Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 06 Mai 2018

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Aggée 1, 1-15

I Jean 4, 7-10

Actes 10, 25-48

Jean 15, 9-17



Où sont vos priorités ?


Aggée porte mal son nom.


Ce n'est pas une personne âgée, rongée par la nostalgie et les rhumatismes, mais plutôt un prophète jeune et plein d'enthousiasme... (comme moi !)


Aggée (Hagaï en hébreu) signifie « jour de fête ». Son nom est à lui tout seul un programme : un prophète de fête.


Aggée, c'est un petit prophète biblique (faire un sondage : qui connait le nom des 12 ?) mais un grand prophète pour notre actualité, internationale, nationale et personnelle.


Aggée, c'est le prophète qui dénonce le manque de spiritualité qui engendre tous les excès, tous les abus : luxe, vanité, abondance, gaspillage, orgueil, amour-propre et argent sale.


Aggée, c'est le prophète qui appelle à reconstruire la maison de Dieu, une maison en ruine, à reconstruire chaque jour l'Église, à reconstruire chaque jour le Royaume de Dieu. Et dénonce les belles maisons que chacun se rénove, nos vies pleines, trop pleines, et pourtant tellement vides - tandis que Dieu crèche au 115, le SAMU social.

Nous pouvons tirer de ce texte aujourd'hui une parole éclairante sur la situation dans le monde, dans notre pays et dans notre vie personnelle.


Sur le plan international, j'observe que les principes de performance et de rentabilité gouvernent les esprits. Pas ceux de l'amour et de la gratuité. Le droit à l'échec, à l'erreur est un tabou car la concurrence (encore un autre grand principe de ce monde) est rude. Quel que soit le niveau de responsabilité et de rémunération (deux autres principes capitaux de notre monde), la pression au travail pousse à la culpabilité de ne jamais en faire assez, de ne jamais être à la hauteur.

À tel point que les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle sont brouillées et mettent en crise les couples et la vie familiale.


J'observe que la politique est devenue un jeu de communication par médias interposés où l'opinion publique est comme une ZAD (zone à défendre) qu'il faut s'accaparer et défendre par tous les moyens, même les plus douteux.

J'observe que du supermarché à l'isoloir, en passant par la télévision et internet, le monde est drogué d'images qui façonnent les envies, les pensées, les achats, les votes, les guerres, les opinions, les modes.

L'information en continu et en grande quantité nous donne l'illusion d'être chacun un dirigeant politique de rang international. Chacun peut ainsi s'adonner au passe-temps favori : refaire le monde, défaire les régimes et refaire l'histoire, à la terrasse d'un bar, un pastis à la main.


Mais pendant ce temps-là, nous ne nous posons pas les questions qui nous concernent directement : qu'est-ce que je fais de ma foi, de ma Bible, de l'appel du Christ à le suivre, ici et maintenant... et pas dans le monde merveilleux des idées et des belles théories.

Ta vocation, ce n'est pas d'analyser le monde, mais d'analyser tes actes. Tes actes manqués et tes actes réussis aussi !

Envers celui ou celle juste en face de toi, juste à côté de toi, même si tu n'aimes pas sa manière d'être, de parler, de s'habiller, de penser, de voter.


Donc, nous sommes sous influences et nous oublions que notre vocation, notre mission commence ici et maintenant dans la vie de chacun de nous, dans la vie de chacun de nos semblables.

Sur un plan national, j'observe que les journalistes jouent aux prophètes de malheur et font de la misère sociale leur gagne-pain. Ils font la part belle aux conflits sociaux, aux démonstrations de force, aux manifestations syndicales, à la visite d'État du Président de la République aux États-Unis, ou à la météo !

Serons-nous au-dessus ou en-dessous des normales de saison ce printemps ?

Serons-nous dans les normales de saison sur un plan social le 1er mai prochain lors des traditionnelles manifestations syndicales ?

Serons-nous dans les normales de saison sur un plan politique avec la dernière cote de popularité après un an d'exercice du pouvoir d'Emmanuel Macron ?

Serons-nous dans les normales de saison sur un plan économique avec les derniers chiffres du chômage et des investissements étrangers ?


Et moi, serai-je dans la normale de saison aussi ?

A penser à moi, à faire mon jardin, à préparer mes vacances, à remplir ma piscine, à retaper ma maison... de manière égoïste, laissant à l'État le devoir de s'occuper de tout ce dont je ne veux pas m'occuper, moi !

« L'égoïste, c'est celui qui ne pense pas à moi »

Et peut-être plus dans le Sud qu'ailleurs, l'égoïsme nous guette.

Don du sang : 50 poches dans la région PACA / 150 poches dans les Hauts de France.

Sur un plan personnel, finalement, beaucoup de place est prise par des choses qui ne me concernent pas immédiatement : la politique internationale, la politique nationale, voire même la politique locale. Mais ce qui me concerne immédiatement, ce sont mes actes. Et chacun de nos actes est un acte politique puisqu'il agit sur les autres, sur le monde. De manière millimétrique parfois, mais tout de même ! Aucun de nous ne changera à lui seul le monde, mais chacun peut prendre sa part.


Le texte nous invite tout particulièrement à ce travail. Il faut relire les versets 5 et 6.

Ils nous invitent à faire le point.

Sur nos agitations qui ne mènent à rien.

Sur nos principes qui cloisonnent nos vies.

Sur nos manières de consommer qui ne nous comblent pas.

Sur nos manières de vivre qui ne nous satisfont pas.

Car pendant que nous nous dispersons à des choses bien futiles, la maison de Dieu est en ruines.

Les ruines de la guerre (je pense à la Syrie, à l'Irak, à l'Afghanistan), les ruines de la misère (je pense aux bidonvilles), les ruines d'un monde où la corruption, la prostitution, les trafics, les meurtres, ont force de loi (je pense à tout le mal qui gangrène les ghettos d'ici et d'ailleurs)

« Réfléchissez à votre situation » lit-on dans nos Bibles. Mais en hébreu, le verset dit littéralement :

« Mettez votre cœur sur vos chemins »


Si je mets mon cœur sur tous les chemins que je prends, je verrai mon épuisement spirituel.

Car le cœur de l'humanité est un cœur spirituel qui le relie à l'univers.

Car le cœur de l'humanité est un cœur religieux qui le relie à l'autre.

Car le cœur de l'humanité est un cœur d'amour qui se brise quand on le heurte.

Car le cœur de l'humanité est un cœur d'espérance qui dénonce toute fatalité.

Car le cœur de l'humanité est un cœur de joie qui croit que le bien triomphe toujours du mal.

Car le cœur de l'humanité est un cœur de paix qui crée les conditions pour un monde vivable, agréable, désirable.


Mets ton cœur sur chacun de tes chemins, chemins choisis ou imposés, et regarde s'il te mène à Dieu.

Mets ton cœur sur ton chemin ce matin, et regarde s’il te conduit à la vie, à l'amour, à la joie, à la paix.

Mets ton cœur sur ta route ce matin, et regarde si elle te mène au vrai bonheur.

Met ton cœur devant toi ce matin, et confie-le à celui qui est le chemin, la vérité et la vie.


Si ce n'est pas le cas, il est encore temps d'en changer.

Pour reconstruire à Dieu la maison dont il a besoin pour habiter le cœur de chacun.

Pour faire de chaque jour une fête.

La fête de la vie, de l'amour, du pardon, de la joie, de l'espérance et de la résurrection.

Amen !

Pr Arnaud Vandenwiele