Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 24 avril 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Apocalypse 21, 1-5

Jean 13, 31-35

Actes 14, 21-28



Un ciel nouveau et une terre nouvelle


Ce passage de l’Apocalypse pourrait laisser perplexe. D’ailleurs Luther n’a jamais fait de prédication sur ce livre. Pourtant un mot dans ce passage m’a accroché c’est le mot nouveau.


Du nouveau ! On l’attend toujours pour demain et voilà l’Apocalypse qui nous dit c’est fait. Dans les chapitres précédents il y a des signes annonciateurs tous plus effrayants les uns que les autres mais l’Apocalypse nous dit : cela c’est du passé.

Le nouveau on l’attend toujours pour demain, vous savez, les lendemains qui chantent ou bien le paradis à venir avec l’idée que nous nous en faisons, construits avec les envies, les représentations, les fantasmes de chacun. On pourrait penser aussi aux naïvetés paradisiaques du Coran qui pour nous sont des naïvetés mais en lesquelles certains croient dur comme fer. Mais que n’a-t-on peint des paradis chrétiens remplis d’angelots et d’un bon Dieu à la barbe sinon fleurie du moins opulente. Nous aussi nous avons ou nous avions nos propres naïvetés, donc que chacun…..

Certains ont peur du nouveau et cèdent à la tentation de ne retenir qu’un passé idéalisé le plus souvent pour justifier un retour en arrière rassurant.

Or, les paroles bibliques, loin de cette nostalgie, rapportent sans cesse des expériences nouvelles, en fait, de vraies Apocalypses pour ceux qui les ont vécues c’est-à-dire des révélations pour Abraham, Joseph, David, Jérémie, etc….


Si ceux qui ont composé notre Bible, c’est-à-dire Ancien plus Nouveau Testament, ont voulu la clore sur un dévoilement, une révélation qui est le vrai sens du mot Apocalypse, c’était bien pour signifier qu’en refermant notre Bible on ouvre une porte qui s’ouvre sur le neuf.

C’est à nous de discerner cette nouveauté, de voir ce qui est caché à d’autres, de voir une réalité qui nous est dévoilée par la foi et cette réalité doit être partagée c’est ainsi que Jésus l’a voulu, dans le partage vécu avec ses compagnons qu’il a choisis si divers et si ordinaires pour que nous nous sentions vraiment leurs frères, c’est bien ainsi que Jean entend son Évangile comme une bonne nouvelle à partager avec ceux ou par ceux qui le liront : « ces choses ont été écrites afin que vous croyez »


C’est donc maintenant le moment de lire l’Évangile de Jean au chapitre 13, les versets 31 à 35

Après deux ans, nous disent les Évangiles, d’expérience de vie en commun avec Pierre, André, Jean, Jacques et les autres, Jésus leur dit : maintenant le moment est venu. Et à travers eux sont interpellés tous les auditeurs d’alors qui suivaient Jésus dans ses pérégrinations et il interpelle aujourd’hui les lecteurs de l’Évangile, lecteurs que nous sommes tout autant divers que ses contemporains.

Et Jésus dit : maintenant le fils de l’homme reçoit de Dieu son évidence, c’est-à-dire que maintenant la mission réelle de Jésus est dévoilée et ainsi Dieu lui-même est dévoilé dans sa puissance.

Ainsi pour chacun de nous il y aura ou il y a un maintenant, ce moment décisif où la véritable mission de Jésus nous est dévoilée, afin que nous entrions dans un chemin de foi.


Et alors cette mission de Jésus devient pour nous une évidence à partir de ce récit dans l’Évangile, c’est maintenant que je le rencontre, c’est maintenant que je sais qui il est, qui il est pour moi.

Le neuf, c’est l’annonce d’un Jésus nouveau, ressuscité, d’un Jésus qui est bien le Christ de Dieu. Le Christ ce n’est pas un prénom comme on pourrait le comprendre lorsque l’on dit Jésus-Christ comme on dirait Jean-François. Etre le Christ, c’est une fonction, c’est une mission que Dieu lui a confiée et cette mission c’est de nous révéler le vrai visage de Dieu. Tel est le sens du mot glorifier : la glorification c’est la révélation à chacun de ce vrai visage de Dieu.

Cela ne relève pas de mon raisonnement pas plus que de mon imagination ou de ma culture car il y aurait autant de visages de Dieu qu’il peut y avoir de cultures différentes


L’évangéliste insiste sur le fait que pour accomplir sa mission Jésus ne pouvait faire autrement que devenir un fils d’homme : le fils de l’Homme, statut que nous avons nous aussi, fils ou fille d’homme ou de femme ayant rencontré Dieu par l’intermédiaire de Jésus, ce qu’il confirme lui-même lorsqu’il dit personne ne peut venir à Dieu si ce n’est par moi. Eh bien, ayant rencontré Dieu nous devenons nous même des interprètes pour révéler à quiconque, à notre prochain cette présence de Dieu à nos côtés.


Une présence, un compagnonnage que les disciples ont vécu, mais les Évangiles nous montrent qu’ils ont fait cette rencontre du vrai Jésus que très tardivement, en tous cas après sa résurrection, ce qui les place dans la même situation que nous-mêmes.

Alors dans notre pratique religieuse nous avons des jalons, des repères : une prière commune, une confession de foi commune, des cantiques, tout cela marque un cheminement mais la rencontre c’est autre chose même s’ils peuvent nous y préparer, nous préparer à entendre d’une autre manière, à assumer, en un mot à vivre.


