Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 26 Avril 2015

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jean 10, 11-18,

Actes 4, 8-12,

1 Jean 3,1-2



Regarde-moi !


Le contexte

Frères et sœurs, le texte que je vous propose de méditer ce matin est très court, il faut donc le resituer dans son contexte, dans ce temps qui a suivi la résurrection de Jésus, le Christ.

Et Luc nous décrit curieusement cette succession d’évènements, comme s’il s’agissait de situations de la vie quotidienne[1] :

Après la crucifixion de Jésus, les 11 se barricadent dans la chambre haute, par peur à la fois des romains et des chefs religieux et c’est là que les femmes, qui reviennent du tombeau, leur disent ce qu’elles ont vu, ce à quoi les 11 leur répondent qu’elles délirent (Luc 24/11).

Luc poursuit : Pierre va lui-même au tombeau, ne trouve que des bandelettes et repart, étonné de ce qui est arrivé, sans chercher plus loin….

Puis Jésus apparait aux disciples d‘Emmaüs, et vient retrouver les 11 dans la chambre haute, en leur disant « la paix soit avec vous »[2]. Luc dit qu’ils furent d’abord effrayés. Ce à quoi Jésus leur dit de ne pas être troublés, et leur demande s’ils ont quelque chose à manger. Un simple casse-croûte entre amis !

Puis il leur recommande de rester à Jérusalem, leur annonce la venue de l‘Esprit qui les accompagnera, c’est-à-dire la Pentecôte, puis il les bénit et est enlevé au ciel.

L’évangile de Luc se termine donc assez brutalement et se conclut par ces mots : Ils étaient sans cesse dans le temple pour bénir Dieu.

Mais Luc enchaîne par Le livre des Actes[3], qui s’adresse, comme son Evangile à ce Cher Théophile.

Théo-phile, aimé de Dieu ou qui aime Dieu, c’est donc à tous les aimés de Dieu que Luc écrit, donc, à nous ce matin pour que nous puissions constater la solidité des enseignements que nous avons reçus (Luc 1/4).

Ainsi, le livre des Actes prolonge l’évangile, par l’ascension de Jésus, le choix de Matthias, puis la Pentecôte et la descente de l’Esprit Saint sur les disciples qui ainsi, deviendront apôtres.

Cet Esprit Saint par lequel Jésus l’absent est bien présent parmi nous chaque jour, selon sa promesse.

Et nous retrouvons donc nos apôtres Pierre et Jean, transformés depuis l’épisode de la chambre haute.


L’institution interpellée

Je vous ai dit que l’Evangile de Luc se terminait par ces mots Ils étaient sans cesse dans le temple pour bénir Dieu.

Il faut insister là-dessus : les 12 (ils sont de nouveau 12) étaient juifs, Jésus était juif, il enseignait dans le temple où il était écouté, y compris par les chefs religieux.

Pierre a pris de l’assurance depuis la Pentecôte et il parle avec l’assurance que lui donne le Saint Esprit.

Les chefs religieux sont troublés par le changement des apôtres, eux qu’ils prenaient pour des Galiléens rustiques, illettrés. Quelle attitude adopter vis-à-vis d’eux ? Ils croyaient en avoir fini, après la crucifixion de l’inspirateur de ce petit groupe, mais non seulement ils persistent, mais ils font des adeptes. On en est à pas loin de 10.000;

Et ces 10.000-là[4], qui sont aussi des juifs, inquiètent tout autant les chefs religieux. Alors ils choisissent une solution souvent adoptée : silence dans les rangs, on se tait, il ne s’est rien passé[5].

Mais Pierre n’est plus quelqu’un que l’on fait taire[6], que l’on peut réduire au silence. Pierre a acquis la liberté de celui qui a vu les signes : il parle, posément, car ce qu’il a à dire est trop important : proclamer cette Bonne Nouvelle du salut : Jésus est vivant aujourd’hui et agit au milieu des hommes.

Les chefs religieux se trouvent soudain devant une autorité d’une autre nature que la leur, tout comme celle de Jésus, qu’ils ne savent pas mieux gérer : Il est difficile pour les chefs religieux de s’attaquer à des coreligionnaires, mais accepter qu’ils continuent de proclamer ce qu’ils proclament serait prendre un risque inacceptable, on ne sait pas jusqu’où cela pourrait aller, alors que eux, sont responsables du respect de l’ordre, de la tradition, de l’enseignement. Laisser se propager cette nouvelle doctrine risquait de mettre à mal la cohésion de la communauté, dont eux seuls étaient les garants, et déjà pas mal ébranlée par les débats théologiques entre saducéens et pharisiens. Et puis, il faut ajouter que c’est leur autorité même qui risquait d’être remise en cause, et leur crédibilité vis à vis des romains.


Le nom

Décidément, il fallait réagir, on ne pouvait les laisser continuer. Et puis il y a ce nom, ce nom honni, ce nom dont ils n’arrêtent pas de se prévaloir : ce Jésus ! Il faut que cela cesse !

