Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 1° Novembre 2009

Trescléoux (05700)

Culte de la Réformation

Lectures du Jour :

Matthieu 5, 1-12

1 Jean 3, 1-3

Apocalypse 7, 2-14


Fête de la Réformation


Chers Frères et sœurs, en ce moment même, à Strasbourg, 10 à 12 .000 participants célèbrent un culte au Zénith, avec une chorale composée de 1.000 choristes.

Ce grand rassemblement est organisé par la Fédération Protestante de France, qui a donc invité, pour la première fois depuis sa création (en 1905), tous ses membres à se retrouver pour faire la fête!

Faire la fête en ces temps de crise, est-ce très opportun, demanderont les uns. Et si justement, l’affirmation « A Dieu seul la gloire » prenait tout son sens aujourd’hui ? Les psaumes nous invitent sans cesse à orienter notre vie vers celui qui la fonde, et quand la peur, l’angoisse de l’avenir saisit le monde, l’affirmation « Dieu aime le monde » est une protestation, c'est-à-dire un témoignage, une déclaration de foi.

Si les protestants sortent de leur discrétion ce W.E. en particulier, ce n’est pas par hasard, car hier, 31 Octobre, c’était l’anniversaire de l’affichage par Martin LUTHER, en 1517, de ses 95 thèses sur les portes des églises de Wittenberg.

Aujourd’hui, pour exister, il faut être visible, sous les feux des médias. Mais comment être visible lorsqu’on représente au mieux 1 à 2% de la population du pays ?

- Comment être visible, lorsque l’on cultive, comme le font les réformés, cet excès de discrétion hérité d’un siècle de clandestinité, de 1685 à 1789 ?

- Comment être visible lorsque l’on cultive le rejet de toute ostentation, hérité de nos austères pères fondateurs ?

- Comment être visible lorsqu’on regroupe 22 églises dont je vous fais grâce des sigles, 84 associations représentant 500 communautés, dans lesquels nous-mêmes nous nous perdons parfois,

Certes, en matière de visibilité, les réformés, nous avons notre croix huguenote, que nous arborons avec fierté, en pendentif, voire en boucle d’oreille ou en auto-péguant sur le coffre de nos voitures. Mais c’est un peu court, si l’on compte sur notre seule petite croix comme moyen d’évangélisation, même si les 8 petites boules aux extrémités de la croix représentent chacune l’une des béatitudes que nous venons de lire.

C’est pourquoi il faut saluer cette 1° grande la fête de la Réformation, comme un grand évènement pour nous, pour nous tous, Églises et associations protestantes qui voulons affirmer à Strasbourg ce qui nous réunit dans la diversité de nos histoires, de nos traditions et de nos sensibilités : une même foi en Jésus-Christ, notre héritage ancré dans la Réforme, sources de nos valeurs communes.

Cette grande fête publique, dans la ville, est la traduction que les protestants, malgré leurs difficultés, veulent témoigner de leur dynamisme et de leur engagement fort dans la société.

Certes, les réformés, nous avons depuis 1 siècle, notre rassemblement annuel à Mialet, mais on est plutôt dans le commémoratif, dans une sorte de cousinade annuelle, de pèlerinage sur la terre de nos ancêtres spirituels.

Mais là c’est autre chose, on change d’échelle et de perspective :


1. tout d’abord, la FPF, par cette grande fête, souhaite donner le départ à un retour concret vers notre vocation évangélique telle que l’a formulée Jésus lui-même : « Allez, évangélisez toutes les nations… » C’est probablement un changement de culture qui est en train de s’opérer et d’une part c’est tant mieux, et d’autre part ce n’est pas par hasard si cela se passe sous la présidence de Claude BATY, évangélique pur sucre formé au centre de Vaux sur Seine et non pas dans nos facultés de théologie historiques.

Et déjà cet été nous avions eu un aperçu de ce changement en cours avec le grand rassemblement des jeunes à Lyon baptisé le grand kif.


2. En second lieu ce rassemblement est un geste concret pour marquer, au-delà de cette nébuleuse opaque qu’est la FPF, notre unité, non pas notre unité autour de Luther ou de Calvin ou de Farel, qui furent certes des personnages exceptionnels, mais notre unité en Jésus Christ.

Là aussi, il faut saluer un évènement qui sera peut-être fondateur, c’est la décision des luthériens et des réformés de ne plus former qu’une seule église, dont l’unification sera achevée en 2013. Au bout de cinq siècles !! Le chemin vers l’unité est un long sentier caillouteux, et nos prières incessantes ne sont pas de trop !!


3. En troisième lieu, ce rassemblement est l’occasion de rappeler publiquement ce qui fonde nos Eglises protestantes, ce ciment commun, qui unit depuis cinq siècles toutes les églises issues de la Réforme, quelle que soit la dénomination qu’elles ont prise.

