Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 7 Juillet 2013

Culte à Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

ACTES 20, 17-38

Luc 10, 1-20 (voir sous cette référence, méditations du 08 Juillet 2007 et du 04 juillet 2010)

Galates 6, 14-18



Les adieux de Paul


Frères et sœurs,


Je vous propose ce matin de méditer ensemble sur ce texte des Actes des Apôtres, qui se situe dans la seconde partie de ce livre, décrivant la mission de Paul dans le monde gréco-romain (15,36-28,31), alors que les 12 premiers chapitres s’attachaient à Pierre, comme nous l’avons vu dans notre méditation du mois dernier.


Introduction

Après une activité en Grèce, puis à Ephèse, Paul va se rendre à Jérusalem, avant Rome, pour un voyage sans retour.

C’est le troisième grand discours de Paul dans le livre des Actes, le premier s’adressait aux juifs (13,14-52) dans la synagogue d’Antioche, le second s’adressait aux païens, à Athènes (17,16-34), le troisième, comme pour boucler la boucle, s'adresse à des chrétiens, et même à des responsables chrétiens.

Ce discours est un discours d’adieu, où l’orateur trace le bilan de sa vie, annonce sa décision (son départ), puis expose ce qui l’attend. En conclusion, il fait ses dernières recommandations à ceux qui vont rester, et leur donne sa bénédiction.

Le texte que nous venons de lire, suit ce plan. C’est le testament pastoral de Paul. Luc le situe à l'escale de Milet, occasion de focaliser l'attention sur l'Eglise d'Ephèse, à laquelle est consacré presqu'entièrement le récit du troisième voyage missionnaire de Paul.

Ephèse, ville de l’actuelle Turquie, sur la côte Est de la méditerranée, au sud du Bosphore, est à l’époque un grand port de 100.000 habitants, aujourd’hui à 7 kms à l’intérieur des terres.

Fondée par Timothée, l’Eglise d’Ephèse est l’exemple à suivre pour toutes les Eglises de la fin du 1er siècle.

Mais Luc y mêle des éléments liés à l'Ephèse du temps de Paul (années 50) et des remarques liées à la situation de l’Église d’Ephèse au moment où il écrit, soit 30 ans plus tard.


Un héritage à transmettre

Alors vous allez me dire : « Est-ce que Paul a réellement prononcé ce discours ? »

Cette question est légitime, car lu tel quel, il dure deux minutes et demie; et j’espère que Paul a parlé plus longtemps pour prendre congé des anciens d'Ephèse !

Plusieurs idées, et quelques tournures, correspondent bien à la pensée et à la rédaction de Paul, telles qu’elles se développent dans ses épîtres.


Par exemple sa façon de rappeler ses actions : j’ai servi, je n’ai rien négligé, j’ai prêché, je vous ai instruits, j’ai témoigné, ce qui fait dire à certains que Paul avait un ego assez développé, alors que dans le contexte pour le moins agité de ces églises d’Asie naissantes, il devait en permanence lutter contre des divisions de l’intérieur, les attaques extérieures, en particulier des philosophes grecs, qui l’obligeaient à rappeler en permanence que depuis le chemin de Damas, il était en contact permanent avec le Christ par le Saint Esprit et que son seul but, unique but depuis, était d’appeler juifs et grecs à se convertir et reconnaitre Jésus Christ comme leur Seigneur.

Mais, à côté, la tonalité générale du discours le rapproche plutôt des épîtres pastorales (Timothée 1 et 2, Tite), qui sont attribuées à Paul mais sont en fait des lettres circulaires, rédigées par des disciples de Paul, à la fin du 1° siècle, à destination des églises de la région, pour les aider à régler leurs problèmes, nombreux, donc contemporaines de la rédaction de ce discours par Luc.

Par exemple, au temps de Paul, on ne parlait pas encore d’anciens, (les presbytres) car les églises n’étaient pas encore organisées ainsi, mais on parlait de diacres, chargés simplement de l’intendance.


C'est donc Luc qui a voulu, sous le couvert de ce testament pastoral de Paul, reformuler ce qui fonde la foi des communautés naissantes, en quelque sorte, les prémices de notre profession de foi :

  • Jésus Christ est le Messie, le fils de Dieu ;
  • Il est ressuscité, et chaque chrétien en rend témoignage personnellement ;
  • L’appel à la conversion.

Alors, dans ce jeune christianisme foisonnant, où les théories les plus farfelues ou les plus contradictoires se livraient à une farouche compétition, sans compter les responsables d’églises qui profitaient de leur position pour en tirer des avantages personnels ou se conduire en véritables dictateurs, il n’était pas inutile pour Luc, de rappeler comment il comprenait l'héritage de Paul :

Une action pastorale sans relâche, désintéressée et généreuse, dans une vie quotidienne toute d’humilité et une recherche constante de fidélité à Jésus Christ, celui qui a racheté nos vies, par grâce, par amour de Dieu pour l’humanité.


Qu'est-ce qu'être fidèle ?

Mais aujourd’hui, de quelle fidélité s’agit-il ? Fidélité à quoi ou à qui, en l’absence de notre Seigneur ? Fidèle à une tradition, fidèle à la Parole ?

Par chance, Notre Seigneur n’a rien écrit, à part quelques signes sur le sable, cela nous évite de considérer cette Bible comme un héritage immuable, en nous crispant sur un mot-à-mot sclérosé; comme peuvent le faire d’autres religions.