Voilà où l’on en est à cet instant. Voilà où l’on en était en 1517, quand Luther, un moine, bien intégré dans sa communauté, ou d’autres, comme l’évêque de Meaux Briçonnet, voulurent revenir aux origines, à cette communauté du temps des apôtres et de l’Eglise première, et l’on sait quelle fut la réaction de l’institution, de la hiérarchie, en tous points identique à celle des chefs juifs. Luther a persisté, il a été obligé de quitter son Eglise, comme les premiers chrétiens furent chassés des synagogues, d’autres sont rentrés dans le rang.

Et il n’est pas interdit de se poser la question à nous-mêmes : comment notre Église, issue de cette Réforme, devenue 5 siècles plus tard, elle aussi une institution, organisée, avec sa hiérarchie, comment accueillerait-elle une si grande nouveauté ?

Cette comparaison montre l’incapacité assez généralisée des grandes institutions à accepter la nouveauté, se remettre en cause, trouver un chemin pour articuler réforme et traditions, accepter de perdre une partie de pouvoir. Il y a trop d’enjeux à vue humaine. Et puis quel besoin d’accepter un tel changement lorsqu’on est sûr de détenir la vérité, lorsque l’on trouve que tout va bien ?

Le même reproche fait à Luther comme à Pierre était leur référence unique à un seul nom : Jésus, que l’on retrouve dans les soli[7] de Luther :


Qu’est-ce qu’un miracle ?

Alors il nous faut revenir au chapitre 3 : Pierre et Jean, en bons juifs, se rendent au Temple. Ils passent devant un infirme de naissance, qui les reconnaît, demande une aumône. Alors Pierre lui dit Regarde-moi, deux mots sans importance, et il ajoute : je n'ai ni argent ni or mais ce que j'ai, je te le donne : par le nom de Jésus Christ le nazaréen, lève-toi et marche.

Et Luc écrit : d’un bond il fut debout.

Si Pierre n’a ni argent ni or ni la puissance qu’ils donnent, il a une puissance d’un autre nature : cette puissance passe à travers son regard.

Que faisait Jésus ? Il regardait les gens que les autres, les pharisiens ne voyaient même pas, car leur regard leur passait au-dessus.

La puissance de ce regard, c’est par elle que Jésus a accompli les miracles décrits dans les Evangiles. On ne devrait pas parler de miracle, car cela sous-entend des prodiges, du merveilleux, de l’extraordinaire, alors que ce ne sont que des signes, des signes de la puissance du Saint Esprit. « Une bonne action pour un pauvre bougre » dira Pierre au sanhédrin.

C’est pourquoi, Pierre, avant de dire au paralytique Par le nom de Jésus, lève-toi et marche, il lui dit Regarde-moi.[8] Ce n’est pas une expression banale, car beaucoup de choses peuvent passer à travers un regard, la colère, la peur, mais aussi, l’amour, la compassion. Et des regards, cela se croise. C’est ce qui se passait pour ceux qui croisaient le regard de Jésus, ne pouvant probablement plus s’en détourner. Par un simple regard, ils reconnaissaient en lui leur Seigneur.


Un regard c’est aussi une rencontre, de sorte qu’aujourd’hui encore, quiconque peut toujours croiser le regard de Jésus, ne plus s’en séparer et se trouver au bénéfice de son Nom seul : car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. (Actes 4,12)

Pierre nous donne ainsi la clé de compréhension de ce nom : ce nom dont nous sommes les disciples est un trésor qui donne une force que ni l’or ni l’argent ne peuvent donner.

Une force qui permet de se confronter à des situations que l'on dit perdues. Qui ne baisse pas les bras lorsqu’on nous dit que tout est fichu, définitivement. C’est ce que l’on disait de ce paralytique.

Une force qui nous dit : même dans les situations irrémédiables, il y a une porte de sortie.

Même dans les situations les plus désespérées, on peut, par la foi, par l’espérance donnée par ce regard, on peut ressusciter, c’est à dire se mettre debout, se relever, comme le fit Notre Seigneur, de la situation la plus désespérée que l’on puisse imaginer.


Conclusion

La foi n’a donc pas besoin de miracle pour se fortifier, car le miracle est avant tout un événement dans la vie intime du croyant, une rencontre avec cette transcendance qui nous est si étrangère, lointaine, incompréhensible, mais qui, par la foi nous devient familière, présente chaque jour de notre vie. C’est ça, le miracle !


Cette foi est notre seul pouvoir et notre seule richesse, notre seul trésor, mais il ne faut pas l’enfouir au fond du jardin, il faut lui faire porter du fruit, et pour cela ne pas cesser de regarder ceux qui vivent autour de nous.


Amen,


François PUJOL


[1] Comme s’il cherchait à minorer le caractère « extraordinaire » des événements survenus en cette période qui suivit la résurrection du Christ

[2] Voir prédication du 12/04, jean 20,19-31

[3] La lecture du livre des Actes « dans la foulée » de son Evangile redonne aux écrits de Luc leur unité.

[4] Dont de nombreux prêtres

[5] Voir les versets 13 et suivants de ce chapitre 4

[6] Ce n’est plus le Pierre reniant 3 fois son maître

[7] La foi seule, le Christ seul, les écritures seules, à Dieu seul la Gloire

[8] Lorsqu’un parent dit à son enfant regarde-moi, c’est soit que « cela va chauffer », soit qu’il a quelque chose d’important, voire de solennel à lui dire.