Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 12 Juillet 2020

Trescléoux (05000)

 

Lectures du jour :

Ésaïe 55, 6-11,

Romains 8, 18-23,

Matthieu 13, 1-23


Si proche, si loin…

 

Frères et sœurs,


Ce matin, je voudrais vous proposer une méditation à partir de notre lecture du prophète Ésaïe.

Vous savez que ce livre, le plus long de notre Bible après les Psaumes, regroupe en réalité 3 rédacteurs, 3 périodes bien distinctes, qui sont fondamentales dans l’histoire du peuple Hébreu :

Le premier Ésaïe (1 à 39), d’une famille de prêtres, proche du pouvoir royal, et contemporain de la montée en puissance de l'Assyrie et de la chute de Samarie en -721. Sa mission prophétique sera de mettre en garde les rois de Judée contre des alliances politiques et militaires douteuses, et contre l’exercice de leur pouvoir de façon inique : hypocrisie religieuse, arrogance des puissants, oppression des faibles, etc…. C’est l’endurcissement des dirigeants qui amènera plus tard, en -597, ce châtiment : la déportation et l’exil.

Le livre du second Ésaïe (40 à 55) se situe dans un contexte radicalement différent : celui de la déportation, et plus précisément la fin de l'exil, entre -550 et -539, avec le roi de Perse Cyrus II[1] annoncé comme le libérateur...

Les exilés sont désabusés, découragés, certains accusent le Seigneur d'ingratitude envers son peuple, d’autres sont séduits par les dieux babyloniens, d’autres enfin, sont choqués par le choix par le Seigneur de Cyrus, un roi païen, pour libérer son peuple.

Le prophète s’épuise à encourager les uns, mettre en garde les autres, démonter leurs accusations en leur rappelant le péché du peuple, seule cause de leur malheur.

Alors peu à peu le prophète ne s’adressera plus qu’à ceux qui sont restés fidèles au Seigneur, au « petit reste » de la maison d'Israël, au « petit troupeau »[2] qui va finalement hériter des promesses de rétablissement, de retour au pays, de salut imminent. Et c’est alors qu’apparait le thème de l'universalité du salut. Les nations ne sont plus présentées comme les ennemis de Dieu, le choix de Cyrus par le Seigneur n’en étant que la première manifestation.

Tout au long de ses 15 chapitres, ce Second Ésaïe est parsemé de sentences en forme de phrases choc on ne peut plus claires sur la fidélité de Dieu envers l’Humanité, et la grâce universelle promise.

Des versets que tout le monde judéo-chrétien connaît : il commence au chapitre 40, 1 par Consolez, consolez mon peuple, il se termine au chapitre 55, par Cherchez l’Éternel pendant qu’il se trouve.

Si nous sommes ici ce matin, c’est que d’une certaine façon, nous sommes des chercheurs de Dieu, et nous pensons l’avoir trouvé.

 

Si près…

Mais est-ce nous qui l’avons trouvé ou lui, Dieu, qui nous a trouvés ? Car c’est bien lui qui s’est approché de nous. Invoquez-le tandis qu’il est près nous recommande Ésaïe. Ce que Jean-Baptiste, qu’Ésaïe avait annoncé quand il disait : Une voix crie dans le désert : “Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.”[3] reprendra 6 siècles plus tard: le Règne des cieux s’est approché de vous ![4]  Mais il ajoute Repentez-vous[5] ! Car si la Grâce divine est offerte à tous, à quiconque, c’est-à-dire le don d’une vie nouvelle possible « en Jésus Christ », cette Grâce n’est pas accessible sans repentance.


On peut faire une parenthèse en soulignant les nombreuses imbrications entre ce 2° Ésaïe et les Évangiles. En effet, on y trouve, avec 6 siècles d’avance tous les ingrédients de la nouvelle alliance entre Dieu et l’Humanité, par la mort rédemptrice de Jésus[6]. Ainsi ce 2° Ésaïe est-il parfois présenté comme un proto-évangile, voire comme le 5°.

 

Si loin…

Mais si Dieu s’est approché de nous par Jésus[7], son Fils bien-aimé[8], il est pourtant si loin de nous autres, simples humains et les tours de Babel que nous pouvons ériger n’y changent rien. Ce que Dieu confirme lorsqu’il déclare : Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies ne sont pas mes voies. (v.8)

Nos pensées, nos voies ! Depuis la nuit des temps, mais précisément depuis 2000 ans, depuis que Jésus nous a quittés après nous avoir laissé son enseignement, on voit ce que donnent nos pensées et nos voies, convaincus que grâce à la connaissance, que nous avons volée à Dieu, nous pouvons tous seuls trouver notre chemin.

Et de ce point de vue, tout va très bien pour l’Humanité. Grâce aux progrès techniques et scientifiques, vous verrez, la paix finira par arriver dans ce monde hyper connecté, les famines disparaitront, les massacres d‘innocents cesseront, d’ailleurs, on n’en parle déjà plus dans les médias, et puis nous pouvons dorénavant, par contrat, choisir le sexe et la couleur des yeux de nos enfants garantis sans défauts.

Ah qu’elles sont belles les voies de l’Humanité !

Pendant ce temps les riches continuent de s’enrichir[9], tout va bien pour les premiers de cordée, et quant aux derniers, allez, avec un petit effort, vous arriverez bien à grimper de quelques échelons, cela ne tient qu’à vous.