Va-t-on se refermer, se recroqueviller sur une parole, sur des mots, sur un système de pensée clos une fois pour toutes, comme le font par exemple les Amish, cette communauté d’origine alsacienne, anabaptiste donc issue de la Réforme, émigrée aux Etats Unis au 17° et accueillie en Pennsylvanie, qui, au prétexte que Paul a écrit aux Romains (12,2) : « Ne te conformes point au présent siècle et à ce monde qui t’entoure », refusent l’électricité, le téléphone, etc.., et vivent à l’écart du monde, alors que le dernier message que Jésus nous adresse est « Allez, évangélisez les nations, et baptisez les en mon nom ».

Alors, où est la fidélité à Christ ? Nous replier dans nos temples, rechercher dans la Bible le verset qui confirmera nos points de vue ?

Ou bien est-ce choisir la vie, choisir de vivre dans ce monde, en décalage, certes, au point de nous faire interpeller par lui, comme nous l’avons été récemment, voire moquer, voire persécuter, mais savoir, quand il le faut, refuser de nous conformer au siècle présent et au courant de pensée dominant, à ses modes, ses caprices, ses lubies, comme nous le rappelle Paul.


Et vous remarquerez que Paul ne confie pas à ses auditeurs « la Parole », mais ce sont eux qu'il confie à la Parole.

Ce n'est pas nous qui gardons la Parole, c'est la Parole qui nous garde, qui nous tient, c’est elle la colonne vertébrale de nos vies. Alors, plutôt que d’aller chercher dans ce Livre le verset qui nous arrange, laissons-la interpeller notre vie, chaque jour en cherchant quel message elle veut nous transmettre et en priant que le Saint esprit nous éclaire.

Chercher et prier, afin que nous sachions discerner quelle est la volonté de Dieu concernant l’ordre qui doit régner dans ce monde et que signifie la recherche du bien commun pour la société dans laquelle nous vivons. Voilà notre façon d’être fidèle à Christ aujourd’hui.


Le don, quel don ?

Pour terminer je voudrais vous relire le verset 35 : « Souvenez-vous des paroles du Seigneur, qu’il a dites lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir ». Luc fait répéter par Paul des paroles que le Seigneur aurait lui-même prononcées, or dans les 4 Evangiles, nulle part vous ne trouverez de citation de Jésus prononçant ces paroles.

Alors, qu’en conclure, que Luc, pourtant rédacteur d’un des Evangiles, a trahi le message du Christ ? Ou plutôt n’est-ce pas une tentative, réussie, de Luc de résumer le message de Jésus, à travers cette phrase « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » ? Et Luc n’est-il pas très fidèle à ce que Jésus a dit par ailleurs : « tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous… », « Aimez-vous les uns les autres… » Avec chaque fois ce mouvement d’aller et de retour.

Et puis aussi « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. » (Jean 10:11).

« Donner sa vie »… Vous comprenez bien, dès lors, que le don en question n’est pas uniquement le passage d’un bien d’une main dans une autre, où, d’ailleurs, la main qui donnerait serait, comme trop souvent, au-dessus de la main qui reçoit, non, ce don est un geste d’amour envers un frère en humanité.


Dans ce monde où tout s’achète et tout se vend, où tout service et tout bien a sa valeur en dollars ou en euros, y compris une vie humaine, Jésus, lui, a donné sa vie et Paul renchérit, au verset 24 «d’ailleurs je n‘attache aucun prix à ma propre vie ».

Veut-il dire « ma vie ne vaut rien » ? Ou plutôt qu’il ne se considère pas comme propriétaire de sa propre vie ?

N’avez-vous jamais entendu quelqu’un, votre enfant peut-être, vous dire « C’est ma vie, j’en fais ce que je veux » ! Eh bien non, ta vie t’a été donnée, comme tout ce que tu crois posséder. Tu ne peux pas dire « ma vie », comme tu dirais « ma voiture » ou « ma maison » comme l’exprime l’apôtre Paul 1(Cor. 4,7) «  Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » Et ce qui est important sous le regard de cette immanence que nous appelons Dieu, n’est pas ce que l’on a mais ce que l’on est.

Ainsi, en acceptant l’idée que notre vie nous a été donnée, nous pouvons, dans un mouvement de reconnaissance, donner à notre tour ce que nous avons reçu. Et vous comprendrez alors que le don n’est pas seulement un transfert de bien mais une attitude, une disposition d’esprit.


Ainsi, notre vie prend un sens, une signification, une direction, par cette disposition d’esprit qui va structurer toute notre vie, alors que nos contemporains tournent en rond comme prisonniers d’un rond-point dans lequel ils seraient entrés et ne pourraient plus sortir. Un « sens unique » tourné vers l’avenir, vers nos frères.

Dieu ne nous demande pas de porter le monde, mais de nous remettre les uns aux autres, de nous en remettre à sa Parole, et surtout de nous en remettre au don qu’il nous a fait, de notre vie ici-bas mais surtout de la Vie, la Vie Eternelle qu’il nous donne dès à présent.


Alors nous pouvons vivre chaque instant de notre vie, comme le don d’une toute petite fraction d’éternité et non, nous n’avons pas peur, pas peur du lendemain, pas peur de ce monde où nous nous sentons parfois étrangers et dont Jésus n’a pas voulu nous retrancher, pas peur de l’avenir, et même pas peur de notre mort biologique, car depuis un certain matin de Pâques, nous savons où nous allons.


Amen !


François PUJOL.