Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 12 Juillet 2020

GAP (05000)

 

Lectures du jour :

Ésaïe 55, 1-12,

Romains 8, 18-23,

Matthieu 13, 1-23


Un autre chemin...

 

INTRODUCTION

Frères et sœurs,
Les deux textes que nous venons de lire s’adressent chacun, à 6 siècles d’écart, et dans des lieux différents, à des peuples qui traversent des crises, comme nous aujourd’hui. L’angoisse matérielle est palpable. Paul, dans les années 50 de notre ère, écrit en grec à la communauté chrétienne de Rome, et mentionne les « souffrances » qu’elle endure. Ce texte entre en écho avec celui qui nous a été transmis par le rouleau d’Ésaïe. Il s’adresse en hébreu à la communauté judéenne exilée à Babylone au 6e siècle avant notre ère, après la destruction du temple de Jérusalem : « Holà ! Vous tous qui avez soif ! ». Cette soif est concrète, et elle n’est pas que de boisson. Les exilés ont besoin de boire et de manger, de gagner son pain et sa boisson. Le peuple est fatigué, et inquiet pour le lendemain. Est-ce là ce qui reste de la maison de David ? On peut se poser la question de l’efficacité de l’alliance perpétuelle scellée entre Dieu et son peuple…

EFFICACITÉ DE L’ALLIANCE ?
Pourtant, plus de 2600 ans plus tard, nous voici rassemblés, à cause de la même alliance. Nous nous sommes levés ce matin pour nous rendre au temple, malgré l’épidémie de Covid19 qui s’accélère à l’échelle du globe, et qui menace les pays européens, déjà durement touchés, d’une probable seconde vague épidémique. Nous voici, mais fatigués. Nous voici, mais, à notre tour, inquiets du lendemain, de la crise économique qui se dessine, des suppressions de postes qui s’accélèrent. Aurons-nous bientôt faim et soif ? Où est Dieu en ce temps de crise ? Nous aurait-il abandonnés ?
Les fondements de nos existences sont ébranlés. À Paris, certains de mes amis qui râlaient contre la politique « anti-voitures » ont découvert les joies du vélo. D’autres qui ne juraient que par la vie de bohème, tremblent devant la perspective d’une baisse de revenus.

Moi-même, qui ai toujours vanté les mérites de la capitale, ai grandement apprécié de trouver à Gap un refuge pour ma famille pendant le confinement.
Beaucoup d’entre nous sont un peu perdus, et ne savent plus trop quoi espérer, ni, pardonnez-moi l’expression dans un temple protestant, « à quel saint se vouer ».

UNE RENCONTRE QUI NOUS ÉBRANLE
C’est à ce moment de notre existence, aujourd’hui précisément, que le texte d’Ésaïe nous interpelle : « Holà ! » commence-t-il, comme pour nous sortir de notre torpeur. « Cherchez le SEIGNEUR pendant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le pendant qu’il est proche ! » (Es 55,6). Je ne sais pas comment la communauté judéenne de Babylone a reçu ces injonctions. Elles ont quelque-chose de provocateur, et même de révoltant. Où se cache-t-il, ce Dieu qui se laisserait trouver ? Pourquoi ne répond-il pas à nos appels, s’il est proche ? Pourquoi ces malades, pourquoi ce confinement, pourquoi cette crise ?
Le prophète n’a que faire de nos résistances. Il ne répond pas à nos questions, mais multiplie les impératifs. « Venez, achetez et mangez ; venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer ! » (Es 55,1). Ces paroles sont-elles à rapprocher de celles, probablement apocryphes, attribuées à Marie-Antoinette à propos du peuple français en proie à la disette : « Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent de la brioche ! » ? Dieu se moquerait-il de nous ?!
Nous résistons à ces paroles, nous les trouvons scandaleuses, absurdes. Mais c’est justement par cette parole que la rencontre avec Dieu devient possible. C’est bien aujourd’hui, en acceptant d’être ébranlés, que nous pouvons le trouver. Posons-nous vraiment la question : Où se trouve l’absurdité ? Chez l’assoiffé qui se servirait de l’eau, chez l’affamé qui boirait du lait ? Sans payer, certes ! Ou chez ceux qui défendent les logiques mercantiles à tout prix, quitte à refuser la nourriture et la boisson aux exclus de notre économie de marché ? La parole nous interroge : « Pourquoi pesez-vous l’argent pour ce qui n’est pas du pain ? Pourquoi vous fatiguez-vous pour ce qui ne rassasie pas ? » (Es. 55,2). En d’autres termes, pour quoi nous levons-nous le matin ? De quoi vivons-nous ? Et est-ce que cela a du sens ?