C’est ce que l’on appelle les six piliers de la Réforme, que je voudrais rapidement vous rappeler : 

 1. "A Dieu seul la gloire"

L’apôtre Paul disait : « Tout vient de Dieu, tout subsiste par lui et pour lui. A lui soit la gloire à jamais ! Amen.” Romains 11 : 36

Rien n’est sacré, divin ou absolu en dehors de Dieu. Toute entreprise humaine tout parti, ou idéologie qui prétendrait revêtir un caractère absolu, intangible ou universel doit susciter défiance et réprobation.

Tout système social ou politique doit en premier lieu respecter la liberté des consciences s’il veut être conforme à la volonté de Dieu.


2. La grâce seule

Le Salut de l’homme est un cadeau de Dieu, un don gratuit, une faveur imméritée.

Nous affirmons que la valeur d’une personne ne dépend ni de ses qualités, ni de son mérite, ni de son statut social, mais de l’amour gratuit de Dieu qui confère à chaque être humain un prix inestimable.

L’Homme n’a donc pas à mériter son salut en essayant de plaire à Dieu.

Dieu lui fait grâce, sans condition. Cet amour gratuit de Dieu rend l’Homme apte, à son tour, à aimer ses semblables, gratuitement.


3. La foi seule

On peut citer l’apôtre Paul :

« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Ce n’est pas le fruit d’œuvres que vous auriez accomplies. Personne n’a donc de raison de se glorifier. » Éphésiens 2 : 8-9 ou encore :

« Qui d’entre vous lui a donné le premier pour recevoir quelque chose en retour ? » Romains 11/35

La foi naît de la mystérieuse rencontre personnelle avec Dieu.

Cette rencontre peut surgir brusquement dans la vie d’un individu. Le plus souvent, elle est l’issue d’un long cheminement parsemé de doutes et d’interrogations.

Mais la foi est offerte par Dieu, sans condition.

Tout être humain est appelé à la recevoir dans la liberté.

La foi est bien plus qu’une croyance, c’est une espérance dans une relation de confiance avec Dieu, grâce à la médiation de Jésus-Christ. Une relation qui donne un sens à notre vie.


4. L'Écriture seule

« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu atteigne tout son développement et qu’il soit apte à toute bonne œuvre. » 2 Timothée 3 : 16

Nous ne reconnaissons que la seule autorité de la Bible. Elle seule peut nourrir notre foi ; elle est la référence dernière pour rechercher ce qu’il faut dire, penser ou faire en matière de théologie, d’éthique, ou d’organisations humaines.

Mais la Bible ce n’est qu’un ensemble de 66 livres. Elle ne devient véritablement la Parole de Dieu que si elle est proclamée. C’est la mission que Jésus nous a confiée.


5. Se réformer sans cesse

Si les Eglises ont reçu pour mission d’interpeller le monde pour lui rappeler comment Dieu veut être servi et comment les Hommes doivent œuvrer pour le bien commun,

Les Eglises, qui ne sont que des communautés humaines savent qu’elles aussi peuvent être interpellées, rappelées à l’ordre divin. "Elles peuvent se tromper" disait Luther. Oui, et elles n’ont pas manqué de le faire !!

En référence à l’Evangile, les Eglises doivent donc sans cesse porter un regard critique et interrogateur sur leur propre fonctionnement. Chacun doit y prendre sa part de responsabilité et être témoin de la fidélité à la parole divine.


6. Le sacerdoce universel

Parmi les principes les plus novateurs de la Réforme, le sacerdoce universel des croyants instaure une place identique, au sein de l’Eglise, à chaque baptisé.

Pasteurs et laïcs se partagent le gouvernement de l’Eglise. Les pasteurs n’ont pas de statut à part dans l’Eglise.

Dans un esprit d’unité, chacun peut assurer l’animation de la communauté, le service de la prédication et des sacrements, et bien d’autres ministères, comme tous les membres d’un même corps.

Frères et sœurs, en ce moment même, à Strasbourg des milliers de frères sortiront revivifiés, régénérés par ce culte exceptionnel qu’ils auront partagé. A nous aussi, par ce culte que nous avons partagé, il est donné d’être en communion avec eux, autour de Celui qui scelle notre unité, Jésus Christ, dont l’évangéliste Luc disait :


“ C’est en lui seul que se trouve le Salut. Dans le monde entier, Dieu n’a jamais donné le nom d’aucun autre homme par lequel nous devions être sauvés. ” Actes 4 : 12


Voilà le seul message qui demeure, après 2000 ans et que nous avons la tâche d’annoncer au monde. Que Dieu nous donne la force d’être ses serviteurs, bien imparfaits, nous le savons, mais fidèles dans notre cœur.


Amen !


François PUJOL