Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 6 JANVIER 2013 (Épiphanie)

Trescléoux (05)

Lectures du Jour :

Ésaïe 60, 1- 6

Matthieu 2, 1-12 (Voir sous cette référence, méditations du 08 Janvier 2012, du 07 Janvier 2007 et du 07 Janvier 2018)

Éphésiens 3, 2-6




Une espérance universelle

 

Frères et sœurs,

 

Eh bien nous y voilà une nouvelle fois, à cette Épiphanie qui clôt cette période de la Nativité.

Nous aurons vu encore une fois l’étoile, les bergers, le bœuf et l’âne, l’enfant dans la crèche, les mages devenus rois, nous aurons pu voir toutes ces crèches du monde entier, exposées, à Serres ou Sisteron, nous aurons peut-être nous mêmes sorti « ces petits santons de leur boîte en carton », reconstruit cette crèche autour de laquelle la famille se réunit, grands-parents et petits-enfants, sacrifiant ainsi à cette tradition, que d’aucuns considèrent comme païenne et idolâtre, surtout chez nous les parpaillots, limite iconoclastes.

 

Le bœuf et l’âne

Païenne et idolâtre ? C’est à voir.

Regardons les Évangiles : On sera étonnés de constater que la naissance de Jésus, qui est tout de même le point de départ de notre foi, n’est relatée que par Luc, qui parle en effet de mangeoire, d’hôtels complets, de bergers et d’anges.

Matthieu passe allègrement sur la naissance, « Jésus étant né à Bethléem en Judée au temps du roi Hérode », puis passe directement aux mages guidés par l’Étoile.

Marc et Jean n’en parlent pas et commencent leur récit avec le ministère de Jean Baptiste (précédé du fameux Prologue chez Jean).

Nulle part on ne trouve dans le N.T. référence au bœuf ou à l’âne, c’est pourquoi, l’Église catholique elle-même, au concile de Trente, en 1563, soucieuse de contrecarrer les accusations des Réformés, interdit de représenter le bœuf et l’âne dans les scènes de la Nativité, qui avaient été inaugurées par François d’Assise, ami des animaux, avec les crèches vivantes dans les églises.

Mais cette tradition perdurera dans les familles avec de petites crèches composées de figurines, d’abord en Italie puis en Provence, c’est la naissance de nos santons, les santouns.

Curieusement, pour trouver le bœuf et l’âne, il nous faut ouvrir l’A.T., et tout d’abord le livre D’Ésaïe, proposé à notre lecture ce matin, mais dans son premier chapitre les versets 2 et 3 : J'ai nourri et élevé mes enfants, Mais ils se sont révoltés contre moi. Le bœuf connaît son possesseur, et l'âne la crèche de son maître, mais Israël ne connaît rien, mon peuple n'a point d'intelligence et aussi en 11/7 : La vache et l'ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte; et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille. Et un petit enfant les conduira.

Mais le prophète qui a peut-être le plus inspiré cette tradition populaire est Habacuc, que l’on lit peu souvent, en 3/2 : dans la traduction grecque des Septante, Au milieu de deux animaux, qu'il soit connu! Au temps qui s'approche, qu'il soit reconnu!  Les chrétiens des premiers siècles (qui connaissaient plus le grec que l’hébreu) ont relu ce texte à la lumière de la naissance de Jésus. Au temps accompli, Dieu s'était effectivement manifesté dans la grotte de Bethléem. Et les deux animaux sont devenus l'âne et le bœuf.

Voilà pour l’anecdote.

 

L’accomplissement des prophéties

Si Matthieu cite la prophétie d’Ésaïe (il est le seul à le faire), c’est pour une raison théologique autrement plus importante.

Matthieu était juif, de Galilée, c’était le disciple probablement le plus instruit et le plus élevé socialement, d’entre les 12. Après la mort et la résurrection du Christ il évangélisa les juifs de Palestine et de Syrie. C’est donc aux juifs que son Évangile s’adresse, d’où cette référence à Ésaïe et ses grandes prophéties que les juifs ne peuvent ignorer. Car pour Matthieu c’est une évidence, à la lecture de la prophétie d’Ésaïe, on ne peut rien conclure d’autre, que la lumière qui arrive, c’est Jésus, la Gloire de l’Éternel qui se lève sur le peuple c’est cette Épiphanie de Dieu. Pour les premiers chrétiens, qui étaient des juifs, il était évident que tous les juifs reconnaîtraient bientôt la Seigneurie du Christ, qu’ils verraient en Lui le messie annoncé. Les scribes eux-mêmes, n’avaient-ils pas dit à Hérode que le Christ devait naître à Bethléem, en Judée, selon la prophétie  de Michée en 5/1 : Et toi, Bethléem, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine remonte aux temps anciens, aux jours de l'éternité.

Eh oui, pour nous aussi c’est une évidence, et c’est un mystère que les juifs aient eu ainsi les yeux et la raison aveuglés, sauf à considérer qu’il s’agissait là de l’accomplissement du plan de Dieu.

 

Toujours persévérer dans l’espérance

Mais la prophétie d’Ésaïe se réalise sous bien d’autres aspects :

Lorsqu’il s’adresse aux juifs, Ésaïe s’adresse à un peuple désenchanté : Après l’euphorie du retour en Judée, après plus de 50 ans d’exil, c’est la déconvenue : Ceux qui reviennent ne parlent plus, ou mal, l’hébreu, ceux qui étaient restés les accueillent froidement, voyant en eux une caste de privilégiés, qui de surcroît ont développé une forme de culte sans le temple, fondant ainsi la tradition rabbinique pratiquée par les pharisiens, se réunissant dans les synagogues, alors que ceux qui sont restés en Judée vivent dans la nostalgie du temple de Salomon détruit par les babyloniens.