DE QUOI VIVONS-NOUS ?
Nous avons souvent le sentiment de devoir « gagner notre vie ». C’est ce que notre société nous a appris. Manifestement, il en était de même il y a 2600 ans à Babylone. Il faut bien gagner sa vie ! Gagner sa nourriture et sa boisson ! Payer le loyer ! Régler les factures ! « Pourquoi ? » s’entête à nous questionner Dieu. « La pluie et la neige descendent du ciel et n’y reviennent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondé et fait germer, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim. » (Es 55,10) En d’autres termes, ce dont nous avons besoin nous est donné. La vie nous a été donnée gratuitement. Vivre devrait-il être payant ?
Alors attention, je ne suis pas en train de faire ici l’éloge de l’oisiveté. Dans notre texte même, la semence est un don de Dieu, mais il faut bien un semeur pour la semer. La germination ne s’achète pas, mais il faut bien des ouvriers agricoles pour faire la récolte, des meuniers pour moudre le grain, des boulangers pour cuire le pain. Le temps du confinement a permis de remettre en valeur certains métiers jusqu’ici peu valorisés : éboueurs, infirmiers, caissiers, agriculteurs, enseignants, etc. Mais quelle violence pour tous ceux qui, du jour au lendemain, ont été jugés inutiles ! Cette violence était certes déjà vécue au quotidien par tous les laissés pour compte de notre société qui jugeait jusqu’alors chacun selon son salaire. « Il faut bien gagner sa vie », pensait-on, et on regardait de travers les chômeurs accusés de profiter du système, ce même système qui rémunérait jusqu’à cinq ou dix fois mieux les cadres par rapport aux ouvriers dans une même entreprise. Je parle ici au passé, car j’ai entendu, comme vous, des personnalités, des pasteurs, notre président de la République, s’interroger à propos d’un certain « monde d’après ». À quel point sera-t-il différent du monde d’avant ?

UN AUTRE CHEMIN
C’est maintenant que la question se pose. Laissons-nous donc ébranler ! Changeons nos perspectives, et croyons à cette promesse qui nous est faite : « Oui, vous sortirez dans la joie et vous serez conduits dans la paix ; les montagnes et les collines éclateront en cris de joie devant vous, et tous les arbres des champs battront des mains. Au lieu des buissons poussera le cyprès, au lieu de l’ortie poussera le myrte. » (Es. 55,12-13)
Ce « monde d’après », ce pourrait déjà être le nôtre, à condition que nous sachions reconnaître la trace de Dieu dans sa création. Nous recevons gratuitement tout ce dont nous avons besoin, à condition que nous en prenions soin et que nous le partagions dans la paix et la joie. Mais « nos pensées ne suivent pas celles de Dieu, nos voies ne suivent pas ses voies » (Es 55,8). En réponse à nos manquements, Dieu « pardonne abondamment » (Es 55,7). Dans ce texte, il se révèle proche bien que tout autre, de toute bonté pour tous les peuples. Non, Dieu ne nous a pas abandonnés. Il est là, tout proche, il attend patiemment que nous le suivions, il pardonne nos absurdités, et ne se lasse pas de nous interpeller. Il croit pour nous à cette promesse sous forme de prière, celle que sa parole ne revienne pas à lui sans effet, que le méchant abandonne sa voie, et l’homme malfaisant ses pensées. Je crois qu’il pleure avec celui qui a faim et soif d’eau, comme avec celui qui est repu et n’a plus faim ni soif de justice.
« Holà ! Vous tous qui avez soif ! Venez vers l’eau, même celui qui n’a pas d’argent ! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer ! (…) Tendez l’oreille et venez à moi ; écoutez, et vous vivrez. » (Es 55,1;3)
Je crois que l’absurdité n’est pas dans cette parole, mais dans l’injustice de notre « monde d’avant ». À nous d’arrêter de courir après des désirs vains, pour prendre le temps du partage.

Que cette parole devienne pour nous parole de vie, et qu’elle ne revienne pas à Dieu sans effet.

Amen !

Charlotte Brosse-Barral