cet appel. Attardons nous un instant sur cette question : Toutes les vocations de ceux que l’on appellera par commodité, de grands serviteurs du Seigneur, toutes ces vocations ont commencé par un appel[3] :

Mais pour entendre cet appel, il ne faut pas être repus, économiquement certes,  mais repus de certitudes. Il faut être en éveil, dans le doute, l’instabilité, une pointe d’insatisfaction sur la façon dont se déroule notre vie, les yeux et l’esprit ouverts sur ce qui nous entoure. Moïse était dans cette disposition, c’est pourquoi il entendit l’appel du Seigneur.

Mais aussitôt il cherchera tous les arguments possibles pour se défiler, avec bonne conscience : Moi, un berger misérable aller voir le pharaon, surtout avec la pancarte que j’ai dans le dos et en plus pour libérer les Hébreux, tu n’y penses pas, et puis cela fait 40 ans que je ne parle plus ; d’ailleurs je bégaie, etc…

Et pour nous qu’en est-il ?

Cette histoire du buisson ardent est une sorte de parabole, dans laquelle, vous savez, on cherche toujours à s’identifier à l’un ou à l’autre des protagonistes mis en scène.

Alors, ne sommes-nous pas, peu ou prou ce Moïse-là ? Avons-nous entendu cet appel, qui ne nous demande pas forcément d’aller jusqu’à Lambaréné, mais juste au bout du chemin ! Pour libérer non pas tout un peuple, mais juste une personne à la fois !

Avons-nous répondu, nous sommes nous défilés, je vous laisse méditer cette question.

 

Dieu est partout

Et puis, si Dieu proclame que ce petit bout de désert, en terre étrangère idolâtre, est saint, c’est que Dieu est partout, et où qu’il soit, sa Parole peut être entendue.

Alors, lorsque nous disons de nos églises et de nos temples, « c’est la maison de Dieu », quelle erreur ! Dieu n’a pas besoin de maison puisqu’il est partout. C’est nous qui avons besoin de maisons particulières pour écouter sa Parole, incapables que nous sommes d’entendre son appel dans nos nouveaux déserts.

 

Le libérateur

Mais l’important, dans ce texte, ce sont ces versets 7 à 10, où Dieu rappelle à Moïse, qu’il connaît la misère et les souffrances de son peuple. Il est un Dieu compatissant et fidèle qui a entendu ses cris de détresse.

Et apparaît au verset 8, dès le 2° livre de la Bible, cette phrase : Je suis donc descendu pour le délivrer. De qui parle-t-il ? De Moïse et des Égyptiens, ou de Jésus et de l’Humanité ?

Il y a une 3° option tout aussi intéressante : Vous savez que toute la Torah, le Pentateuque, a été réécrite par les scribes en déportation à Babylone, donnant ainsi une unité, une cohérence à ces 5 premiers livres qui fondent la religion Juive. Leur propos était, en réaffirmant que Dieu est le Dieu unique au-dessus de tous les autres dieux, en réaffirmant sa puissance et sa fidélité, leur propos était de maintenir l’identité du peuple, rassemblé autour de son Dieu. Et ce sont ces scribes, après des décennies de déportation, qui écrivent ces lignes que nous venons de lire : J’ai entendu les cris de mon peuple, je descends pour le libérer, encouragés par les oracles des prophètes le second Esaïe, Jérémie, Ezéchiel, eux aussi déportés.

Preuve extraordinaire de confiance dans leur Seigneur, et ils seront exaucés.

C’est à travers Dieu annonçant à Moïse cette terre promise où il conduira son peuple, que les hébreux en déportation trouvèrent les forces de rester fidèles et de garder leur confiance, leur foi, en leur Seigneur.

On peut imaginer nos ancêtres, après l’édit de révocation, puisant dans ces mêmes textes les forces pour résister, selon l’expression de Marie Durand.

Cette parabole nous annonce à nous aussi cette Nouvelle Terre Promise, où Dieu veut nous conduire au milieu de ces nouveau Cananéens, Hittites Amorites, qui ont pour noms : laïcards, hédonistes, intégristes de tout poil, imposteurs, prédateurs, oppresseurs de peuples, qui foulent tous autant les uns que les autres la règle d’or énoncée par le Christ[4], contre lesquels il nous faudra combattre pour établir le Royaume de Dieu, qui, vous l’avez compris ne se trouve pas dans un au-delà hypothétique, mais ici et maintenant.