C’est alors qu’intervient Ésaïe, dans ce chapitre 60 où il chante l’espérance et annonce la lumière du Seigneur comme une invitation à traverser cette nouvelle épreuve. Pour le prophète, il est une lumière qu’aucune obscurité ne pourra engloutir :

Pour t’éclairer, tu n’auras plus besoin ni du soleil pendant le jour, ni de la lune pendant la nuit, car moi, le Seigneur ton Dieu, je t’éclairerai pour toujours. (Es 60,19). Et de fait, le second temple sera reconstruit 20 ans plus tard.

Alors Mathieu fait un parallèle avec la situation des juifs au temps de Jésus, tout autant dans les ténèbres, avec l’occupation romaine, et la venue de cette lumière, c’est bien sûr, Jésus, le messie, l’oint de Dieu. Il leur dit, les temps sont accomplis, les prophéties sont attestées, au bénéfice de toutes les nations.

 

Un message universel (universaliste)

Car voici le 2° enjeu théologique des références de Matthieu à Ésaïe :

Le message de la fête de l’Épiphanie c’est son universalité : Dieu appelle toutes les nations dans cette nouvelle alliance et il invite tout homme et toute femme à répondre à cette révélation.

 

Tel est l’enjeu théologique, messianique, qu’il faut voir derrière l’histoire un peu folklorique des mages et de l’étoile, que Matthieu rattache à la prophétie d’Ésaïe 60/3 : Des nations marcheront à ta lumière, et des rois à la clarté de ton aurore

Pour le Nouveau Testament, cette lumière, cette étoile de Noël qui a guidé les mages jusqu’à Bethléem au-dessus de la grotte de la Nativité, c’est la gloire de Dieu qui est venue habiter cet enfant nouveau-né, le Fils de l’homme. Quand ils virent l’étoile, dit Matthieu, ils se réjouirent d’une très grande joie.

En ce dimanche de l’épiphanie, la joie des mages d’Orient est aussi notre joie. L’étoile s’est levée et elle nous conduit à nouveau devant l’humble grotte de la Nativité.

 

Aujourd’hui encore, la prophétie d’Ésaïe nous parle, à nous, descendants de païens évangélisés, témoins du caractère universel de cette Épiphanie, cette manifestation de Dieu parmi les hommes.

Il n’y a plus de privilège exclusif pour un seul peuple élu, ou pour la seule Église, pour les juifs seuls, pour les chrétiens seuls. Cet enfant juif s’appellera Jésus, Sauveur. Sauveur de son peuple, mais aussi Sauveur de l’Humanité, Lumière d’Israël, mais aussi lumière du monde, ce que Paul dira, à sa façon dans la lettre aux Galates.

 

Aujourd’hui encore, ces textes qui semblent se répondre, comme en écho, nous parlent :

- Ésaïe s’adressait à un peuple désenchanté par un retour au pays générateur d’une grande désillusion,

- Matthieu s’adressait à un peuple dans l’obscurité de l’occupation romaine,

- Aujourd’hui, ces 2 textes s’adressent à nous, les désenchantés des 30 glorieuses, qui n’en finissons pas de subir les 30 calamiteuses, qui voyons cette Humanité courir de plus en plus vite vers son autodestruction, qui la voyons s’éloigner de plus en plus de Dieu et de la recherche du Bien Commun, piétiner chaque jour un peu plus, le message d’amour et d’humilité enseigné par le Christ.

 

A nous, qui sommes tentés de nous recroqueviller sur nous-mêmes, de nous enfermer dans nos églises, de mettre la tête entre les épaules en attendant des jours meilleurs, Ésaïe nous dit au v.1 : Debout, et deviens toi-même lumière, car ta lumière arrive !  La gloire de l’Éternel se lève sur toi.

Et aujourd’hui, la lumière qui éclaire notre vie, c’est la Parole de Dieu. De cette parole, aucune obscurité ne peut avoir raison. Cette parole, portée par le Christ, incarnée en Lui, est celle de la bienveillance de Dieu pour les hommes de bonne volonté que chantent les anges au cœur de la nuit.

Cette bienveillance renouvelle l’homme intérieur. Cette bonne nouvelle est une parole agissante. Elle désarme les cœurs les plus endurcis en donnant à chacun de se savoir reconnu et aimé au coeur de ses faiblesses, de ses brisures, de toutes les fêlures de la vie.

 

Aujourd’hui, comme hier et avant hier, cette bonne nouvelle est à accueillir et à partager, pour qu’ils soient de plus en plus nombreux, ceux et celles pour qui elle devient Parole de vie.

 

Conclusion

Ces textes que nous avons lus ce matin, nous invitent à oser prendre au sérieux cette lumière d’espérance qui a mis en marche les mages, il y a 2000 ans.

Saurons-nous encore lever les yeux, redécouvrir ce bonheur de l’étoile retrouvée, pour offrir cette joie renouvelée, à l’Enfant nouveau-né, malgré tous les rendez-vous manqués, tous nos refus, tous nos abandons.

Découvrir que l’étoile qui nous met en route, est parfois simplement dans les yeux de notre prochain,

 

Suivre l’Étoile, comme le firent les mages, et découvrir en confiance, joyeux, les nouveaux chemins où elle veut nous mener.

 

Lorsqu’ils virent l’étoile, ils furent remplis d’une très grande joie.

 

Amen !

 

François PUJOL