Mais il peut arriver qu’un grain de sable vienne enrayer ce bel ordonnancement. Un gros grain de sable comme le Covid 19, par exemple.

Pas de problème, on prend les mesures les plus extrêmes pour compenser l’absence de prévision, l’aveuglement de la dictature du court terme : On enferme la moitié de l’humanité chacun chez soi pendant 2 mois, cette assignation à résidence s’accompagnant d’une privation de la liberté d'aller et venir sans précédent depuis de nombreuses décennies. Cela, accompagné de mots d’ordre officiels abondamment relayés par les médias : restez chez vous, méfiez-vous de votre voisin, ne parlez à personne.

Assurément, ces deux mois ont été moins durs pour les premiers de cordée que pour les autres : enfants décrocheurs, nouveaux chômeurs, entrepreneurs en faillites, des petits de préférence. Sans parler de nos anciens, en EHPAD, mis à l’isolement dans leur chambre, transformée en cellule de quartier de haute sécurité, perdant pied peu à peu.

Tout cela, pour sauver nos vies, car dans ce beau monde, il est interdit de mourir, mais que vaut une vie si on en a perdu le sens ? 

Et dans cette effervescence on n’entend presque plus la Parole de Dieu, portée inlassablement par Ésaïe : revenez à moi, quoi que vous ayez fait, je vous pardonnerai (v.7). Je vous aime d’un amour éternel[10].

 

La Parole de Dieu :

Nous avons pris l’habitude, par un raccourci un peu rapide, d’assimiler Écritures Saintes et Parole de Dieu. « La Bible, c’est la Parole de Dieu ! ».

Ce Livre, qui nous nourrit, conforte notre foi, ne devient Parole de Dieu que lorsqu’il est proclamé. D’ailleurs Jésus, la Parole faite chair[11], n’a rien écrit d’autre que quelques traits sur le sol[12], il a annoncé la Bonne Nouvelle, dont Luther disait qu’elle ne devait pas être annoncée par la plume mais par la bouche, ce qui fait dire à Olivier Pigeaud que Dieu ne parle pas par écrit[13].

Cette proclamation, c’est le rôle des prophètes, y compris aujourd’hui, pour les prophètes que nous sommes ou devrions être.

Des prophètes qui interpellent, dénonçant ce statu quo mortifère, proclamant quelle justice Dieu souhaite pour ce monde, qui annoncent l’amour de Dieu pour l’Humanité, l’amour enfin qui devrait être le support de toute relation entre les hommes.

Ainsi, au fil du temps des prophètes se lèvent, infléchissant aussi peu que ce soit les cheminements du monde.

Je pense ce matin, à deux prophètes contemporains :

* MLK, en Aout 1963 sur le mémorial Lincoln à Washington, devant 1 million de personnes, qui termine son discours[14] ainsi : Je rêve qu’un jour, en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui ce rêve !

* L’abbé Pierre, un soir de l’hiver 1954, après qu’une femme ait été retrouvée morte dans la rue, termine son intervention sur les ondes de RTL par : Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime.

L’amour, conclusion de ces deux prophètes inspirés, afin que les destinataires de leur discours, au-delà de leur situation présente qui peut leur laisser penser que pour eux l’avenir n’existe pas, que ceux-là retrouvent une espérance qui les délivre, car notre espérance n’est pas dans ce monde[15].


Voilà frères et sœurs ce qui nous attend en sortant de ce temple, reprendre le flambeau, être à notre tour des porteurs de Parole, auprès de ce prochain que l’on veut nous maintenir à distance[16], afin que la Parole de Dieu ne retourne pas à lui sans effet. (v.11).

 

Amen !

François PUJOL


[1] Voir Ésaïe 45, 1 : « Ainsi parle l’Eternel à son oint Cyrus »

[2] Esaïe 42.3 : « Il ne brisera pas le roseau cassé, et n’éteindra pas le lumignon qui fume encore ; il manifestera sa justice avec vérité ».

[3] Esaïe 40, 3

[4] Matthieu 3, 2

[5] Dans la version Synodale. D’autres versions traduisent par Convertissez-vous ou changez votre vie

[6] Il n’est qu’à lire le chapitre 53 pour s’en convaincre.

[7] Jean 14, 9 : Celui qui m'a vu a vu le Père… Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi?

[8] Matthieu 3,17

[9] La fortune des 14 premiers milliardaires français a augmenté de 34,8 % depuis le 31 décembre 2018 (OXFAM). 10% des ménages les plus riches possèdent 50 % des richesses, 5% en détiennent 30% (INSEE).

[10] Esaïe 54, 10 : Quand les montagnes s'éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s'éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, Dit l'Eternel, qui a compassion de toi.

[11] Jean 1, 14 : « La Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous. »

[12] Jean 8, 11

[13] « De l’écriture à la parole », éditons SMPP

[14] A voir sur notre site, en page « textes fondateurs », en V.O. sous-titrée

[15] Proverbes 26, 2 : Si tu vois un homme qui se croit sage, Il y a plus à espérer d'un insensé que de lui.

Psaumes 40, 4 : Heureux l'homme qui place en l'Éternel sa confiance, Et qui ne se tourne pas vers les hautains et les menteurs !

[16] Contrairement aux injonctions quotidiennes, il s’agit d’une distanciation physique, car concernant la distanciation sociale, elle prospère depuis longtemps si l’on en juge par l’allongement régulier de la corde qui sépare les premiers de cordée des derniers.