Avons-nous gardé assez de forces, assez de foi pour en être les acteurs ? Voilà l’autre question que nous pose ce texte ce matin.

 

Le nom de Dieu

Mais dans son dialogue avec Dieu, Moïse croit avoir trouvé une objection imparable : Tu me dis d’aller vers le pharaon et vers mes frères pour parler en ton nom, mais je ne connais même pas ton nom. Que leur dirai-je ?

Et Dieu répond tu leur diras « JE SUIS m’a envoyé vers vous ! »

Et juste avant, Dieu dit à Moïse Je suis qui je suis, que l’on trouve dans d’autres traductions en je suis celui qui suis ou je suis celui qui est.

Cette dernière traduction met en avant l’altérité absolue, l’immanence de Dieu. Les autres insistent sur le présent : je suis, expression de l’éternité de Dieu qui ne connait ni passé ni futur, ni commencement ni fin, tout comme ce buisson qui pourrait brûler éternellement sans se consumer.

Et depuis, les juifs ne savent plus comment nommer Dieu, qu’ils remplacent par le tétragramme YWHW et qu’ils appellent par défaut Seigneur. Aujourd’hui encore cette difficulté persiste, et lorsqu’ils doivent écrire son nom, ils l’écrivent ainsi : D.ieu, ce qui est une façon de reconnaître que Dieu ne peut s’enfermer dans un nom. Ne pas pouvoir donner un nom à Dieu, c’est admettre que l’on ne peut totalement le connaitre[5].

De Moïse à Jésus

Dieu a envoyé Moïse le berger pour libérer son Peuple de l’esclavage. Dieu nous a envoyé son Fils Jésus le Christ, le bon berger, pour nous libérer de nos esclavages d’aujourd’hui.

Et notre liberté peut s’exprimer par cette phrase que nous pouvons faire nôtre : je suis qui je suis, Paul ajoutant, par la grâce de Dieu (1 Corinthiens 15, 10) : libéré, émancipé par une grâce imméritée, je peux être pleinement moi-même et je peux dire oui à moi-même[6], et m’accepter tel que je suis, me sachant aimé et pardonné par mon Seigneur.

 

En conclusion

La vision du buisson ardent fut pour Moïse le départ d’une vie nouvelle, alors qu’il était persuadé devoir garder les brebis de son beau-père jusqu’à la fin  de ses jours. Qu’il nous soit donné, à nous aussi, de discerner dans notre quotidien, les signes, les appels que Dieu nous adresse, pour une nouvelle vie. Mais pour cela, nous devons réapprendre la confiance, réapprendre à chercher Dieu dans nos vies. Chaque jour, nous devons marcher, avancer, passer au travers des épreuves, confiants et forts de l’attention et l’amour que Dieu nous porte. Car nous sommes des privilégiés : Christ marche à nos côtés et lorsqu’il n’y a plus qu’une seule trace de pas sur le sable, c’est parce qu’il nous porte dans les épreuves où nous risquons de chuter[7].

 

Amen !

 

François PUJOL


[1] C’est l’autre nom du Mont Sinaï

[2] Berger-poète Rosannais (1872-1958) auteur d’un recueil de poèmes, édité par la Frérie des bergers alpins, fondée en 1959 par Pierre Melet.

[3] Comme l‘écossais Robert Mac All pasteur méthodiste dans des paroisses ouvrières anglaises et qui reçoit soudain un appel à venir à Paris, assister les ouvriers en total désarroi après la chute de la commune de Paris. Il y débarquera en Juillet 1871, 2 mois après l’exécution de 147 communards au mur des fédérés (28 Mai 1871). Il s’installera à Belleville et fondera ce qui est aujourd’hui la Mission Populaire Évangélique, qui fêtera bientôt son 150° anniversaire. Ou Albert Schweitzer, agrégé de philosophie, professeur de théologie, organiste reconnu, qui reçoit à 30 ans un appel à « soigner, soulager les souffrances pour expier les crimes de la colonisation, saisi soudain par l’idée qu’il ne devait pas accepter son bonheur comme une chose naturelle et qu'il lui fallait donner quelque chose en échange ».

[4] Matthieu 5,17 * Luc 6,31

[5] Lorsque vous croisez un enfant, la première chose qu’il vous demande c’est « comment tu t’appelles » ? Vous lui donnez votre prénom et il repart rassuré : désormais il vous connaît.

[6] L’expression est de Paul Ricœur

[7] Voir le poème d’Adémar de Barros « Des pas sur le sable »