Jésus poursuit en donnant à ses disciples un commandement nouveau. Le sens commun de ce mot nous fait penser à un ordre, or il n’en est rien. Le commandement c’est d’abord un mandement c’est-à-dire un envoi : je vous demande, je vous envoie, et le commandement c’est l’envoi de plusieurs, c’est une missions donnée à plusieurs et quelle est cette mission ? C’est de nous aimer, mais pas cet amour émotion-passion auquel on pense de prime abord, un amour centré sur nous-mêmes. L’amour dont parle Jésus est un amour essentiellement tourné vers l’autre, ce qu’il précise lorsqu’il ajoute comme je vous ai aimés. Et les disciples ont vécu cette expérience de voir ce Jésus effectivement aimer ses frères humains c’est-à-dire aller vers eux vers eux tous dans leur diversité, sans aucune distinction de personnes ceux qu’il a ramassés au bord du chemin ceux qu’il a guéris lorsqu’on les lui amenait, voilà ce que Jésus nous donne comme mission.


Mais c’était déjà inscrit dans la vieille loi du Lévitique, bien avant Jésus, dont le texte exact était tu aimeras prochain comme toi-même, ce qui signifiait simplement que le prochain étant comme nous-mêmes, était un frère en humanité. La nouveauté est que Dieu, à travers Jésus, a manifesté lui-même ce qu’il entendait par l’amour de l’humanité et jusqu’où cet amour pouvait aller, bien plus loin que notre amour à nous ne pourra jamais accéder.

Voilà la nouveauté : aimez-vous comme je vous ai aimés. Voilà le nouveau message des Évangiles après la mort et la résurrection de Jésus le Christ.


Alors comment peut-on vivre avec cette mission, ce commandement. Nous en avons un petit aperçu dans le livre des Actes au chapitre 14 versets 21 à 23


Lecture : Actes 14, 21 à 23

Il s’agit juste d’un petit épisode, presque une anecdote. Paul part pour Derbé[1] depuis Antioche où il annonce la bonne nouvelle, et fait de nombreux disciples, voilà ce qui est dit.

Curieux bégaiement de l’histoire : la ville de Derbé, qui n’existe plus aujourd’hui, se trouve dans l’actuelle Kurdistan turc, au cœur du drame du Moyen-Orient aujourd’hui et Paul dit qu’il faut passer par beaucoup de détresses pour entrer dans le Royaume de Dieu. On peut donc penser que cette région était déjà soumise à diverses tribulations.


C’est la première fois que Paul se rend dans cette ville[2] sans savoir ni qui seront ses interlocuteurs ni quel accueil il recevra mais Paul les considère déjà comme ses prochains, dans un plan délibéré d’annonce de la bonne nouvelle de l’Évangile aux païens puisque les juifs la refusent.

C’était à l’époque, encore plus qu’aujourd’hui, une démarche très particulière que d’aller voir des étrangers surtout par rapport aux préceptes de la Torah[3], des étrangers, hommes et femmes socialement déclassés, venus d’ailleurs, parlant des langues incompréhensibles avec, donc, des difficultés de communication et puis des mœurs, des habillements, des nourritures inconnues ou jugées impropres, pour ,ne pas dire impures, avec en plus une réputation qui leur est faite à partir de fantasmes que l’on véhicule sur eux. Alors lorsque ces gens voient des étrangers, étrangers pour eux-mêmes, venir vers eux, les considérer en alter ego, ne pas leur faire sentir qu’ils ne sont pas juifs, vous imaginez combien ces gens accueillirent favorablement ces visiteurs.


Et alors, du coup, ce sont les juifs locaux eux-mêmes, dont les yeux s’ouvrent et qui découvrent que ces étrangers maintenus à l’écart jusqu’à maintenant, sont leurs prochains et que l’on peut effectivement fraterniser avec eux, car l’amour du prochain est un amour réciproque : j’aime mon prochain mais je suis aussi le prochain de mon prochain. Voilà le sens du commandement tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Et ce commandement prend bien le sens d’un appel, un appel à aller vers l’autre, un appel qui confirme bien, comme le dit la Cimade, qu’il n’y a pas d’étrangers sur cette terre. Ce qui est tout à fait vrai puisqu’il ne peut y avoir d’ex-trangers, il ne peut y avoir personne du dehors, de l’extérieur, puisque la terre Une.


Et tous ces hommes et ces femmes réunis forment l’ecclésia, l’assemblée, qui donnera le nom : église. L’église donc, dans son sens étymologique, englobe tous ceux du dedans comme ceux du dehors puisque celui-ci n’existe pas.

Et alors nous pouvons revenir à l’apocalypse où Jean de Patmos a raison : c’est vraiment du neuf qui nous est enseigné par les Évangiles non seulement pour nous mais aussi pour l’Autre et l’apocalypse veut nous persuader que ce nouveau n’est pas pour un futur incertain plus ou moins lointain mais que le nouveau est déjà fait et s’il n’est pas fait pour nous c’est que nous avons loupé quelque chose, nous n’avons pas encore entendu ou reçu cet appel de Jésus, Jésus le Christ, le fils de Dieu.

Et si nous revendiquons le terme de chrétiens, il ne faut pas que ce terme soit usurpé, galvaudé, il faut bien que nous soyons en compagnonnage avec Jésus, il faut que nous partagions avec lui cette nouveauté, cet amour du prochain et il faut simplement pour nous, jour après jour, ne pas rater les occasions que la vie nous donne de la vivre.


Amen !


Pr Pierre Fichet


[1] ville pas très lointaine de Tarse, où Paul est né.

[2] en l’an 48. Il y reviendra, avec Barnabas, en 51

[3] Voir le voyage de Pierre chez Corneille et les commentaires des autres disciples (Actes 10,19-22)